Robots « sociaux » : conditions d’un déploiement utile, éthique et maîtrisé

FacebookXBlueskyLinkedInEmail

Encore émergents, les robots « sociaux », capables d’interagir avec l’humain, ouvrent des perspectives pour accompagner les personnes âgées ou en situation de handicap, en complément – et non en remplacement – de la présence humaine. Pour appréhender ces possibles, la Haute Autorité de santé (HAS) a réalisé une nouvelle analyse prospective du système de santé qu’elle adresse au Gouvernement et au Parlement. Objectifs ? Anticiper ces défis pour un usage responsable et éthique de ces dispositifs.

Les robots dits sociaux sont des machines autonomes conçues pour interagir avec les humains de manière verbale ou non verbale. Porté par les avancées de l’intelligence artificielle, leur développement – bien qu’il reste balbutiant et leur fiabilité limitée – ouvre de nouvelles perspectives pour renforcer ou maintenir les capacités des personnes âgées
ou en situation de handicap, en complémentarité des interventions humaines. Ils se déclinent en formes variées avec des usages allant de la stimulation cognitive à l’aide pratique ou la lutte contre l’isolement.

Dans un cadre thérapeutique, les robots sociaux peuvent améliorer la communication, être source d’apaisement ou de soutien émotionnel. Utiles pour alléger certaines tâches, ils peuvent aussi générer de nouvelles exigences pour les professionnels qui interviennent à leurs côtés (maintenance, paramétrage, formation, supervision) et peuvent également affecter la relation de soin, voire susciter des inquiétudes identitaires.

Toutefois, les résultats de ces études sont difficiles à consolider : les évaluations restent hétérogènes, souvent centrées sur la performance technique, et encore insuffisamment attentives aux impacts humains et organisationnels. Les enjeux éthiques sont majeurs : protection des données sensibles, risques liés à la « tromperie » relationnelle, attachement excessif ou dépendance, respect de la dignité et de l’autonomie. L’éthique du care et la place irréductible de la présence humaine doivent demeurer centrales.

Parallèlement, un marché grand public en forte expansion (domotique, assistants conversationnels, objets « compagnons ») normalise la présence des assistants artificiels et pourraient façonner les attentes sociales.

Dans un contexte de vieillissement démographique, la HAS fait le choix de recourir à trois scénarios prospectifs pour appréhender ces défis et fixer des repères pour un usage responsable de ces objets, au service du lien humain.

  1. Vieillesse « technogérée » : adoption massive et normalisation de la présence robotique, gain opérationnel mais risques élevés de dépendance technologique, marchandisation du soin et perte du lien humain.
  2. « Du luxe au bas de gamme » : technologies inégalitaires, fragmentation sociale, solutions défaillantes pour les publics vulnérables, isolement renforcé.
  3. « Introduction progressive et responsable » : gouvernance forte, expérimentation transparente, prise en compte des besoins des usagers (les personnes et les professionnels), accès équitable, complémentarité avec les professionnels

Cette méthode par scénarios permet d’anticiper les usages possibles de ces robots, d’identifier les principaux risques et de mettre en lumière les choix à effectuer ou à anticiper dès aujourd’hui. Cette note vise à aider les décideurs publics à mieux encadrer le développement de la robotique sociale dans le champ de la santé et de l’autonomie.

L’analyse souligne que ces dispositifs soulèvent déjà plusieurs enjeux majeurs, qu’ils soient éthiques, organisationnels ou technologiques. Évaluation des bénéfices réels, conditions de déploiement, protection des données, formation des professionnels et accompagnement des usagers : autant de points de vigilance qui devront être pris en compte pour éviter les mésusages et limiter les inégalités d’accès.

Robots « sociaux » : quels enjeux pour demain – Analyse prospective, HAS, mai 2026