Dans un rapport, France Stratégie éclaire l’état des stéréotypes chez les adolescents et l’évolution des inégalités entre filles et garçons à l’école, dans les loisirs… Vingt recommandations proposent de lutter contre ces stéréotypes qui, après un recul marqué durant les décennies passées, sont aujourd’hui en résurgence.
Dix ans après un premier rapport sur les stéréotypes filles-garçons le constat est préoccupant : les avancées sont restées limitées, les stéréotypes de genre demeurent fortement ancrés et les inégalités persistantes, notamment du fait d’une action publique insuffisamment ciblée sur les causes profondes de ces inégalités. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles et les inégalités sur le marché du travail sont certes devenues des priorités d’action (essentielles), mais l’engagement contre les stéréotypes s’est érodé, alors qu’ils constituent le terreau des inégalités, des discriminations, voire des comportements sexistes.
Ce rapport 2025 analyse dans un premier temps l’évolution de l’adhésion aux stéréotypes parmi les adultes, et présente les résultats d’une enquête inédite auprès de 1 500 jeunes français de 11 à 17 ans. Il dresse ensuite un état des lieux des inégalités entre les sexes et des politiques publiques visant à lutter contre les stéréotypes ou les inégalités sexuées, mises en place sur la période dans le périmètre du rapport de 2014, en y ajoutant la dimension du numérique. L’analyse porte sur les différentes sphères de socialisation des enfants et des adolescents, de la petite enfance à l’entrée dans la vie active. Le rapport formule enfin vingt propositions pour renforcer la lutte contre les stéréotypes d’ici à 2030 et en faire un levier central de l’égalité entre les femmes et les hommes.
« une action volontariste pour faire reculer les stéréotypes filles-garçons est d’autant plus cruciale que de nouveaux défis ont émergé, en particulier la diffusion massive de clichés sexistes via les technologies numériques, et une résurgence préoccupante des stéréotypes chez les jeunes ».
Bâtir un esprit d’égalité dès la petite enfance
Le sondage CSA-France Stratégie auprès des jeunes âgés de 11 à 17 ans confirme notamment une adhésion précoce aux différences sexuées d’aptitudes et de rôles sociaux. La vision stéréotypée des adolescents baisse en moyenne avec l’âge mais plus fortement chez les filles que chez les garçons. Si comme les adultes, les adolescents réfutent dans leur majorité l’exclusion des femmes de la sphère professionnelle, la vocation parentale des mères et leur capacité supposée au soin des autres d’une manière générale (le care) semble déjà bien ancrée. Plus de la moitié d’entre eux (54 %) sont d’accord avec l’affirmation « les mères savent mieux répondre aux besoins et attentes des enfants que les pères » et 44 % avec « les femmes font de meilleures infirmières que les hommes ».

La recherche de l’égalité entre les femmes et les hommes bute sur la persistance de stéréotypes qui s’installent très tôt dans les sphères de socialisation des enfants et des adolescents. De la petite enfance à l’entrée sur le marché du travail, des stéréotypes persistants maintiennent des inégalités entre les sexes. L’asymétrie persistante des rôles parentaux entretient notamment chez les enfants une vision stéréotypée de l’assignation historique des femmes à la sphère domestique et à leur rôle de mère.
Le maintien des stéréotypes a aussi des impacts sur la réussite et l’orientation éducatives et les écarts entre filles et garçons se sont accentués depuis dix ans. Le préjugé qui associe la masculinité à d’autres valeurs que celles de l’effort studieux (le courage et la force) peut conduire à des comportements plus compétitifs et plus indisciplinés en classe ainsi qu’à un sous-investissement qui défavorise les garçons en milieu scolaire, en particulier ceux issus de milieux modestes.
Les disciplines dans lesquelles filles et garçons réussissent restent également très différenciées, traduisant la persistance des stéréotypes sur les aptitudes sexuées (compétences langagières supposées féminines et compétences mathématiques supposées masculines) et les écarts se sont creusés.

Les stéréotypes sexués ont également un impact sur la santé des adolescents
Les stéréotypes de genre − les filles seraient par nature « fragiles » et « sensibles » alors que les garçons seraient par nature « forts » et « résistants » − influencent « leur état de santé, la prise de risque ainsi que l’expression de leurs symptômes ». Les garçons ont en moyenne tendance à adopter des comportements plus violents et risqués, qui renvoient aux stéréotypes de bravoure et de force qui leur sont assignés. Il en résulte une surmortalité des garçons par rapport aux filles, en particulier à l’adolescence. Enfin, les problèmes de santé mentale restent inégalement répartis entre les deux sexes, en particulier à partir de l’adolescence. Les adolescentes sont davantage diagnostiquées en état de dépression ou de maladie psychiatrique que les garçons. Les troubles alimentaires sont également plus marqués chez les adolescentes, ce qui traduit un rapport au corps qui reste très sexué.
Selon Clément Beaune, « les réseaux sociaux agissent comme une arme de construction massive des stéréotypes de genre, en les relayant et les amplifiant, dès le plus jeune âge. Le nouveau combat, sans doute le plus difficile, portera sur le monde numérique : au‑delà des violences directes, la régulation des plateformes et des réseaux sociaux, au niveau européen, devra intégrer la lutte contre les stéréotypes eux-mêmes, faute de quoi tous les efforts (et progrès) de meilleure représentation dans les médias traditionnels seront absolument vains ».
5 axes pour dérouler 20 recommandations
Axe 1 – Faire de la lutte contre les stéréotypes filles-garçons une priorité politique
Axe 2 Réduire la pénalité à la maternité et renforcer la coparentalité
Axe 3 Agir à l’école pour lutter contre les stéréotypes et renforcer la culture de l’égalité
Axe 4 « Dégenrer » l’orientation scolaire, les formations et les métie
Axe 5 – Agir contre les représentations stéréotypées sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques
• Stéréotypes filles-garçons : quel bilan sur dix ans, quelles priorités d’ici à 2030 ? Note de synthèse, France Stratégie, 12 mai 2025.
• Lutter contre les stéréotypes filles-garçons. Quel bilan de la décennie, quelles priorités d’ici 2030 ? Rapport, France Statégie, Marine de Montaignac, Cécile Jolly , 12 mai2025.
• Enquête : Stéréotypes filles-garçons chez les jeunes, sondage CSA-France Stratégie, 2025.