04/05/2021

Des « Jeux » sportifs pour ouvrir grands les portes de l’UMD…

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Depuis 2018, l’équipe soignante de l’Unité pour malades difficiles (UMD) du CH du Rouvray organisent des « Jeux », journée sportive avec des défis par équipes, auquel des athlètes de haut niveau sont invités (lire aussi). Au-delà des objectifs liés à la pratique du sport pour les patients, cette action insuffle un vent nouveau dans l’unité et contribue à déstigmatiser les troubles psychiques. Eliott, un patient psychotique, la vingtaine, s’engage « à fond » dans cette activité…

Un article de Pauline C., avec  Alexandre R. , Cédric C., Grégoire D., infirmiers, UMD, CH du Rouvray.

Printemps 2017, Eliott, tout juste 18 ans, voit sa vie basculer. Un passage à l’acte gravissime entraîne une garde à vue et une expertise psychiatrique. Le jeune homme est hospitalisé en urgence à l’Unité pour malades difficiles (UMD) du Centre hospitalier du Rouvray pour une décompensation psychotique.

À son arrivée, Eliott est surveillé nuit et jour en chambre protégée. Il est envahi d’hallucinations visuelles : le sol est, par exemple, totalement tapissé d’araignées. Un traitement est mis (ou plutôt remis) en place.

En effet, quelques mois auparavant, Eliott, alors mineur et scolarisé en Terminale ES, avait été hospitalisé une première fois dans son secteur d’origine, en Basse-Normandie. Un délire de persécution, des hallucinations visuelles et un risque hétéro et auto-agressif envahissaient le jeune lycéen. Le tout était potentialisé par une consommation quotidienne de cannabis. Des semaines d’hospitalisation avaient alors été nécessaires pour mettre en place un traitement adapté.

Puis, le retour au domicile, qui est à cette période un environnement complexe pour Eliott, est réalisé. La cellule familiale présente sous le toit est constituée de sa mère et d’une de ses demi-sœurs. La relation mère-fils s’est considérablement dégradée depuis l’entrée d’Eliott dans la maladie. Elle est source d’angoisse et de majoration de ses troubles. Le domicile devient un endroit toxique pour Eliott, et sa santé mentale est encore fragile. Après une rupture de traitement, une nouvelle hospitalisation est nécessaire. Nouvelle mise sous traitement, l’amélioration de son état au fil des jours et des semaines permet une sortie. Mais le schéma recommence ; la toxicité des relations maternelles, une consommation de toxiques et une nouvelle rupture de traitement conduisent à un point de non-retour. Le passage à l’acte est survenu dans les jours qui ont suivi.

Casser la routine du quotidien de l’UMD

Même si Eliott connaît l’institution psychiatrique, il va vite se rendre compte qu’une UMD est bien différente d’une unité « classique ». Le protocole y est extrêmement rigoureux, voire lourd. Pour nécessaire qu’il soit, il laisse peu de place à la spontanéité, et la routine peut vite se transformer en ritualisation difficile pour certains.

Des activités quotidiennes proposées par l’équipe de Médiations thérapeutiques physiques et sportives (MTPS) sont programmées sur l’ensemble de la semaine. C’est dans ce contexte que l’équipe pluridisciplinaire souhaite diversifier les activités pour impulser une dynamique nouvelle et améliorer le quotidien des patients.

C’est ainsi que surgit l’idée de remettre au goût du jour les traditionnelles « Olympiades », régulièrement organisées par l’établissement dans les années 1990. Ces journées restent un souvenir marquant pour de nombreux collègues, mais aussi et surtout pour certains patients.

Outre la volonté de « casser » la routine du quotidien, la pratique d’un sport adapté constitue un outil de soin complémentaire dont les bienfaits ne sont plus à prouver.

Les recherches se sont multipliés ces dernières années dans ce domaine et pointent les bénéfices du sport chez les patients psychotiques. Une méta-analyse réalisée à l’université de Manchester (1) établit un lien de causalité entre la pratique sportive et les bénéfices neurocognitifs, qui se traduirait par des améliorations de la cognition sociale, de la mémoire, de l’attention et de la vigilance. Une autre étude montre que les bienfaits cognitifs s’étendent au-delà de trois mois, et cela après la fin de l’étude (étude menée auprès de 75 patients bénéficiant d’un programme d’exercice physique pendant une durée de 3 mois) (2).

Ce type d’initiative est d’autant plus important que les patients schizophrènes sont, en raison de la symptomatologie négative et de l’iatrogénie, liés à certains antipsychotiques réfractaires à la pratique d’une activité sportive. Une sensibilisation aux bienfaits de la pratique sportive adaptée peut atténuer cette tendance naturelle au sédentarisme (3,4)…