Directives anticipées et grand âge

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Le dispositif des directives anticipées, prévu dans la loi Leonetti, prévoit que chacun puisse s'exprimer sur les conditions de la fin de sa vie.

Depuis la loi du 22 avril 2005 sur la fin de vie et les droits des malades, chacun a la possibilité de rédiger des « directives anticipées ». La loi permet ainsi que la personne écrive ce qu’elle attend de la médecine dans le cas où elle ne serait plus en état d’exprimer sa volonté. Le médecin doit davantage tenir compte de ces directives que de l’avis de la personne de confiance ou des membres de la famille. L’esprit du dispositif est au service de l’autonomie du patient. Or, 90 % des personnes âgées disent ne pas connaître le dispositif des directives anticipées et précisent une fois informées qu’elles ne s’en saisiront pas, d’après une récente étude réalisée par le Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin (CEC) et présentée le 11 octobre lors d’un débat intitulé « Être vieux, est-ce préparer sa mort ? ». L’objectif de cette enquête était de recueillir l’avis des personnes de plus de 75 ans sur ce dispositif et ce qu’elles ont à dire sur leur fin de vie et les conditions de leur mort. L’étude a été menée sur un échantillon (42 % homme, 58 % femmes) d’âge moyen de 83,6 ans, très diversifié. 186 entretiens ont exploré les thèmes suivants : Quelle perception ont ces personnes de leur vieillesse et de leur état de santé ? Connaissent-elles les directives anticipées ? Quelles sont leurs attentes vis-à-vis de la médecine (douleur, confiance) ? Ont-elles préparé leur mort : testament, obsèques ?
– 83 % des personnes interrogées disent ne pas être intéressées par le concept. Ne se sentant ni vieux ni malades, leurs préoccupations se portent avant tout sur le sens de la vie qui reste.
– 70 % ne s’expriment pas sur leur mort et 40 % ne répondent pas sur l’euthanasie.
Ce peu d’intérêt porté aux directives anticipées soulève plusieurs questions. Est-il trop récent ? Est-ce un effet génération ?
Les 20 % de personnes intéressées par les directives anticipées ou qui en écrivent (ou veulent en écrire), justifient cependant de conserver de ce dispositif. Par ailleurs, le CEC estime que la plupart des personnes interrogées ont apprécié l’occasion qui leur était offerte de pouvoir parler de la fin de leur vie à voix haute, sans enjeu. Le centre d’éthique suggère donc que soit systématiquement proposé aux personnes âgées un tel entretien avec un tiers à un moment clé de leur histoire de vie : entrée en maladie chronique ou entrée en maison de retraite, la discussion portant sur le sens du temps qui reste à vivre et dans le souci du maintien de la qualité de vie.
–  Étude réalisée par Véronique Fournier, directrice du Centre d’étude clinique de l’hôpital Cochin.