A dangerous method vu par un psy

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Actuellement sur les écrans, A dangerous method est un film de David Cronenberg sur les relations complexes entre Freud et Jung. Il relate l'histoire de Sabina Spielrein, patiente hystérique soignée par Jung alors jeune psychiatre qui évoque ce cas par correspondance avec Freud. Pascal Hachet, psychologue, nous livre ses impressions.

Ni hagiographique, ni iconoclaste, ce film se regarde avec plaisir. La mise en scène est soignée et la photographie superbe, en particulier la magnificence des décors naturels (le parc du Burgholzi, le lac de Zurich) et urbains. C'est un fait : la Mitteleuropa d'il y a un siècle est un paradis perdu ! On comprend au passage que Stephan Zweig se soit dit «mort» avec la Grande Guerre, bien avant son exil et son suicide brésiliens.
Michael Fassbender incarne un Jung sympathique, mais aussi trop filiforme et«coincé». Il paraît alors aux antipodes du gaillard baraqué et certainement guère enclin aux scrupules pour courir le jupon que suggèrent ses photographies de jeunesse ! Chapeau bas à Viggo Mortensen, qui réalise une belle performance d'acteur. Il campe bien l'intelligence, les limites et l'ambivalence du Maître viennois. Le personnage de Ferenczi est très réussi, mais on ne le voit que de manière anecdotique, lors du voyage en Amérique.
Le psychiatre Eugen Bleuler fait lui aussi une apparition trop brève. C'est dommage, car son accent suisse allemand est délicieusement laid. Surtout, on aurait aimé une scène d'engueulade avec Freud lorsque ce dernier met les pieds dans sa célèbre clinique !
La splendide Keira Knightley s'applique tant à jouer des crises d'hystérie qu'elle en est tour à tour inquiétante et agaçante. Heureusement, elle va très vite mieux. Sa beauté transcende le visage de Sabina Spielrein tel que nous le connaissons par quelques photographies, mais on s'y attendait un peu. Et puis ne boudons pas notre plaisir : si la psychanalyse parle beaucoup de sexualité, elle n'est pas sexy… Quoiqu'il en soit, l'actrice anglaise restitue de façon attachante la pugnacité passionnée que la jeune Russe mit en œuvre pour devenir psychanalyste (n'oublions pas que ses travaux inspirèrent directement la conception freudienne de la pulsion de mort).
Au total, ce spectacle d'images et de mots parvient à dépayser le spectateur «psy», qui se trouve en terrain familier sans pour autant se sentir «au boulot» !

A lire aussi sur le sujet le Monde de dingues de Dominique Friard dans le n°164 de Santé mantale.