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Travailler au contact de patients « dérangeants » fragilise les soignants
en accentuant leurs émotions et les contraint au refoulement, peu propice au soin.
Entretien avec Chantal Lachenaye-Llanas, directrice de l’accréditation à l’Anaes (1), et Maryse Boulongne, responsable du service des experts visiteurs
à l’Anaes.
Les équipes en psychiatrie sont confrontées quotidiennement à la consommation pathologiques de drogues et d’alcool par les patients schizophrènes. L’abus et la dépendance aux substances psychoactives dans cette population sont sources de problèmes diagnostiques, thérapeutiques, médico-légaux et sociaux.
Aux Etats-unis comme au Canada, les patients souffrant de psychose et de toxicomanie sont pris en charge par deux systèmes différents. Si deux approches prédominent (séquentielle et « en parallèle ») elles ont montré leurs limites au profit de programmes de traitements intégrés. Ces derniers reposent sur une prise en charge globale des patients.
Alors que les études viennent pratiquement toutes à écarter l’hypothèse que le cannabis soit directement en cause comme étiologie ou facteur de risque dans la schizophrénie, l’expérience montre dans le même temps que presque tous les jeunes psychotiques hospitalisés en phase aiguë fument du haschich. Que recherchent ces patients ? Partant de l’hypothèse qu’ils y trouvent quelque chose, qu’est-ce que cela peut avoir comme conséquence sur leur vie psychique ?
Ce récit est le témoignage d’une mère. Je ne suis ni médecin, ni dépositaire de l’histoire de mes enfants. Qu’ils me pardonnent ma vision subjective de leurs souffrances qui furent aussi les miennes.
Parce que les patients présentant des troubles psychiatriques associés à une consommation de substances illégales mettaient dans l’impasse les modes de prises en charge traditionnels, une équipe soignante belge a repensé, à partir de sa pratique, l’approche habituelle du double diagnostic.
La notion de comorbidité ou de double diagnostic est de plus en plus souvent évoquée en France. Avant d’imaginer des services spécifiques de prises en charge des «comorbidités», il faudrait que les services existants acceptent de redéfinir les frontières de leurs interventions.
Face à des patients toxicomanes, que peut-on faire, que doit-on faire ? A-t-on le droit de fouiller leur chambre ? Dans quelles conditions ? Que faire des produits illicites trouvés dans l’institution ou que les patients nous remettent , Autant de cas de figures qui méritent une mise au point.
Cela fait maintenant trois ans qu’Alexandre, jeune patient schizophrène et toxicomane, est mort. Je me suis un peu consolé. C’est-à-dire… pas tout à fait. Parfois je me dis que ce «petit prince» est revenu à sa planète. Mais ça, c’est bon dans les histoires de Saint-Exupéry. Dans la vraie vie, les petits princes disparues ne reviennent jamais.