Comment implanter les données probantes dans la pratique infirmière en psychiatrie ?

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Au Vinatier, la méthode déCLIC permet de déployer l’Evidence base nursing (EBN) en interrogeant les pratiques quotidiennes de terrain. Objectif : soutenir une évolution des pratiques ancrée dans le réel des soins.

En psychiatrie, de nombreuses pratiques de soins se construisent puis se transmettent à partir de l’expérience, des habitudes d’équipe et de la culture professionnelle. Si cette richesse clinique est précieuse, elle mérite néanmoins d’être interrogée, confrontée à la littérature puis consolidée par une méthode partagée. C’est dans cette perspective qu’est né au Vinatier déCLIC *, un groupe ressource pensé pour aider les infirmières à relier leurs pratiques quotidiennes aux données probantes, à partir de situations concrètes et de questions de terrain. L’objectif est de soutenir une évolution des pratiques ancrée dans le réel des soins, au plus près des besoins des patients et des professionnels.

Le point de départ choisi a été révélateur : il s’agissait d’interroger la technique d’injection intramusculaire (1). La réalisation de ce soin courant, souvent considéré comme maîtrisée, reste en réalité peu homogène selon les équipes et les professionnels. À partir de cet acte, une méthode systématisée d’implémentation de l’Evidence base nursing (EBN)a donc été mise en œuvre : questionnement de la pratique, revue de la littérature, traduction en équipe des données de la littérature en modalités de pratique adaptées au terrain, accompagnement au changement, puis Evaluation des pratiques professionnelles (EPP) et réajustement.

L’intérêt de ce dispositif tient autant au sujet travaillé qu’à la méthode, aisément transférable à d’autres soins et d’autres établissements. déCLIC propose ainsi une manière structurée de travailler les pratiques infirmières en psychiatrie à partir du terrain. Les premiers sujets engagés ont aussi concerné l’évaluation clinique basée sur la mesure (2), le corpus d’échelles d’évaluation et de questionnaires standardisés(3), le plan de suivi individualisé (4), la nomenclature de diagnostics infirmiers, la psychoéducation, la gestion de l’anxiété ou encore la réduction du recours à l’isolement, parmi d’autres.

Le décret infirmier du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d’infirmier (5) donne à cette dynamique une portée nouvelle en inscrivant les données probantes parmi les fondements des soins infirmiers (6). Si cette évolution ouvre un espace de travail concret pour les équipes, encore faut-il disposer de formats simples, pratiques et adaptés au réel des services. déCLIC s’inscrit dans cette logique de déploiement systémique et propose ainsi à partir d’une méthode commune, de faire circuler les questions de pratique, les retours d’expérience et les dynamiques d’évaluation entre équipes et entre sites.

A ce stade pourquoi ne pas imaginer de déployer déCLIC dans d’autres établissements de psychiatrie afin de construire une communauté de pratique sur les données probantes en soins infirmiers ? 

Contact : deCLIC@ch-le-vinatier.fr

Brian Levoivenel – Directeur de COPSY – CSS au Vinatier ; Sandy Mathieu – IPA PAPV/ DQSH – Vinatier ; Julien Cornier – IPA HDJ Pussin – Vinatier; Claire David – IDE chargée de mission auprès de la Direction des soins

  1. https://www.santementale.fr/2026/02/implanter-levidence-based-nursing-en-psychiatrie-retour-dexperience-a-partir-de-linjection-intramusculaire/
  2. https://www.santementale.fr/2025/01/ameliorer-levaluation-clinique-en-equipe-mobile/
  3. https://www.santementale.fr/2024/10/des-supports-pour-la-clinique-infirmiere/
  4. https://www.santementale.fr/2025/02/quand-le-plan-de-suivi-individualise-permet-dajuster-loffre-de-soins/
  5. Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d’infirmier
  6. Art. R. 4311-2. (du décret du 24/12/2025) – « Pour exercer les missions définies au II de l’article L. 4311-1, l’infirmier réalise les actes et soins infirmiers en tenant compte de l’évolution scientifique et technique des pratiques, des données probantes (…) »

 *sous l’égide du responsable de l’innovation, Brian Levoivenel, et du coordonnateur des soins, Pierre Hubert Ducharme