E. Macron annonce 30 mesures pour faire face à « l’urgence » en psychiatrie

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En clôture des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie, le président de la République, Emmanuel Macron a annoncé une série de mesures et notamment le remboursement de consultations de psychologues pour tous dans le cadre d’un parcours de soin, la création de postes en CMP et CMPP et le soutien massif à la recherche. Un dossier de presse interministériel détaille l’ambition « refondée » du Gouvernement pour la discipline.

Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, avait annoncé les grandes lignes dans son allocution d’ouverture. Dans son discours très attendu en clôture des Assises le 28 septembre, E. Macron a tout d’abord rappelé l’engagement du Gouvernement pour la discipline, « enjeu majeur » de santé publique et dressé un état des lieux. Si les difficultés ont été aggravées avec la crise sanitaire, il a pointé un manque de considération et un « sous-investissement » depuis de longues années pour la psychiatrie, avec de graves conséquences pour la population. Dans ce contexte, il a décliné de nombreuses mesures autour de trois thèmes « structurants », la considération et la lutte contre la stigmatisation, l’information et la prévention ; l’organisation de soins ; et la recherche.

Selon l’imposant dossier de presse interministériel diffusé par l’Elysée (à télécharger ci-dessous), ces Assises représentent « un coût global pour les finances publiques de près de 1,9 Mds d’uros sur 5 ans, soit environ 380 M d’euros par an sur la période 2022-2026) ». Au-delà des mesures clés, le dossier rappelle les actions déjà engagées dans le cadre de la feuille de route pour la santé mentale et la psychiatrie ou le Ségur de la santé, et précise les 30 mesures selon 4 axes.

Ils réagissent...Un collectif de 13 acteurs de la psychiatrie insiste sur « la nécessité de prendre en compte la perte de sens profonde » de la discipline… 
• La Fédération hospitalière de France (FHF) salue « le signal clair d’une priorité politique et de santé publique envers la psychiatrie. »La Fédération santé mentale France salue « l'initiative » du chef de l'Etat et souscrit à un certain nombres d'objectifs mais « regrette vivement que certains volets essentiels des actions
à conforter », en particulier les leviers du social et du médico-social, n'aient pas été abordés. A lire en pdf.
• Avant la clôture des Assises, le Printemps de la psychiatrie alerte : « La psychiatrie humaniste étouffée par la santé mentale de laboratoires » 
• Le syndicat national des psychologues (SNP) réagit vertement sur twitter : "des soins psychologiques de qualité réservés aux riches" concernant les annonces du Président Macron sur le projet de généralisation du remboursement des consultations psychologiques ; un dispositif décrit "comme une solution offerte aux psychologues désargentés ! " le SNP annonce "refuser de participer à une mascarade qui déboucherait sur une inféodation doublée d'une paupérisation des psychologues. Nous actons donc la suspensions des négociations". 

Ce qu’il faut retenir

ECOUTER, promouvoir une véritable culture de la santé mentale au sein de notre société et de l’action publique

Mesure 1 : Assurer une communication grand public régulière sur la santé mentale

• Mesure 2 : Mettre en service le numéro national gratuit de prévention du suicide : il s’agit du 3114 qui entre en fonctionnement le vendredi 1er octobre 2021

• Mesure 3 : Renforcer la prévention de la souffrance psychique dans le monde du travail

• Mesure 4 : Faire de la santé mentale une priorité permanente du Comité interministériel pour la santé

• Mesure 5 : Favoriser l’émergence d’intervenants-pairs professionnels

(…) L’intervention de ces pair-aidants est un métier émergent, non encore officiellement reconnu. Les savoir-faire de l’intervenant-pair, ses missions dans les différentes structures de santé mentale, ses interactions avec les autres professionnels, sont en construction. (…) Deux principaux modèles d’intervention se dégagent pour la santé mentale : le salariat en établissement sanitaire, social ou médico-social, ou la mise à disposition d’intervenants-pairs par des associations ou des plateformes (projet Espairs, projet E-Pop soutenu par la Croix-Rouge). La mesure vise à faire essaimer l’intervention de pairs professionnels dans les différents territoires par l’organisation d’appels à projets régionaux afin de susciter de réelles opportunités

• Mesure 6 : Renforcer le déploiement des GEM et des « clubs house »

(…) Un renforcement du budget alloué aux GEM permettra d’amplifier sur les territoires les offres favorisant l’autodétermination des personnes en situation de handicap psychique. Leur répartition étant variable sur le territoire, il s’agira en particulier de veiller à rééquilibrer l’offre afin de couvrir l’ensemble des zones blanches. La mesure proposée permettra aussi de consolider, pérenniser et développer le modèle des 5 « clubs house » français dans le cadre d’un déploiement progressif.

Mesure 7 : Augmenter le nombre d’équipes mobiles psychiatriques intervenant auprès des personnes âgées en EHPAD et autres ESMS

(…) Les troubles psychiques posent des problèmes majeurs dans les EHPAD, dans les structures médico-sociales (ESMS) pour personnes âgées. Ils nécessitent de pouvoir faire appel à une expertise de recours de la psychiatrie de la personne âgée, qui reste à structurer sur les territoires. La mesure vise à renforcer les équipes mobiles de psychiatrie de la personne âgée afin d’identifier une expertise pour tous les EHPAD et les ESMS intervenant auprès des personnes âgées, en collaboration avec les équipes mobiles gériatriques. Elle correspond à la création de 20 équipes mobiles territoriales de psychiatrie de la personne âgée, pivots de cette expertise pour : la structurer ; appuyer la construction de projets de soins personnalisés ; diffuser les connaissances auprès des acteurs du parcours ; aider à l’orientation et à la prise en charge hospitalière.

Mesure 8 : Doter les SSIAD/SPASAD d’un financement complémentaire pour un temps de psychologue

(…) Le financement de 100 équivalents temps plein de psychologues permettra de renforcer les équipes de SSIAD/SPASAD et de les doter en compétences accrues en santé mentale et en repérage de la souffrance psychique.

• Mesure 9 : Faciliter la prise en charge psychologique des personnes en situation de précarité dans les centres d’hébergement et lieux d’accueil

(…) Les publics précaires ont plus de difficultés que la population générale à consulter un psychologue, du fait des barrières psychologiques, culturelles, linguistiques, financières, d’accessibilité, etc. C’est pourquoi il est nécessaire d’offrir une prise en charge à ces personnes directement sur leurs lieux de vie et d’accueil, afin de
garantir leur accès aux soins et réduire les risques de ruptures de parcours (…)

PRÉVENIR : repérer et agir plus précocement pour la santé psychique des enfants et des jeunes

Mesure 10 : Mettre en oeuvre la stratégie des 1 000 premiers jours et déployer une offre de psychiatrie en périnatalité

(…) la mesure consiste à financer la mise en place ou le renforcement en personnel d’équipes mobiles de psychiatrie périnatale et d’unités de soins conjoints parents-bébé.

• Mesure 11 : Définir une stratégie multisectorielle de déploiement des compétences psychosociales-CPS (dont à l’école)

(…) En France, des dispositifs pilotes de renforcement des compétences psychosociales ont été mis en place. Notamment déployés dans le milieu scolaire, ils ont permis d’adapter dans notre contexte des programmes probants évalués scientifiquement. L’enjeu est aujourd’hui de déployer à grande échelle une stratégie de renforcement des CPS, de manière transverse et inclusive, en considérant l’importance du milieu scolaire qui permet de toucher les enfants dès le plus jeune âge quasi quotidiennement et tout au long de la scolarité (…)

• Mesure 12 : Amplifier le déploiement des premiers secours en santé mentale PSSM (notamment auprès des jeunes et des enfants)

(…) Aujourd’hui 10 000 secouristes sont déjà formés. L’objectif est d’atteindre 60 000 en 2023 et 150 000 en 2025.

Mesure 13 : Faire émerger un acteur en charge de la coordination de la santé des 3-11 ans

(…) L’objectif est de créer dans les territoires des « maisons des enfants », chargées de la sensibilisation et de la coordination des acteurs de la santé mentale et physique des 3-11 ans (protection maternelle et infantile, médecine scolaire, aide sociale à l’enfance, généralistes, pédiatres, pédopsychiatres en ville ou en centre médico-psychologique,etc.) ainsi que de l’accueil et l’orientation des enfants et de leurs familles, dans une approche globale (…)

• Mesure 14 : Renforcer les Maisons des adolescents

La mesure a pour premier objectif d’installer au moins une MDA dans chaque département français, tandis que les MDA déjà en activité (118 à ce jour) seront renforcées.

• Mesure 15 : Développer l’offre d’Accueil familial thérapeutique (AFT)

(…) L’objectif est d’accompagner les établissements de santé de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à développer davantage cette offre de prise en charge en créant 100 places supplémentaires sur 2 ans réparties de manière à équilibrer le nombre de places disponibles sur le territoire.

• Mesure 16 : Renforcer les centres médico-psychologiques infanto-juvéniles (CMP-IJ)

(…) On recense en 2019, 2 550 CMP dont 1 091 CMP infanto-juvénile avec une file active de 2 370 166 patients. (…) La mesure consiste à renforcer les CMP-IJ par le recrutement de personnel supplémentaire (400 ETP sur trois ans) afin d’améliorer les délais de rendez-vous et de prise en charge, notamment les premiers rendez-vous d’orientation par un personnel non médical.

• Mesure 17: Renforcer les moyens dédiés à la prise en charge du psychotraumatisme

(…) 15 centres régionaux du psychotraumatisme existent aujourd’hui : 10 créés en 2018 et 5 nouveaux en 2020 pour compléter le maillage du territoire. La mesure consiste en un renforcement des équipes de ces centres, tant médicales que non médicales, pour améliorer leur accompagnement des enfants et des adolescents victimes.

DÉVELOPPER : renforcer la couverture médicale en santé mentale et son accessibilité

• Mesure 18 : Prise en charge par l’Assurance maladie d’une prestation d’accompagnement psychologique réalisée par un psychologue en ville

(…) La mesure introduit la prise en charge par l’Assurance maladie (dès l’âge de 3 ans) de séances réalisées par un psychologue volontaire pour suivre, dans le cadre d’un parcours de soins, des patients souffrant de troubles dépressifs et anxieux d’intensité légère à modérée. En 2022, 50 M€ seront consacrés à ce dispositif.

• Mesure 19 : Améliorer le repérage et la prise en charge précoce par un renforcement des CMP adultes

(…) Les CMP font l’objet d’une politique de renforcement engagée depuis 2019 : 4 M€ alloués en 2019, 7 M€ en 2020 (renforcement des prises en charge ambulatoires) et 9,6 M€ en 2021 (renforcement en psychologues – mesure Ségur de la santé). La mesure consiste donc à renforcer les CMP en leur permettant de recruter du personnel supplémentaire afin d’améliorer les délais de rendez-vous et de prise en charge, notamment les premiers rendez-vous d’orientation par un personnel non médical. Il est prévu le recrutement sur trois ans de 400 ETP de personnel non médical (psychologues, infirmières, etc.) dans les CMP adultes.

• Mesure 20 : Apporter une réponse plus adaptée aux besoins de soins urgents et non programmés : le volet psychiatrie du SAS

Le service d’accès aux soins (SAS), initié dans le cadre du pacte de refondation des urgences de septembre 2019, en cours de déploiement actuellement, est un service universel, accessible à tous les territoires, qui doit permettre à chacun d’accéder aux soins dont il a besoin (…). L’objectif de la mesure est de compléter ce dispositif par un service d’accès aux soins psychiatriques instaurant une régulation téléphonique 24h/24 et 365 j/an permettant d’offrir une réponse aux demandes de soins psychiatriques en provenance des usagers, des familles ou des professionnels de santé, suivie d’une orientation adaptée à la situation de la personne, dans un délai rapide. Cinq départements seront concernés dans un premier temps. (…)

• Mesure 21 : Améliorer l’accès aux soins somatiques pour les patients souffrant de troubles psychiatriques

(…) Afin d’améliorer l’accès aux soins somatiques en psychiatrie, il est proposé le financement dans les établissements spécialisés en santé mentale d’équipes pluri-professionnelles de médecine générale. Ces équipes auront une double mission : faciliter l’accès aux soins somatiques (…) et favoriser l’articulation avec les autres spécialités médicales auxquelles le patient a besoin d’avoir accès. L’objectif est de mettre en place une équipe de ce type dans une quarantaine d’établissements, notamment parmi les plus démunis en matière de prise en charge somatique.

• Mesure 22 : Adapter l’offre de soins pour mieux répondreaux besoins par un dispositif de « lits à la demande »

(…) La possibilité d’ouverture de lits supplémentaires, lors de certaines périodes de tension, permettra d’offrir de la souplesse dans l’organisation des hospitalisations et de répondre plus rapidement aux besoins.

• Mesure 23 : Revaloriser les tarifs de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie en ville notamment pour favoriser une meilleure prise en charge des enfants atteints de trouble du neuro développement

(…) la consultation des psychiatres, neuropsychiatres et neurologues est revalorisée à un tarif de 42,5 euros. Par ailleurs une majoration spécifique de 3 euros est créée pour les consultations de psychiatres à destination de patients de moins de 16 ans. Enfin, la prise en charge en urgence (dans les deux jours ouvrables) suivant la demande d’un médecin d’un patient en ville par un psychiatre est également
revalorisée à 85 euros. (…)

• Mesure 24 : Augmenter le nombre de postes de chefs de clinique et disposer d’un poste hospitalo-universitaire titulaire en pédopsychiatrie par UFR de médecine et CHU

(…) L’objectif de la mesure est de pouvoir proposer au moins un poste de PU-PH ou MCU-PH de pédopsychiatrie par UFR et CHU, le fléchage prioritaire en direction de la pédo-psychiatrie étant justifié par les tensions particulièrement vives sur cette filière et l’ampleur des besoins mis en lumière notamment par la
pandémie de la Covid-19. La mesure propose donc la création de postes de CCA et de postes de MCU-PH ou PU-PH de 2021 à 2025.

• Mesure 25 : Améliorer la formation initiale des futurs psychiatres et pédopsychiatres

Une évolution du diplôme d’études spécialisées vers une formation plus équilibrée et diversifiée en cinq ans pour proposer aux étudiants de découvrir l’ensemble des enjeux de la discipline aux travers d’options précoces afin d’encourager le choix éclairé vers la psychiatrie de l’adulte ou la psychiatrie de l’enfant et de
l’adolescent interviendra en novembre 2022.

• Mesure 26 : Promouvoir les infirmiers de pratique avancée en psychiatrie et santé mentale (PSM)

(…) Un financement complémentaire permettra de former 540 IPA supplémentaires

PRÉVOIR : investir dans la recherche en santé mentale et les opportunités offertes par le numérique

• Mesure 27 : Lancer un programme de recherche dans le domaine « santé mentale et psychiatrie »

(…) Le champ de la recherche scientifique a besoin d’être structuré pour tirer parti des forces vives de notre pays, et notamment de notre système unifié de santé publique qui offre aux chercheurs l’opportunité de travailler sur des cohortes importantes. C’est pourquoi l’État soutiendra un plan pluriannuel de soutien à la recherche ambitieux dans le domaine, financé dans le cadre du 4e plan d’investissement d’avenir. Elle y mettra les moyens : 80 M€. Son pilotage sera confié à l’INSERM et au CNRS, qui travaillent actuellement au cadrage stratégique et à l’organisation de ce programme de recherche devant répondre aux meilleurs standards internationaux.

• Mesure 28 : Contribuer à la création de l’ institut de stimulation cérébrale de Paris

(…) La création par le GHU Paris psychiatrie et neurosciences, l’INSERM et l’ESPCI d’un Institut de stimulation cérébrale de Paris a pour objectif d’accélérer la dynamique de recherche translationnelle dans le domaine de la stimulation cérébrale (…)

• Mesure 29 : Créer le centre E-CARE de prise en charge et de recherche sur l’enfant

(…) Pour pérenniser l’effort vers l’enfance et renforcer une approche transversale de cet âge de la vie, un Institut du cerveau de l’enfant (de sa conception à la vie adulte) sera créé. À vocation nationale, cet institut fédèrera les scientifiques reconnus internationalement autour d’un projet global, dépassant le seul cadre sanitaire pour répondre à l’ensemble des vulnérabilités de l’enfant.

• Mesure 30 : Développer l’usage du numérique en santé mentale

En matière de numérique en santé mentale, la France se caractérise par un investissement insuffisant. Ainsi, la santé mentale est un des domaines dans lequel le déséquilibre entre le besoin et l’offre numérique est le plus important. Les enjeux des années à venir vont porter sur l’appropriation de ces outils par l’ensemble
de ces acteurs (patients et familles, professionnels, acteurs économiques) ainsi que sur
l’accompagnement de l’État pour ces transformations. (…)

Assises de la santé mentale et de la psychiatrie. Une ambition refondée pour la santé mentale et la psychiatrie en France. Pour une société qui comprend, pour une société qui agit. Dossier de presse interministériel, septembre 2021, en téléchargement.