La Société française d’alcoologie explore 4 études sur le Baclofène

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Selon la Société française d'alcoologie (SFA), si le Baclofène va « ouvrir le champ des possibilités » dans certains cas, il reste beaucoup à faire pour « avoir une vision précise de sa place dans l'arsenal thérapeutique chez les patients alcoolodépendants ». Dans un communiqué du 19 septembre, la SFA fait le point sur les résultats de la recherche.

Quatre études ont été présentées lors du Congrès de l’ISBRA-ESBRA (International Society for Biomedical Research on Alcoholism) à Berlin le 3 septembre 2016 dont les résultats permettent de mieux situer la place de ce médicament dans le traitement de l’alcoolodépendance.

Trois études ont inclus des patients adultes dépendants de l’alcool et ont étudié l’impact du Baclofène sur l’abstinence selon des critères différents :
– L’étude ALPADIR, étude française financée par le laboratoire Ethypharm, menée sous la responsabilité du Professeur Michel Reynaud, a inclus 316 patients.
– L'étude allemande (BACLAD) a inclus un petit nombre de patients alcoolodépendants (28 patients dans chacun des deux groupes placebo et Baclofène).
– La troisième étude est une étude hollandaise qui a inclus 151 patients alcoolodépendants .
– La dernière étude est l’étude BACLOVILLE financée à la fois sur des fonds publics et sur des fonds privés et coordonnée par le Professeur JAURY. Cette étude a inclus des patients présentant une consommation excessive d’alcool, avec ou sans dépendance.

Que peut-on dire de ces études ?
Tout d’abord, il faut souligner que les populations étudiées et les méthodologies des différentes études sont très différentes, ce qui peut expliquer certaines discordances dans les résultats. Ainsi, les patients étaient dépendants ou non, sevrés d’alcool avant mise sous baclofène ou non, les consommations d’alcool étaient d’importance variable (allant du simple au double), de même que le soutien psychosocial associé qui, lorsqu’il est intensif (comme dans l’étude hollandaise par exemple), peut rendre moins visible l’effet du médicament, démontrant ainsi l’importance de l’aide psychosociale. Le nombre de patients inclus variait aussi beaucoup. Enfin, les critères de jugement étaient plus ou moins contraignants, allant de l’abstinence continue pendant plusieurs mois à la réduction de consommation.

Les résultats de ces quatre études sont contrastés, certaines étant positives sur le critère principal de jugement, d’autres négatives.

– Si l’on considère l’aide au maintien de l’abstinence, la seule étude positive est l’étude allemande qui n’a malheureusement pu inclure qu’un faible nombre de patients, ce qui limite les conclusions que l’on peut en tirer. L’étude ALPADIR et l’étude hollandaise sont négatives sur leur critère principal de jugement respectif (abstinence continue et délai de 1ère rechute). Sur ce point, l’étude BACLOVILLE est plus difficile à interpréter puisqu’elle a mélangé les patients devenus abstinents à la fin de l’étude à ceux qui avaient fortement réduit leur consommation. L’impression qui en résulte est que l’efficacité du Baclofène dans l’aide au
maintien de l’abstinence est limitée. Ce médicament semble plus intéressant pour réduire la consommation d’alcool.
C’est d’ailleurs surtout comme cela qu’il est utilisé d’après les données de la RTU. Il restera à préciser si ce phénomène existe aussi bien chez les patients dépendants que chez les
patients non dépendants. Comme pour tous les médicaments déjà disponibles, ce phénomène semble plus marqué chez les patients qui consomment le plus
d’alcool.
– La diminution du craving est un facteur favorable pour la prise en charge globale des patients, mais n’a été retrouvée de façon significative que dans
l’étude ALPADIR (non disponible pour BACLOVILLE).

Ces résultats préliminaires nécessitent d’attendre que l’on dispose de l’ensemble des résultats de ces études pour porter un jugement plus précis (relativement à la méthodologie et à l’analyse des données) et en particulier savoir s’il existe des profils de patients qui répondraient mieux au Baclofène que d’autres. La population des patients alcoolodépendants n’est en effet pas homogène et l’analyse globale des résultats intégrant des patients ne répondant pas à ce traitement et d’autres y répondant davantage donne une moyenne qui peut être peu ou pas significative, ce qui ne veut pas dire que ce médicament ne peut pas rendre service à des patients dont il faudra préciser les caractéristiques.
Par ailleurs, nous ne disposons actuellement que de traitements médicamenteux dont l’efficacité reste limitée. La mise à disposition d’un nouveau médicament comme le Baclofène est donc de nature à ouvrir le champ des possibilités notamment pour des patients chez qui d’autres médicaments ne seraient pas efficaces ou ne pourraient pas être utilisés pour des raisons de tolérance ou autre.
Il reste encore beaucoup à faire de façon à avoir une vision précise de la place du Baclofène dans l’arsenal thérapeutique chez les patients alcoolodépendants.