Une étude réalisée par l'Inserm montre que près de la moitié des utilisateurs de benzodiazépines présentent un facteur de risque d'effet indésirable au moment de la prescription : interactions médicamenteuses, problèmes respiratoires et/ou comorbidités augmentant le risque de chutes. Des chiffres "inquiétants", selon les auteurs de l'étude.
Une étude, réalisée par une équipe* de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), vient de mettre en évidence que près de la moitié des utilisateurs de benzodiazépines se trouvent dans au moins une situation à risque d'effets indésirables au moment où ces médicaments leurs sont prescrits. Cette étude a été menée dans le cadre de la plateforme de pharmaco-épidémiologie Drugs-Safe, financée par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). "Compte tenu de la fréquence d'utilisation de ces médicaments en France, ce constat interpelle", souligne l'Inserm dans un communiqué le 17 mai.
Une consommation sous surveillance
L'ANSM suit de près la consommation de ces médicaments psychotropes afin de développer des mesures permettant d'en limiter l'utilisation. Dans ce cadre, elle a demandé aux chercheurs de réaliser un rapport à partir des données de remboursement de soins de l'Assurance maladie. Ce travail a permis de s'intéresser au profil des utilisateurs de benzodiazépines, notamment à leurs facteurs de risque d'effets indésirables. En premier lieu, indique l'Inserm, "leur analyse confirme la très forte consommation de ces médicaments en population générale, avec 13,8% des patients ayant fait l'objet d'au moins un remboursement en 2013". Les femmes sont "de loin les plus concernées et la fréquence d'utilisation augmente avec l'âge". Ainsi, au-delà de 80 ans, pratiquement deux femmes sur cinq ont bénéficié d'au moins un remboursement d'une benzodiazépine dans l'année. Mais les auteurs de l'étude ont "surtout constaté que près de la moitié des utilisateurs présentaient un facteur de risque d'effet indésirable au moment de la prescription". À savoir, interactions médicamenteuses à risque (40% des utilisateurs concernés), notamment avec des opiacés antalgiques ou antitussifs, problèmes respiratoires comme l'asthme, une broncho-pneumopathie chronique obstructive ou une insuffisance respiratoire (11% des utilisateurs) ou encore des comorbidités augmentant le risque de chutes et de fractures (7%).
La pertinence des prescriptions questionnée
Pour Anne Bénard, l'un des auteurs de l'étude, "ces chiffres sont inquiétants étant donné le nombre important de sujets traités par benzodiazépines en France, en particulier parmi les sujets âgés chez lesquels le risque d'effets indésirables de ces médicaments est majoré". Les interactions médicamenteuses potentielles, "situation la plus fréquemment rencontrée, figurent pourtant dans les notices d'utilisation et devraient donc être limitées aux cas où d'autres alternatives n'existent pas", note-t-elle.
L'Inserm souligne que la question de la justification de toutes ces prescriptions de benzodiazépines se pose alors : "Sur ce point, nos données ne permettent pas de répondre, l'indication exacte du traitement n'étant pas connue. Mais de précédents travaux ont déjà mis en évidence un mésusage de ces médicaments et des durées d'utilisation inadéquates", rappelle Anne Bénard. Pourtant, il existe des alternatives thérapeutiques : "Les antidépresseurs de type inhibiteurs de la recapture de la sérotonine sont actuellement recommandés en première intention dans le traitement des troubles anxieux". Les benzodiazépines devraient être réservées au traitement symptomatique des manifestations anxieuses, estime-t-elle. Et de conclure que, par ailleurs, "leur place dans le traitement des troubles sévères du sommeil est questionnée, comme l'a récemment rappelé la Haute Autorité de santé".
* Équipe "Médicament et santé des populations", unité 1219 Inserm / université de Bordeaux (Gironde)
Caroline Cordier, Hospimédia, 18 mais 2016