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Les majeurs protégés davantage concernés par le handicap psychique

L’étude nationale commanditée par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) et réalisée en 2016 par l’Association nationale des Centres régionaux d’études, d’actions et d’informations en faveur des personnes en situation de vulnérabilité (Ancreai) visait à mieux connaître les majeurs protégés et à mieux cerner les pratiques d’accompagnement mises en œuvre et leur adéquation avec les besoins identifiés et les attentes exprimées par les majeurs protégés. La méthodologie comprenait trois axes de travail : un état des lieux des connaissances issues des recherches et publications sur le sujet en France et à l’étranger ;  une enquête par questionnaire auprès des Mandataires judiciaires à la protection des majeurs (MJPM) (services mandataires, mandataires individuels et préposés d’établissement) de 20 départements, permettant de décrire plus de 2800 situations de vie de majeurs protégés et 33 entretiens semi-directifs auprès de majeurs protégés, de familles, tutrices ou non, et de MJPM sur la mise en place des mesure de protection et leur suivi.

 

Qui sont les majeurs protégés ?
En 2015, environ 450 000 personnes en France bénéficiaient d’une mesure de protection juridique exercée par un professionnel (78 % d’entre eux par un service, 14 % par un mandataire individuel et 8 % par un préposé d’établissement). Les personnes de moins de 60 ans représentent un peu plus de la moitié (52%) des majeurs protégés. En moyenne, 10.5 personnes pour 1000 habitants de 18 ans et plus sont en protection, ce taux augmente significativement avec l’âge (plus de 20 ‰ à partir de 75 ans). Les femmes représentent 51% des majeurs protégés mais la proportion d’hommes est plus élevée à chaque âge, sauf parmi les 75 ans et plus.
Environ 60 % des personnes protégées vivent dans un domicile ordinaire, 40 % vivant en établissement (dont 22% dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées, 14% pour personnes handicapées et 4% en structure sanitaire). La majorité des majeurs protégés vivent seuls (63% de ceux qui sont à domicile).
Près de la moitié d’entre eux ont des ressources se situant en dessous du seuil de pauvreté (10 080 euros/an). Seuls 15 % ont une activité professionnelle, le plus souvent en ESAT (10%), les autres étant inactifs (38%) ou retraités (43%).
Les majeurs protégés de moins de 60 ans ont, dans leur très grande majorité une reconnaissance de leur handicap par la MDPH (86%). Tous âges confondus, 54% reçoivent une prestation liée au handicap (dont 48% l’AAH). Près de 30 % des personnes protégées de 75 ans et plus reçoivent l’APA. Outre leur mesure de protection, les deux tiers des personnes à domicile bénéficient d’un accompagnement complémentaire, le plus souvent un suivi psychologique ou psychiatrique (43%).

 

Les profils des majeurs protégés
A partir des variables descriptives des majeurs protégés, quatre facteurs de vulnérabilité ont été identifiés : le handicap, les troubles psychiques/psychiatriques, la dépendance liée à l’âge et la vulnérabilité sociale. Une même personne peut être concernée par plusieurs de ces facteurs. Leur différente combinaison a permis de définir quinze profils différents, réduits à une typologie de sept principaux profils. Ainsi, 44% des mesures de protection juridique correspondent à des situations de handicap psychique, 17% sont des situations de handicap de moins de 60 ans (hors handicap psychique), 8% regroupent d’ « autres situations de handicap » (essentiellement des personnes handicapées vieillissantes), 23 % sont des situations de dépendance liée à l’avancée en âge, 3% concernent des situations de vulnérabilité sociale (minima sociaux autres que handicap et dépendance et/ou hébergés dans des structures d’hébergement social). Enfin, pour 5% de l’échantillon de l’enquête, aucune des caractéristiques collectées par l’enquête ne témoignait d’un des quatre facteurs de vulnérabilité recherchés (l’hypothèse étant que cette classe regroupe en partie des situations insuffisamment connues donc mal renseignées dans l’enquête et/ou une mesure de protection juridique justifiée par des difficultés sociales et/ou de santé intriquées – notamment présence d’addictions, de déficiences légères, de surendettement, etc.).
 

Les évolutions dans les profils des majeurs protégés, identifiés par les MJPM
– Une précarité croissante et un accès difficile à un habitat digne, parfois en lien avec une rupture de droits ou un surendettement.
– Une prévalence plus importante du handicap psychique avec des troubles de plus en plus graves, des difficultés d’accès aux soins et/ou des ruptures de soins.
– Une dépendance accentuée des personnes âgées, avec un maintien à domicile de plus en plus tardif de personnes en perte d’autonomie ayant des difficultés pour financer les accompagnements nécessaires.
– Une montée en charge des jeunes adultes issus du champ de la protection de l’enfance et/ou des établissements et services en faveur des personnes en situation de handicap (MECS, ITEP, parcours chaotique dans le secteur médico-social, etc.).
– Un isolement social lié à la précarisation des situations, mais aussi à la présence de troubles psychiques.

  • Etude relative à la population des majeurs protégés. Profils, parcours et évolutions, Ancreai, mai 2017. A consulter sur le site de l'Ancreai

 


< Les conférences de la Société psychanalytique de Paris
Pour le Collectif des 39, « la psychiatrie traverse une crise éthique » >
Le handicap psychique, facteur en augmentation chez les majeurs protégés

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