Intervention précoce en psychiatrie : la ministre de la Santé retient trois mesures d’urgence

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Après la remise d’un rapport d’expertes missionnées sur l’intervention précoce en psychiatrie, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, fait part de premiers engagements, et notamment, la mise en oeuvre de trois étapes majeures : établir « une cartographie des ressources » par territoire, « clarifier les rôles de chaque structure » et réorganiser « un maillage territorial cohérent » fondé sur les besoins.

Création d’un centre national ressource, maillage du territoire, formation accrue des professionnels… Le 12 février dernier, le rapport commandé par le ministère, consacré au repérage et l’intervention précoce en santé mentale chez les jeunes, a été remis à la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. Ce rapport élaboré par la Professeure Rachel Bocher, la Professeure Marie-Odile Krebs et Madame Angèle Malâtre-Lansac, après l’audition de 100 personnes, proposait 10 mesures d’urgence pour le repérage et l’intervention précoce qui devrait permettre au ministère de « passer du constat à l’action ». Parmi ces mesures (voir encadré ci-dessous), les rapportrices préconisaient notamment « d’établir une cartographie à l’échelle des territoires des ressources et partenaires impliqués dans le repérage et les soins pour les jeunes », de « repenser l’articulation entre repérage, orientation et soins » ou encore « de mailler le territoire avec des dispositifs d’intervention précoce », soulignant également que « l’intervention précoce en psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte ne constitue pas à ce jour un champ structuré de la politique de santé en France. Elle ne repose ni sur une définition nationale stabilisée, ni sur un cadre organisationnel identifié, ni sur des outils de pilotage permettant une lecture homogène de l’offre et de ses résultats ».

C’est dans la continuité de ce rapport que Stéphanie Rist s’est exprimée à l’occasion de la 19e journée internationale des pathologies psychiatriques émergentes du jeune adulte et de l’adolescent, le 31 mars, pour faire part des actions retenues par le gouvernement. Dans une allocution en vidéo, elle a ainsi évoqué trois recommandations du rapport que le gouvernement souhaite engager.

Trois mesures d’urgence retenues

« Les troubles psychiques sont la première cause de maladie et de handicap chez les 15-25 ans, et sans repérage suffisant, des fragilités deviennent des pathologies sévères et dévastatrices », a rappelé Stéphanie Rist. La ministre a fustigé des réponses actuelles « encore trop fragmentées, laissant le parcours se perdre dans des dispositifs inefficaces pour les jeunes et leurs familles ». S’appuyant sur le rapport du trio d’expertes, elle a appelé de ses voeux« une transformation profonde avec des parcours plus lisibles, des délais d’accès aux soins réduits et une coopération renforcée entre tous les acteurs de terrain ». « Pour cela, nous ne partons pas de rien », a-t-elle assuré, saluant « le travail de longue date » du réseau Transition (qui fédère au niveau national près de soixante-dix structures à ce jour dédiées à l’intervention précoce) ou de l’expérimentation Dippe* en Pays de la Loire.

Listant les investissements réalisés ou en cours, (la pérennisation, depuis 2019, de « dix-huit projets d’innovation organisationnelle sur le repérage et la prise en charge précoce en psychiatrie«  […]  » ou l’investissement « de 25 millions d’euros dans l’appel à projets psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent »), la ministre a exprimé sa volonté de « consolider » ce soutien et « aller plus loin plus vite plus fort : « Je souhaite vous annoncer que trois étapes majeures vont être mises en œuvre […]. Nous allons établir une cartographie précise des ressources présentes dans chaque territoire, les acteurs de première ligne, ceux de seconde ligne, les points d’entrée, les articulations possibles« . Le ministère travaille ensuite « à clarifier l’offre, les rôles et les missions de chaque structure », pour faire en sorte que le système soit plus lisible pour les jeunes, leurs familles et les professionnels. Enfin, « nous voulons structurer un maillage territorial cohérent fondé sur les besoins réels avec des circuits clairs et des partenariats solides entre institutions », avec un objectif : « qu’aucun jeune ne passe entre les mailles du filet et qu’aucun trouble débutant ne devienne une trajectoire brisée, faute d’avoir été repéré » précocement. « Nous avons les preuves, les acteurs, l’élan, nous avons maintenant la responsabilité de transformer ces avancées en réalité durable partout en France », a-t-elle conclu.

Le rapport remis à la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées propose 10 mesure urgentes pour l’intervention précoce en santé mentale chez les jeunes.

- Établir une cartographie à l’échelle des territoires des ressources et partenaires impliqués dans le repérage et les soins pour les jeunes
- Repenser l’articulation entre repérage, orientation et soins
- Structurer un pilotage national du repérage et l’intervention précoce avec un centre ressource national
- Mailler le territoire avec des dispositifs d’intervention précoce
- Former l’ensemble des acteurs aux nouvelles pratiques de soins adaptées à l’intervention précoce
- Favoriser le changement de pratiques à l’échelle des territoires
- Développer les nouvelles technologies en santé au service du repérage et de l’intervention précoce
- Assurer un financement pérenne et pluriannuel
- Soutenir les programmes de recherche sur l’intervention précoce et la prévention en santé mentale des adolescents et jeunes adultes
- Renforcer la coconstruction avec les usagers et leurs proches.

*Le DIPPE est un projet expérimental construit en partenariat avec le CHU de Nantes, le Centre de Santé Mentale Angevin (CESAME d’Angers) et l’Etablissement public de Santé Mentale de la Sarthe (EPSM) en partenariat avec des acteurs médico-sociaux locaux, dont L’Etape pour la Loire-Atlantique. Il a pour objectifs de détecter et/ou limiter le retentissement fonctionnel des troubles psychotiques chez les jeunes adultes (15-30 ans) en proposant un accompagnement pluri-disciplinaire intensif sur une période de trois ans.