Le Kaléidophone : les 1 001 facettes de la réalité adolescente

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Une équipe de pédopsychiatrie toulousaine a imaginé et conçu un jeu de plateau pour favoriser la parole et la réflexion à l’ère des écrans.

Le jeu thérapeutique Kaléidophone a été imaginé par l’équipe ConsultAdo du Secteur 3 de pédopsychiatrie à Toulouse (région Occitanie), dans un service de crise suicidaire où les adolescents arrivent souvent épuisés de mots ou saturés de silences. Pour ces jeunes pris dans des passages à l’acte, des replis ou des colères muettes, l’équipe a élaboré un support de médiation capable de faire circuler la parole plus librement qu’en entretien de face-à-face.

De ce questionnement clinique est né un jeu de plateau coopératif à la croisée du soin et du ludique : le Kaléidophone. Son nom évoque le kaléidoscope, un objet qui fait surgir du sens à partir du mouvement et de la lumière. Le plateau de jeu reprend tous les codes du smartphone (icônes, émojis, mise en place et interactions rapides, visuels simples, liberté d’association). Un dé renvoie ensuite à des « applications » (la solitude, le corps, les émotions, les limites, le groupe, la famille, l’avenir…) associées à des cartes « situations », qui explorent les dimensions du vécu adolescent (estime de soi, intimité, relations sociales…). Ces cartes contiennent des propositions ou des questions qui ouvrent la discussion : « Tu passes du temps à choisir le bon angle et le bon filtre pour ton selfie. Peu de réactions après sa publication. Que ressens-tu dans ce moment ? » ou « Ta meilleure amie te demande de l’aide pour le contrôle de maths de demain matin à 22 heures car elle n’a pas révisé. Quelle est ta réponse ? » Le soignant accompagne le jeu, sans interpréter, avec bienveillance, pour que la parole circule. 

Le Kaléidophone opère surtout un renversement symbolique notable autour du smartphone, objet central du lien adolescent qui cristallise souvent les tensions avec les adultes. Le jeu en détourne les codes au profit du lien. Les adolescents deviennent les « sachants », porteurs de sens et de savoirs sur leur propre monde et le dispositif légitimise leur parole. Les premiers retours sont enthousiastes : les jeunes évoquent « un espace où on se parle, sans que ce soit grave » et les professionnels notent une dynamique d’entretien apaisée, une connexion plus facile qui favorise la rencontre.

En 2025, le jeu Kaléidophone a été lauréat de l’appel à innovation ArseaaLab, association qui gère le 3e secteur de pédopsychiatrie de Haute-Garonne, pour sa dimension à la fois clinique, créative et collective. Né du terrain, ce jeu évolue pour que, carte après carte, la parole adolescente retrouve ses 1 001 facettes, sa diversité et sa spontanéité. Il devrait être proposé au grand public dès septembre 2026.

Contact : Alexandre Castanet, Marie Siméon, Infirmiers ; a.castanet@arseaa.org.