Psychose débutante : évaluer l’intérêt d’un entrainement cognitif intensif

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Une étude menée dans le cadre du projet de Recherche Hospitalo-Universitaire PsyCARE par l’équipe du Professeur Marie-Odile Krebs au sein de l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris (INSERM U1266) et du GHU Paris psychiatrie & neurosciences montre l’influence du score de risque polygénique de développer une schizophrénie sur la cognition chez les patients à risque, permettant une meilleure compréhension de l’entrée dans la psychose et ouvrant la voie à une personnalisation des stratégies thérapeutiques (Translational Psychiatry, 2021)

Les troubles psychotiques se caractérisent par un ensemble de symptômes traduisant un dysfonctionnement du cerveau chez les personnes qui en sont atteintes : interprétation altérée du monde réel, délires, hallucinations, modification de leurs émotions, difficultés pour réfléchir ou pour s’exprimer (troubles cognitifs), tendance à s’isoler ou à ne plus prendre soin d’elles. Cette maladie progressive émerge à l’adolescence et peut évoluer vers la schizophrénie si elle n’est pas traitée suffisamment tôt, mais elle peut se stabiliser et se rétablir si elle est reconnue tôt et si des soins adaptés sont mis en place sans délai.

Afin de pouvoir bloquer, voire inverser, cette progression, est-il possible de détecter au plus tôt les signes précurseurs et trouver de nouvelles cibles d’intervention thérapeutiques ?

C’est le défi du programme PsyCARE et d’une nouvelle étude réalisée au sein de l’équipe par la post-doctorante Dr. Qin He et le Dr Boris Chaumette, qui apporte des réponses pro-metteuses à ces questions.
Les chercheurs de cette équipe se sont intéressés aux troubles cognitifs car ils sont une caractéristique essentielle de la schizophrénie et précèdent l’apparition de la maladie proprement dite. La cognition peut être affectée dans plusieurs domaines tels que l’attention, la mémoire de travail, l’apprentissage verbal ou encore les fonctions exécutives (planification, inhibition comportementale…) ; ces déficits peuvent être évalués notamment par la mesure du quotient intellectuel (QI).

Il est également connu que la schizophrénie est une maladie complexe faisant intervenir à la fois des facteurs environnementaux (tels que l’utilisation de drogues ou le stress) mais aussi des facteurs génétiques, pour lesquels de nombreux variants communs ont pu déjà être identifiés comme augmentant le risque de développer la pathologie, dans de larges cohortes de patients. Chacun de ces variants a une influence limitée mais des scores de risque polygéniques peuvent être calculés pour chaque patient à partir de la présence de l’ensemble des variants génétiques.

Les chercheurs ont étudié, chez 107 patients présentant un état mental à risque de développer une psychose et suivis pendant un an, les performances cognitives et calculé des scores de risque polygéniques pour différentes pathologies psychiatriques, dont celui associé à la schizophrénie.
Les résultats montrent que les déficits cognitifs pourraient précéder l’apparition de la psychose et que l’architecture génétique associée à la schizophrénie aurait un impact sur la cognition chez les patients présentant un état mental à risque.


Ces résultats pourraient ainsi aider à identifier les individus les plus à risque de développer des déficits cognitifs et ceux qui bénéficieraient le plus d’entrainement cognitif. Ils ouvrent ainsi une voie prometteuse pour des approches thérapeutiques personnalisées, adaptées à chaque patient dans les phases précoces de la psychose et basées sur les scores de risque génétiques, comme cela a déjà été proposé pour l’autisme.

Dans ce contexte, l’équipe du Pr Krebs lance des études visant à mettre en place un entrainement cognitif intensif chez des patients avec une psychose débutante. Cet entrainement reposera sur des tâches réalisées sur des tablettes avec le soutien d’un psychologue qui adaptera le contenu et supervisera les exercices menés par le patient.

Les recrutements démarreront prochainement et les patients peuvent être adressés au Centre d’évaluation pour les Jeunes Adultes et Adolescents (C’JAAD) au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences (cjaadcontact@ghu-paris.fr).

Communiqué GHU, 19 octobre 2021