Une étude menée à partir des données de plus de 7 000 patients par le centre de recherche académique dédié à l’avancement des connaissances scientifiques dans le domaine des troubles psychiatriques SINAPS, en partenariat avec la Fondation FondaMental (France), apporte un nouvel éclairage sur le rôle de l’inflammation dans les troubles psychiatriques sévères. Ce travail met en évidence de nouvelles pistes pour personnaliser la prise en charge des patients souffrant de dépression, de schizophrénie ou de trouble bipolaire. Communiqué.
Environ un tiers des personnes atteintes de troubles psychiatriques sévères (tels que la dépression résistante aux traitements, la schizophrénie ou le trouble bipolaire) présentent une inflammation chronique de bas grade. Ce phénomène biologique est associé à des formes plus sévères de la maladie et à une moins bonne réponse aux traitements.
Un marqueur biologique présent chez un tiers des patients
Publiée dans la revue scientifique internationale Brain, Behavior, and Immunity (1), cette recherche s’appuie sur les cohortes nationales FACE (FondaMental Advanced Centers of Expertise) de la Fondation FondaMental. Elle regroupe des patients atteints de dépression résistante, de schizophrénies ou de troubles bipolaires afin de mieux comprendre les facteurs communs associés à cette inflammation chronique. Les résultats montrent qu’environ 30 % des patients, quel que soit leur diagnostic psychiatrique, présentent des niveaux élevés de CRP (C-Reactive Protein), un biomarqueur sanguin révélateur d’inflammation chronique de bas grade.
Les chercheurs ont également utilisé plusieurs méthodes statistiques robustes (régression logistique pénalisée, forêts aléatoires et classification non supervisée) pour identifier les principaux facteurs associés à cette inflammation chronique de faible intensité :
- Le surpoids et l’obésité, de loin les facteurs les plus significatifs,
- Les déséquilibres métaboliques, notamment le cholestérol,
- Le tabagisme et la dépendance à la nicotine.
Ces facteurs liés au mode de vie et à la santé métabolique, bien connus en santé cardiovasculaire, jouent donc également un rôle clé dans l’inflammation associée aux troubles psychiatriques étudiés.
Cependant, l’étude montre que les facteurs liés à l’inflammation chronique diffèrent selon le sexe. Chez les femmes, l’inflammation est principalement associée au surpoids et aux troubles métaboliques. Un autre biomarqueur, l’acide urique, semble également impliqué. Chez les hommes, la situation est plus variée, mais le tabagisme apparaît comme un facteur particulièrement important.
« Comprendre non seulement si un patient présente une composante inflammatoire, mais aussi les mécanismes qui la sous-tendent, nous permet d’associer aux traitements classiques des interventions précoces ciblant la santé métabolique, les habitudes de vie ou d’autres facteurs contributifs, afin d’améliorer la récupération et le pronostic global. » Tim Rietberg, Doctorant à l’Université d’Anvers (SINAPS), membre du conseil d’administration de Uilenspiegel vzw et de Psyche vzw.
Quelles perspectives pour les patients ?
Ces résultats plaident pour une prise en charge plus personnalisée, qui utilise la CRP non plus comme un simple indicateur général, mais comme un premier signal d’alerte pour orienter des actions ciblées. En complément des traitements standards (médicaments psychotropes et psychothérapie), cela pourrait inclure des interventions sur le mode de vie (alimentation, activité physique, arrêt du tabac) ou des traitements spécifiquement dirigés contre l’inflammation et/ou les anomalies métaboliques.
Ces travaux de recherche constituent une étape importante vers une psychiatrie de précision, adaptée aux caractéristiques individuelles. Les auteurs appellent désormais à des études prospectives pour évaluer l’impact de ces interventions ciblées sur l’inflammation.
« La psychiatrie de précision nous permet de sortir d’une approche standardisée. En identifiant des biomarqueurs comme la CRP, nous pourrons mieux caractériser les patients et adapter les traitements à leur profil individuel, afin d’améliorer l’évolution des troubles psychiatriques sévères. » Pr. Livia de Picker, Professeure adjointe en immunopsychiatrie clinique, Hôpital universitaire psychiatrique de Duffel & Université d’Anvers.
À propos de SINAPS (Scientific Initiative for Neuropsychiatric and Psychopharmacological Studies)
SINAPS est un centre de recherche académique dédié à l’avancement des connaissances scientifiques dans le domaine des troubles psychiatriques. Il a été fondé grâce à une collaboration entre le Centre psychiatrique universitaire de Duffel et l’Université d’Anvers. SINAPS mène des recherches cliniques et translationnelles sur les troubles de santé mentale, dans le but de mieux comprendre les mécanismes biologiques et cliniques sous-jacents et, à terme, d’améliorer la qualité de vie des personnes présentant des vulnérabilités psychiatriques.
Plus d’informations sur SINAPS Duffel
1 – Tim Rietberg et al. From non-specific biomarker to targeted action: transdiagnostic and sex-specific drivers of high-CRP status in severe mental illness across the FondaMental Advanced Centers of Expertise (FACE) cohorts, Brain, Behavior, and Immunity, 2026. https://doi.org/10.1016/j.bbi.2026.106464










