Une étude de l’Inserm, révèle un lien étroit entre l’accumulation anormale de la protéine Tau dans le cerveau des patients atteints d’Alzheimer et le rôle des tanycytes, des cellules connues pour assurer des échanges essentiels entre le cerveau et le reste du corps. Les résultats publiés dans la revue Cell Press Blue montrent l’implication de ces cellules dans le transport de la protéine Tau et leur importance dans la physiopathologie de la maladie d’Alzheimer. Les tanycytes pourraient ainsi être considérées comme une nouvelle cible thérapeutique
La maladie d’Alzheimer se manifeste par des troubles progressifs de la mémoire, des fonctions exécutives ainsi que de l’orientation temporelle et spatiale. Elle est causée par une dégénérescence lente et progressive des neurones dans l’hippocampe avant de s’étendre à l’ensemble du cerveau.
Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer peut reposer sur la mesure de la présence d’une protéine dans le liquide céphalorachidien (LCR), la protéine Tau. Chez une personne saine, la présence de Tau dans le LCR est faible : celle-ci y est sécrétée par les neurones puis éliminée dans le sang. Mais, chez les personnes atteintes de la maladie, la structure de Tau se modifie et ne peut plus remplir son rôle normal à l’intérieur des neurones. Elle s’y accumule sous une forme pathologique, ce qui perturbe le fonctionnement du cerveau. Cette accumulation entraîne peu à peu la dégénérescence et la mort des neurones, provoquant le déclin cognitif.
Les mécanismes conduisant à l’accumulation pathologique de la protéine Tau ne sont pas entièrement compris et constituent un domaine actif de recherche.
Depuis plus de 20 ans, Vincent Prévot, directeur de recherche Inserm et son équipe au sein du centre de recherche Lille Neuroscience & Cognition (Inserm/Université de Lille/CHU de Lille), étudient le rôle spécifique de certaines cellules appelées tanycytes. Celles-ci sont connues pour assurer des échanges essentiels entre le cerveau et le reste du corps, notamment entre le système sanguin et le liquide céphalorachidien. Par exemple, elles détectent et transportent la leptine (l’hormone de satiété) vers le cerveau, et c’est grâce à leur fonction que le cerveau régule l’appétit et l’équilibre énergétique.
Dans une nouvelle étude, l’équipe a pour la première fois enquêté sur le rôle potentiel de ces cellules dans le contexte pathologique de la maladie d’Alzheimer. Elle a suivi méthodiquement plusieurs étapes.
Les chercheurs ont tout d’abord validé que les tanycytes étaient bien impliqués dans le transport de Tau. Ils ont pour cela injecté la protéine Tau dans le liquide céphalorachidien et observé son trajet grâce à des techniques de fluorescence. Cette première expérience leur a permis de visualiser comment Tau était capturée dans le liquide céphalorachidien par les tanycytes puis transportée dans leur prolongement jusqu’aux capillaires sanguins.
De cette observation, ils ont émis l’hypothèse que les tanycytes capturent Tau puis la relarguent et l’éliminent ensuite dans le sang.
Pour vérifier cette seconde idée, les chercheurs ont étudié les conséquences du blocage du transport des tanycytes, en faisant exprimer par voie génétique dans les cellules la toxine botulique qui les empêche de fonctionner. Résultats : ils ont observé une perte de l’évacuation de Tau du LCR vers le sang.
Les chercheurs ont ainsi montré pour la première fois chez l’animal que les tanycytes étaient la voie d’évacuation principale des protéines Tau du cerveau vers la circulation sanguine.
En parallèle, et cette fois-ci sur des modèles de souris présentant un niveau élevé de Tau dans le LCR, ils ont également montré qu’en bloquant l’activité des tanycytes, ces souris développaient plus précocement les symptômes de démence caractéristiques de la maladie d’Alzheimer, et plus généralement d’une tauopathie, maladie caractérisée par une accumulation de formes anormales de la protéine Tau.
Pour aller plus loin, les chercheurs ont étudié les cerveaux de personnes décédées atteintes d’Alzheimer. Ces analyses ont confirmé la présence des protéines Tau dans les tanycytes, comme cela avait été montré chez l’animal. Ils ont aussi remarqué que les tanycytes étaient abîmées : leurs prolongements étaient fragmentés, interrompant ainsi la voie de communication entre le LCR et le sang. Cette altération semble propre à la maladie d’Alzheimer – les chercheurs ne l’ont pas retrouvée dans le cerveau de patients atteints d’autres types de démences.
« Nos résultats montrent de façon inédite la capacité des tanycytes à transporter la protéine Tau du liquide céphalorachidien vers le sang et l’importance de ces cellules dans la physiopathologie de la maladie d’Alzheimer. Ils suggèrent que la dégradation de ces cellules contribue à la maladie d’Alzheimer », explique Vincent Prévot.
« Les tanycytes pourraient ainsi être considérées comme une nouvelle cible thérapeutique. Et si la bonne santé de ces cellules pouvait à terme permettre de prévenir le développement de la maladie ? », conclut le chercheur.
Communiqué de presse de l’Inserm, 5 mars 2026











