Un dispositif de parcours coordonné renforcé pour l’obésité complexe de l’adulte vient d’être officialisé par un arrêté publié au Journal officiel. Remboursé par l’Assurance Maladie, ce programme, qui comprend des interventions individuelles ou collectives, vise à renforcer l’autonomie du patient tout en garantissant une traçabilité continue des soins, transmise au médecin traitant.
Une situation d’obésité est dite complexe en fonction de sa sévérité (IMC ≥ seuil 35 kg/m2, classe II) ou du cumul de facteurs associés : complications ou comorbidités somatiques ou psychiatriques, retentissement fonctionnel, retentissement important sur la vie quotidienne et la qualité de vie… Le nouveau dispositif de parcours coordonné renforcé pour l’obésité complexe de l’adulte vient d’être officialisé par un arrêté publié au Journal officiel du 4 mars, journée mondiale de lutte contre l’obésité. Issu d’une expérimentation réussie, il permet désormais le remboursement par l’Assurance maladie d’une prise en charge pluridisciplinaire complète.
Les structures comme les maisons de santé, les centres de santé ou les établissements hospitaliers peuvent porter ce projet à condition d’intégrer un médecin spécialiste de l’obésité pour coordonner les soins. Jusqu’ici expérimenté en Bourgogne-Franche-Comté, son déploiement dans toute la France était l’une des mesures de la feuille de route 2026-2030 pour la prise en charge de l’obésité, annoncée mi-janvier par la ministre de la Santé.
Ce parcours de soins repose avant tout sur une coordination rigoureuse assurée par une équipe pluridisciplinaire sous la responsabilité d’un médecin spécialiste de l’obésité. L’objectif de ce programme, qui comprend des interventions individuelles ou collectives, vise à renforcer l’autonomie du patient tout en garantissant une traçabilité continue des soins, transmise au médecin traitant.
- Le dispositif débute par une évaluation multidimensionnelle complète qui analyse aussi bien les aspects cliniques et biologiques que les dimensions psychologiques, sociales et comportementales du patient.
- À l’issue de ce bilan, l’élaboration d’un programme personnalisé donne lieu à des interventions ciblées, sur les plans psychologiques, diététiques ou encore de l’activité physique adaptée.
- Le suivi est ensuite jalonné de réévaluations systématiques à 6, 12 et 24 mois afin d’ajuster la prise en charge et de prévenir toute rupture de parcours.
Evaluation approfondie de la sévérité de l’obésité
Concrètement, l’inclusion d’un patient dans ce parcours nécessite une prescription médicale ainsi qu’une évaluation approfondie de la sévérité de l’obésité selon les critères de la Haute Autorité de santé. Une équipe socle « minimale » accompagne alors le patient, réunissant autour du médecin coordonnateur un infirmier, un diététicien, un psychologue clinicien et un professionnel de l’activité physique adaptée (masseur-kinésithérapeute, enseignant en activité physique adaptée, psychomotricien et ergothérapeute).
Sous l’autorité du médecin spécialiste de l’obésité, plusieurs organisations sont envisageables, qu’il s’agisse d’une structure unique autorisée ou de deux structures conjointement autorisées, dès lors qu’elles garantissent l’absence de perte de chance pour les patients et assurent une prise en charge conforme aux exigences du présent cahier des charges. « Même s’il ne relève pas de l’équipe-socle, le médecin traitant du patient est associé de manière constante au parcours coordonné renforcé obésité complexe chez l’adulte », précise encore l’arrêté. « A ce titre, la structure responsable veille à l’informer, à l’impliquer dans les décisions cliniques pertinentes et à assurer, avec son accord, la transmission régulière des informations nécessaires. L’ensemble de ces conditions doit assurer la continuité, la qualité et la sécurité de la prise en charge des patients ». Ce dispositif s’articule également étroitement avec les filières régionales, notamment les quarante-deux centres spécialisés de l’obésité* répartis sur le territoire national.
Son déploiement est par ailleurs piloté par les Agences Régionales de Santé via des appels à candidatures. Les régions affichant une forte prévalence de l’obésité doivent lancer leurs procédures avant le 30 juin 2026. Pour les autres régions, cette échéance est fixée au 31 décembre 2026. L’arrêté précise enfin les modalités de rémunération au forfait, facilitant ainsi la coopération entre les professionnels de santé libéraux et les structures de coordination.
Les chiffres de l'obésité en France
L’étude la plus récente publiée en 2024 (OFEO) estime que 48.8% de la population française est en surpoids ou en obésité. Si on s’intéresse plus spécifiquement à l’obésité : près de 18% de la population adulte française est en obésité (soit 10 millions de personnes).
La prévalence de l’obésité varie selon l’âge et le sexe, les femmes sont plus touchées que les hommes. Son augmentation est plus forte chez les 18-25 ans, notamment en ce qui concerne l’obésité sévère et complexe.
Elle est également plus élevée dans certains départements. Enfin, il existe une corrélation entre obésité et catégories sociales défavorisées, et cette tendance s’est accentuées au cours des dernières années.
Source : Centres Spécialisés de l’Obésité de France.
* Depuis 2001, le Programme National Nutrition Santé (PNNS) tente de prévenir l’augmentation du surpoids et de l’obésité en France. En 2011 le ministère de la santé a décidé d’identifier des Centres Spécialisés Obésité (CSO) dans chaque région via les Agences Régionales de Santé : 37 centres spécialisés de l’obésité ont alors vu le jour. En 2025, 5 nouveaux CSO ont été créés (2 en Picardie, 1 en Corse, 1 en Bretagne et un en Guyane), portant leur nombre à 42.
Pour aller plus loin :
Surpoids et obésité : facteurs de risque et politiques de prévention en France et dans le monde – Les dossiers de la Drees.










