JIMMY P. – Psychothérapie d’un indien des plaines

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Arnaud Desplechin adapte l'ouvrage fondateur de Georges Devereux "Psychothérapie d'un indien des plaines". Actuellement à l'Affiche.

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Jimmy Picard, un Indien Blackfoot ayant combattu en France, est admis à l’hôpital militaire de Topeka, au Kansas, un établissement spécialisé dans les maladies du cerveau. Jimmy Picard souffre de nombreux troubles : vertiges, cécité temporaire, perte d’audition… En l’absence de causes physiologiques, le diagnostic qui s’impose est la schizophrénie. La direction de l’hôpital décide toutefois de prendre l’avis d’un ethnologue et psychanalyste français, spécialiste des cultures amérindiennes, Georges Devereux.

JIMMY P. (Psychothérapie d’un Indien des Plaines) est le récit de la rencontre et de l’amitié entre ces deux hommes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, et qui n’ont apparemment rien en commun. L’exploration des souvenirs et des rêves de Jimmy est une expérience qu’ils mènent ensemble, avec une complicité grandissante, à la manière d’un couple d’enquêteurs. Inspiré d’une histoire vraie, JIMMY P. (Psychothérapie d’un Indien des Plaines) est l’adaptation du livre fondateur de Georges Devereux Psychothérapie d’un Indien des Plaines (Fayard, 1998). Publié pour la première fois aux États-Unis en 1951, l’ouvrage reflète la pluridisciplinarité singulière de son auteur, à la croisée de l’anthropologie et de la psychanalyse, dont la démarche a notamment ouvert la voie à l’ethnopsychiatrie. Il s’agit également du seul ouvrage de psychanalyse qui donne à voir l’intégralité d’une analyse, décrite minutieusement séance par séance.

Juif d’origine hongroise, Georges Devereux s’installe à Paris au milieu des années 1920 où, après de brèves études scientifiques (notamment auprès de Marie Curie), il se consacre à l’ethnologie et l’anthropologie. Contemporain de Claude Lévi-Strauss, qui effectue à la même époque ses premières recherches sur les peuples indigènes d’Amazonie, Georges Devereux se tourne quant à lui vers l’Amérique du Nord, faisant de ce continent son terrain d’étude privilégié. Il se rend ainsi aux États-Unis où il se spécialise dans l’étude des Indiens Mohaves, multipliant les séjours parmi eux et consacrant sa thèse à leurs mœurs. Ses observations dépassent déjà le seul domaine sociologique, et son intérêt pour les problèmes psychiatriques et psychologiques observés chez ces populations est croissant. Lorsqu’il intègre le Winter Hospital de Topeka, Devereux a déjà à son actif plusieurs postes de chercheur en milieu hospitalier. Cet hôpital militaire, qui a été reconstitué pour les besoins du film, est alors l’un des premiers hôpitaux américains à traiter les troublespsychologiques des vétérans de guerre. Du fait de son caractère volontiers frondeur, Devereux gardera l’image d’un hâbleur anarchique et contesté, une sorte de hors-la-loi dans la communauté scientifique « trop freudien pour les anthropologues, trop ethnologue pour les psychanalystes, trop peu psychiatre pour les praticiens de la médecine mentale», ainsi que l’écrira Élisabeth Roudinesco dans sa préface à Psychothérapie d’un Indien des Plaines. Après sa mort, les cendres de Georges Devereux furent transférées dans la réserveindienne Mohave de Parker, au Colorado – ainsi qu’il l’avait lui-même souhaité.

Un film de Arnaud Desplechin avec Benicio Del Toro et Mathieu Amalric – En salle le 11 septembre