Prévention du suicide et Covid-19

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A l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, célébrée chaque 10 septembre, l’équipe du Département d’Urgence & Post Urgence Psychiatrique (DUPUP) du CHU de Montpellier présente ses dispositifs mis en œuvre pour affronter une nouvelle rentrée marquée par la COVID.

Depuis 18 mois, les mesures sanitaires alliant protections et restrictions contre la pandémie COVID-19 engendrent au sein de la population une souffrance psychologique majeure. Les facteurs de risques suicidaires sont démultipliés tant au niveau communautaire qu’au niveau individuel. La dépression, l’anxiété, le stress post traumatique sont en recrudescence couplés potentiellement à une consommation nocive d’alcool et de substances illicites.

Une étude pour mieux comprendre

L’équipe du Département d’Urgence & Post Urgence Psychiatrique (DUPUP) a mené une étude visant à mesurer l’impact psychologique de la pandémie et des confinements chez des patients ayant présenté une dépression dans les 18 mois précédant la pandémie, et chez des sujets sains (indemnes de pathologie psychiatrique). La moitié des patients n’avaient pas eu de contact avec les soins psychiatriques lors du premier confinement. Les personnes ayant présenté une dépression préalable présentaient une symptomatologie anxio-dépressive plus marquée que les sujets sains. La solitude et l’ennui se sont révélés être les facteurs les plus associés aux symptômes anxio-dépressifs alors que les contacts virtuels se sont avérés être les seuls facteurs protecteurs vis-à-vis des idées de suicide. De plus, nous avons observé une corrélation entre deux variations : celles du niveau d’ennui et de solitude contemporain du degré de restriction des mesures gouvernementales et celles de la symptomatologie dépressive et des idées suicidaires.

Même si la téléconsultation est réellement apparue dans ce contexte, même si les soignants en santé mentale ont dédié une grande énergie au maintien du contact des patients, il faut continuer à développer des stratégies innovantes pour maintenir le lien. Amortir l’effet de la crise sanitaire et prévenir une crise suicidaire passe par le suivi des personnes en difficultés.

L’équipe du DUPUP a su s’adapter et proposer de nouvelles prises en charge

Dans ce contexte, l’équipe confrontée à une augmentation nette des admissions aux urgences psychiatriques pour des patients présentant une crise suicidaire, a œuvré pour enrichir les dispositifs de soins de ces patients en grande souffrance et donc à risque de suicide.

L’épidémie de suicide pouvant être déclenchée par la pandémie de COVID-19 est prévisible et elle est évitable.

L’enjeu majeur dans la prise en charge des patients en crise suicidaire ou qui ont réalisé une tentative de suicide vise à leur offrir une protection et un soutien immédiats

Pour cela, il faut surmonter des difficultés au préalable. Une, réside dans la honte et les mauvaises représentations de la psychiatrie qui amènent les personnes en proie à des idées suicidaires à les taire. Une autre siège dans l’absence d’adhésion aux soins dans la durée s’appuyant surl’illusion que la crise passagère se réglera d’elle-même ou qu’ils pourront y apporter une solution.

Ces constatations invitent les soignants à déployer des efforts pour identifier les sujets se présentant aux Urgences pour crise suicidaire et à créer une alliance thérapeutique. 

L’objectif de soin est double : amener les patients à concevoir la possibilité et le bénéfice d’une aide tout en luttant contre le sentiment de solitude. L’intervention auprès des patients à risque de suicide doit être immédiate.

Dans ce contexte, le DUPUP propose dès la première rencontre, un suivi rapproché et intensif de plusieurs semaines pour aider le patient à passer le cap de la crise. Conjointement, un relai auprès des professionnels de santé mentale s’instaure progressivement pour la poursuite des soins. Ces consultations échelonnées dans les jours suivant la sortie de l’hôpital permettent de réévaluer l’état psychologique du patient, les conditions de son retour dans son environnement « naturel », mais aussi de renforcer ses ressources psychologiques dans un processus de psychothérapie brèves et de réajuster les traitements médicamenteux.

La prescription sociale

Une innovation dans ce dispositif consiste au développement de la « prescription sociale ». En effet, renvoyer un patient dans son environnement souvent « stressant » ne peut pas être satisfaisant si l’on se contente de traiter le patient sans prendre en compte de façon active les facteurs déstabilisants que sont les violences, l’insécurité économique, l’isolement social et la solitude. Ainsi, un travailleur social aura pour mission d’accompagner le patient sur son quotidien afin de l’aider à restaurer ses besoins essentiels en le connectant directement aux ressources existantes institutionnelles ou associatives. La perspective souhaitée sera de développer des collaborations avec les services de la Métropole pour optimiser ces possibilités de soutien social auprès des patients.

Les patients ayant fait une tentative de suicide, bénéficieront en outre du dispositif Vigilans, processus de maintien du lien par un recontact téléphonique et/ou postal par des professionnels de santé. Cette veille active permet de réagir à la survenue d’une nouvelle crise suicidaire et d’aider le patient en temps réel du fait de la disponibilité de l’équipe.

Une prise en charge bien définie et graduée

Très concrètement, avec le soutien du CHU de Montpellier et de l’ARS Occitanie, l’équipe du DUPUP propose plusieurs dispositifs de soins impliquant des psychiatres, des psychologues, des infirmiers, des travailleurs sociaux. 

–  Lorsque le patient est admis aux Urgences, il est pris en charge par l’équipe afin de procéder à une évaluation clinique de qualité et de promouvoir l’engagement dans les soins (« tendre la main »)

–  Une hospitalisation peut être proposée au patient, dans l’unité dédiée de l’Hôpital Lapeyronie, où il sera pris en charge par une équipe spécialisée dans la crise suicidaire, et il pourra bénéficier des innovations pharmacologiques actuelles 

–  Quelques jours après le retour à domicile, débute le suivi avec des consultations médicales et infirmières qui seront répétées pendant quelques semaines, et qui peuvent être réalisées au CHU, en visioconsultation ou au domicile (« garder la main tendue ») 

–  En parallèle, les patients qui ont réalisé une tentative de suicide bénéficient de la veille VigilanS, où ils seront recontactés par téléphone et où grâce à un numéro vert ils peuvent eux-mêmes appeler en cas de difficultés

–  Le travailleur social après diagnostic social précis connectera le patient aux ressources de terrain existantes et s’assurera que l’intervention sociale est efficace

–  L’équipe médico-soignante organise la coordination des soins grâce à l’intervention spécifique d’une gestionnaire de cas et des réunions de coordination hebdomadaires L’équipe du DUPUP crée un dispositif intégré de prévention du suicide. L’approche se veut innovante dans la mesure où elle repose sur les données de la science, et personnalisée

Communiqué de presse, CHU Montpellier, 8 septembre 2021

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