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Agnès Buzyn veut « préserver le budget de la psychiatrie »

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s'est adressée aux professionnels de la psychiatrie le 26 janvier 2018, jour de clôture du 16e  Congrès de l'Encéphale à Paris. Très attendue, elle a décliné un plan d'action pour la psychiatrie et la santé mentale, via des mesures  « d'urgence » (et d'autres à plus long terme), pour préserver le budget de la discipline, améliorer la formation des professionnels et la qualité des soins, et soutenir la recherche.

« La prévention est insuffisante, et les diagnostics trop tardifs, a-t-elle rappelé d'emblée, soulignant également que l’inclusion sociale des personnes malades reste insatisfaisante, avec des politiques publiques « qui ne se sont pas saisies de l’accès de cette population à une vie active, citoyenne. » Selon la Ministre, les troubles psychiques demeurent tabous, « objets de stigmatisation ». A ces défis, s'ajoutent « ceux des inégalités sociales et territoriales » : « La psychiatrie est une discipline d'avenir, mais l'organisation des soins en santé mentale et leur place dans la société n'est pas à la hauteur de ce constat. »

Le plan d'action d'Agnès Buzyn prévoit des mesures d'urgence, et d'autres, de plus long terme, qui devront être prises en concertation avec tous les acteurs, professionnels des différents champs et usagers. Il s'inscrit dans la Stratégie nationale de santé et vise à améliorer la prise en charge du patient via une meilleure coordination des parcours, mais également à changer les regards sur la maladie psychique et « sortir de la vision stigmatisante ». A plusieurs reprises, la ministre a indiqué que les mesures annoncées répondaient à des demandes formulées par les représentants de la discipline le 18 décembre dernier au ministère. 

Formation, enseignement, recherche

« Le nerf de la guerre est constitué par le triptype “formation, recherche, enseignement” », a indiqué la Ministre. Afin d'améliorer les diagnostics précoces, il faut renforcer la formation des généralistes, qui doivent « incarner les chevilles ouvrières du parcours du patient ». Pour cela, ils suivront un stage durant leur formation.

Par ailleurs, l'enjeu de la formation concerne les équipe en psychiatrie, et les acteurs de la santé mentale, notamment les infirmiers, les psychomotriciens, les aides-soignants, ou encore les orthophonistes. Concernant des infirmiers aux compétences spécifiques en psychiatrie, « en plus de la formation continue, qui est déjà une première réponse, je veux que les infirmiers en pratiques avancées puissent se spécialiser en psychiatrie dès le lancement du dispositif à la fin de l’année » a souligné A. Buzyn. Par ailleurs, concernant les études médicales, « la maquette de la psychiatrie, en particulier sur la question de la formation des pédopsychiatres » sera revue.

L'effort doit aussi porter sur la recherche : « Malgré la grande qualité des travaux réalisés, chaque année, trop peu de projets de recherche sont financés, et le nombre de publications scientifiques ne reflète pas suffisamment les talents et les compétences dont nous disposons. » Un axe est d'inscrire la psychiatrie comme thématique prioritaire au sein du programme hospitalier de recherche clinique (PHRC), ce qui devrait déboucher dès cette année sur une augmentation des projets retenus et financés. Par ailleurs, une coordination nationale de la recherche en psychiatrie, dont les contours restent à préciser, aura pour missions de créer de la synergie et d'apporter une aide et des ressources supplémentaires. La recherche doit en particulier chercher à faire évoluer les connaissances et bénéficier « des apports des neurosciences dites cognitives, qui étudient le cerveau, ainsi que les relations entre processus mentaux et fonctionnement cérébral. »

Organisation territoriale et financement

Actuellement l'organisation des soins « met trop de distance entre les établissements spécialisés en santé mentale, les hôpitaux généraux et les praticiens de ville, de médecine somatique ou de psychiatrie. » L'amélioration des prises en charge doit s'envisager tout au long parcours du patient, ce qui nécessite un renforcement de « l'organisation territoriale et des liens entre le somatique et le psychique », s'appuyant sur les groupements hospitaliers de territoires (GHT), les communautés psychiatriques de territoires, les ressources de la télémédecine et les projets territoriaux de santé mentale (PTSM). Ces derniers doivent nouer un lien entre médical, médico-social et sociale.

Afin de mieux coordonner les parcours, autour de projet de soins et de vie, « la psychiatrie sera l'une des premières disciplines concernée par les financements de parcours innovants » (selon l'art. 51 de la loi de financement de la sécurité sociale).

Concernant le financement, la Ministre a indiqué que les dotations de la psychiatrie devaient « garantir le développement de la spécialité et permettre les transformations attendues » : « Pour cela, je veillerai à ce que le budget de la psychiatrie soit préservé dans les GHT et les hôpitaux généraux. »  « Plus encore, a-t-elle précisé, je souhaite que la définition d’indicateurs en psychiatrie, et en santé mentale, permette de réviser l’allocation des ressources en psychiatrie. (…) Un consensus existe sur la nécessité de faire évoluer le modèle de financement de la psychiatrie car les établissements autorisés en psychiatrie demeurent aujourd’hui financés par des dotations historiques, marquées par d'importantes inégalités entre régions et établissements. Ce modèle doit évoluer pour soutenir davantage la dynamique de projets et pour valoriser la qualité des prises en charge, dans une logique de parcours. » Engagé avec les différents partenaires, cette réflexion s’ancrera dans une réflexion plus globale de transformation du système de santé et donc du modèle de financement afférent.

Améliorer la qualité des soins est aussi une préoccupation forte de la Ministre, qui a annoncé que les dernières recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) pour la discipline (épisode dépressif caractérisé et troubles bipolaires) « devront être complétées d’indicateurs de qualité des soins en psychiatrie et en santé mentale », concernant le recours à la médication, la précocité des diagnostics, les délais de prise en charge, le taux de suicide. Agnès Buzyn a par ailleurs indiqué « garder à l'esprit l'objectif de réductions du recours aux soins sans consentement, à l'isolement et à la contention », objectif à atteindre collectivement, « en interrogeant les pratiques, questionnant les savoirs, réformant les formations. » Elle a rappelé que le système d’information des établissements a été complété pour recueillir des données sur ce sujet à compter du 1er janvier 2018. Ce recueil permettra une « analyse de la situation, des tendances et des disparités territoriales ».

D'autres annonces ont concerné la pédopsychiatrie. La ministre veut « développer la pédopsychiatrie de ville et les consultations complexes de psychiatrie en médecine générale en réinterrogeant la convention médicale » à sa prochaine révision. Le directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie devra prêter une attention toute particulière à la tarification des consultations en psychiatrie et en pédopsychiatrie, en particulier les pédopsychiatres ambulatoires devraient avoir le même traitement que les généralistes, eu égard à la consultation des enfants.

Par ailleurs, la ministre a annoncé sa volonté de mettre en place une offre de soins spécialisée dans la prise en charge du psychotraumatisme, notamment par la création de dix unités en 2018 pour des publics variés. Elle a abordé la question du suicide, souhaitant généraliser dans les deux ans Vigilans, dispositif de recontact du suicidant à la sortie des urgences expérimenté dans 5 régions et un département.

Pour marquer sa détermination à faire évoluer les choses et à suivre le plan d'actions, Agnès Buzyn a indiqué qu'elle assurerait « personnellement la présidence du comité stratégique de psychiatrie et de santé mentale. »

 

 

 

 


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