Isolement et contention en psychiatrie : comprendre les disparités entre établissements

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Une enquête de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) analyse les fortes disparités de recours à l’isolement et à la contention mécanique dans les établissements psychiatriques français.

Une première étude a montré que chaque année, un tiers des personnes hospitalisées sans leur consentement en psychiatrie sont mises à l’isolement, et que plus d’un quart sont également soumises à une contention mécanique, avec de fortes variations entre établissements. Ce second volet s’appuie sur l’analyse quantitative de 204 établissements délivrant des soins psychiatriques sans consentement et sur une étude ethnographique qualitative auprès de quatre établissements historiquement caractérisés par un faible recours à l’isolement et à la contention, afin d’identifier les facteurs associés à ces variations.

Un constat de fortes disparités

L’étude de l’Irdes, qui combine une approche quantitative (204 établissements) et qualitative (4 sites à faible recours), révèle d’abord des différences très notables entre les établissements. Ces écarts massifs de pratiques ne s’expliquent pas uniquement par la pathologie des patients. Certains établissements n’utilisent d’ailleurs jamais la contention (9 % de l’échantillon). « L’analyse du recours à l’isolement et à la contention au sein des 204 établissements inclus dans l’approche quantitative souligne l’ampleur des variations entre offreurs de soins. Elle identifie également des établissements ne recourant pas à la contention (9 % d’entre eux) alors que tous, à l’exception d’un seul, ont recours à l’isolement. Concernant la contention, les taux élevés parfois observés (jusqu’à 100 % dans trois établissements) doivent être interprétés à la lumière du dénominateur retenu. Dans certains cas, ils reflètent une pratique systématique de contention des personnes placées à l’isolement, alors même que le recours à l’isolement reste faible et peut n’être mobilisé que lorsqu’une contention est jugée nécessaire », détaillent les auteurs.

« Les variations observées ne sont pas seulement liées aux spécificités des situations cliniques individuelles : une part significative dépend des établissements eux-mêmes, en particulier »

L’étude met en avant le profil type associé à un risque plus élevé de mesure coercitive, à travers différents critères :

  • Le profil démographique : Les hommes jeunes.
  • Le diagnostic : Les troubles psychotiques, les épisodes maniaques ou certains troubles du développement (autisme, déficience intellectuelle).
  • Le mode d’entrée : Les admissions via les urgences ou les hospitalisations de longue durée.
  • Le statut légal : Les détenus sont plus souvent isolés (pour des raisons de sécurité), mais moins souvent contentionnés que la moyenne.

Elle montre par ailleurs que l’organisation interne joue un rôle crucial dans le recours ou non à ces pratiques, à commencer par la dotation en personnel : les auteurs font notamment le constat que le recours à la contention diminue lorsque le ratio d’infirmiers par patient est plus élevé. Ils pointent également le type de structure : l’isolement est ainsi plus fréquent dans les établissements spécialisés en psychiatrie que dans les centres hospitaliers universitaires (CHU) ou pluridisciplinaires. Enfin, ils se sont interrogés sur la place des territoires dans ces différences de pratiques or, étonnamment, aucune corrélation n’a été trouvée entre le recours à ces mesures et la précarité sociale ou la prévalence des troubles dans la zone géographique desservie.

« Un autre levier institutionnel souvent mentionné par les professionnels pour réduire l’isolement et la contention
est la mise en place d’une politique d’ouverture des unités, qui a pour effet de diminuer le niveau de tension en leur sein ».

Quels leviers pour réduire la coercition ?

Les établissements qui réussissent à limiter ces pratiques partagent des caractéristiques communes, notent enfin les auteurs de cette étude. Ces différences tiennent ainsi en partie à la culture et aux valeurs des équipes soignantes. Le recours à la coercition est ainsi moins systématique lorsque l’établissement valorise une « contre-culture du risque » où la liberté de circulation est érigée en principe. « Par exemple, il a été étonnant de constater que la notion de « fugue thérapeutique » a été mentionnée dans les quatre sites enquêtés. Celle-ci implique que la possibilité de circuler, voire d’expérimenter la sortie non autorisée, fait partie du processus thérapeutique », relèvent les auteurs. Dans la même idée, le positionnement éthique des équipes soignantes compte dans ces différences, lorsque des médecins et une direction sont engagés collectivement pour interdire ou limiter ces pratiques. Les auteurs mettent également en avant la stabilité des équipes : des équipes soudées, stables et disponibles, favorisent un lien de confiance qui permet de désamorcer les tensions par la discussion plutôt que par la force. « Dans l’étude ethnographique, l’existence d’un lien avec les soignants a également été maintes fois citée comme un moyen de désamorcer les tensions », confient les auteurs. Enfin, l’ouverture des unités de soins joue un rôle important dans le faible recours à la coercition, ainsi qu’une offre d’activités régulières pour les patients ».

Pour en savoir plus :