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Florence Nightingale: personnage emblématique. Analyse du cas d'une pulsion de savoir au service de la profession infirmière

L'article retrace les grandes lignes de l'histoire de Florence Nightingale (1820-1910). Représentée dans l'iconographie sous l'image de « la dame à la lampe », elle apparaît dans la littérature sous les traits d'un personnage emblématique pour la profession infirmière, et d'une figure singulièrement guidée par sa soif de savoir. C'est sous l'angle de cette pulsion de savoir et de ce rapport au savoir que l'article s'attache à mettre en évidence les éléments de cette personnalité qui ont participé à l'évolution d'une profession. L'interprétation de ce cas d'étude se place dans le champ psychosocial du rapport au savoir.

Florence Nightingale est le principal personnage de référence de la profession infirmière en apparaissant dans la mémoire collective comme celle qui a révolutionné l'organisation sanitaire des hôpitaux, et par ricochet l'activité des infirmières. En développant au sein des hôpitaux anglais de nouvelles règles d'hygiène et d'asepsie, F. Nightingale donne à l'occupation infirmière une assise professionnelle en définissant les principes et les procédures qui régiront à l'avenir les soins infirmiers (Nightingale, 1860). L'iconographie la montre le plus souvent sous les traits d'une jeune femme dévouée aux soins des  nombreux blessés de la guerre de Crimée (1854-1855) qui opposait la Russie à la Grande Bretagne. Le tableau de Barett (1856) laisse à la postérité  la dame éclairant à la lampe ces patients qu'elle vient réconforter. C'est cette image vocationnelle qui persiste. L'autre aspect de sa personnalité tourmentée, introvertie, et axée sur des objets précis de savoir est resté dans l'ombre. Ces aspects biographiques sont développés dans un travail de recherche (Université de provence, 2011). Leur approche psychosociologique est  référencée à la dimension socioclinique du rapport au savoir (Beillerot et al., 1987; 1996; 2000). En étant ramenés à leur contexte familial et social d'émergence, ils sont analysés du point de vue de l'identification, et de la pulsion de savoir, en référence aux théories psychanalytiques de la relation du sujet à l'objet. L'intention de ce travail de recherche, en abordant le cas de Florence Nightingale est de révéler la part des traces mnésiques de nature psychique, cognitive et sociale résultant de l'histoire du sujet qui restent inscrites dans ses propres productions de savoirs.

 
L'anamnèse des indices biographiques est composée à partir de l'ouvrage de Sinoué (2008), de documents (Anderson, 1996; Attewell, 1991; Baly, 1993; Coahley, 1990; Calabria, 2008; Lipsey, 1993; Wisner, 2005) et d'extraits de  la correspondance privée (University of Kansas Médical Center, 2001) au regard des acceptions freudienne et kleinienne de la relation du sujet à l'objet. L'organisation des processus psychiques qui président à la construction de la personnalité de Nightingale est présentée en insistant sur les caractéristiques des identifications qui viennent l'influencer. Elle met en évidence la relation entretenue par le sujet avec l'objet savoir. Elle tente de cerner la dominante d'un profil de personnalité schizoïde ou paranoïde à l'égard du savoir (Godin, 1998; Klein, 1934). Cette étude de cas repère les caractéristiques psychosociales de la production d'un sujet guidé par la singularité de son rapport au savoir à l'origine de la transformation sociale d'une activité, et de son impact sur la société.  
 
Des  éléments biographiques saillants 
 
L'histoire de Nightingale débute en 1820, plus précisément le 12 mai, le jour de sa naissance en Italie, près de Florence pendant les pérégrinations de ces riches parents. La nationalité de Florence reste toutefois britannique. Elle est la sœur cadette de Parthénope, son aînée (1819-1890). Elle vit auprès de ses parents, dans un confort et une aisance matériels qui reposent sur des rentes et les bénéfices de la production des mines de plomb appartenant à sa famille. Florence passe les premières années de son enfance dans le manoir de Leq Hurst en Angleterre.  De 1837 à 1839, et de 1849 à 1850, elle découvre à son tour l'Europe et l'Egypte, et fait la connaissance, au cours de ses déplacements successifs des personnalités intellectuelles les plus marquantes de son époque. Elle est particulièrement attirée par la romancière Georges Sand (1804-1876) qui défraie le puritanisme de la société française en s'habillant et en se comportant  comme un homme. Un épisode dépressif à l'âge de dix-sept ans survient brutalement devant l'incompréhension de sa mère pour la vocation qu'elle montre en s'intéressant au sort des plus démunis. Nightingale le décrira « plus tard comme le temps où Dieu l'appelait à son service » (Sinoué, Ibid). Anderson (1996) met en exergue cet aspect mystique en insistant particulièrement sur l'aspect sacrificiel de sa mission.  
 
En 1844, à l'âge de 24 ans, elle fait une première immersion à l'hôpital de Salisbury situé Londres où elle découvre le travail hospitalier. En 1850, elle complète sa formation pendant six mois dans une institution religieuse allemande où elle apprend les rudiments du métier d'infirmière. Elle fonde en 1860 la première école d'infirmières à Londres désignée la « Nightingale Training School ». Dans la même année, elle rédige un ouvrage dédiée à la formation « Notes on Nursing » où elle décrit le programme qui servira de base aux écoles d'infirmières qui seront créées en France à partir de 1878. Tout en poursuivant ses nombreuses correspondances et la rédaction de ses ouvrages, elle décide de s'isoler dans son hôtel particulier londonien pour n'en sortir que très rarement. Cet isolement qui questionne (Sinoué, 2008, p.112) est mis sur le compte d'une invalidité consécutive à une fièvre hémorragique contractée durant la guerre de Crimée (Ibid, p.262). Cette  vie cloîtrée repose également sur l'hypothèse d'une pathologie psychiatrique liée à ses aspirations mystiques (Wisner, 2005). 
 
Catégorisation des indices biographiques
 
La première catégorisation regroupe des éléments du profil psychique du sujet. Florence est présentée sous de nombreux qualificatifs décrivant une personnalité « réfléchie; tourmentée, introvertie; harcelée de questions existentielles; assaillie de mille interrogations; obsédée par l'idée d'en faire plus; morbide; émotive; tourmentée par une voix... ». L'épisode dépressif trouve aussi sa place  dans cette catégorie. Des traces que l'on peut interpréter au titre d'une homosexualité refoulée à propos de son attirance pour Georges Sand sont retrouvées dans des extraits de sa correspondance (1861): « [..] j'ai vécu et dormi dans un même lit que des comtesses anglaises et prussiennes aucune autre femme que moi n'a autant excité la passion des femmes [...] ». Elles viennent corroborer les rumeurs en Crimée lorsque Nightingale « partageait régulièrement son lit avec des femmes ou même des jeunes filles » (Sinoué, 2008, p.43). Des épisodes d'hallucination auditive sont relévés à partir de 1837. Nightingale note dans son journal intime en 1874 qu'elle a entendu un appel qui émane de Dieu. Elle se montre aussi sous les traits d'une personne passionnée par l'écriture. Attewell (1998) repère pas moins de deux cent livres, rapports et opuscules rédigés de sa main. Baly (1993) souligne également le caractère particulièrement prolixe de cette production écrite sans compter celle de sa correspondance privée. Sinoué remarque qu'elle a mis moins de six mois pour rédiger à l'attention du Ministère de la Guerre un fascicule de 580 pages (2008, p.261). L'écriture est 
placée sous le signe d'une obligation qui s'apparente à  « une contrainte de réaliser en une journée ce que d'aucuns ont l'opportunité de réaliser en 48 heures » (1851). Nightingale porte aussi son intérêt sur les mathématiques et des statistiques. Elle maîtrise également plusieurs langues étrangères dont l'allemand et l'italien.
 
La seconde catégorisation s'opère dans la référence à la socialisation familiale du sujet. L'éducation intellectuelle des deux soeurs est l'œuvre exclusive du père qui,  formé à l'université de Cambridge leur donne une culture à une période où  « on l'accorde le plus souvent à l'éducation des fils » (Sinoué, 2008, p.2). Les voyages en Europe et en Egypte participent aussi à son éducation. C'est au cours de ces voyages qu'elle fait des rencontres marquantes. Dans la  généalogie Sinoué repére cet atavisme familial; notamment « le gène de la dissidence » (Ibid, p.31) du grand- père, membre du parlement et ardent défenseur de l'abolition de l'esclavage. Les relations entretenues avec la mère et la sœur aînée sont de nature conflictuelle alors qu'une grande connivence existe à l'opposé entre ces deux. 
 
La troisième catégorisation contient des éléments de la socialisation professionnelle. La découverte d'un autre univers où règne la misère humaine est à l'origine des propositions créatives faites pour une organisation sanitaire plus adaptée, et pour une véritable  formation proposée aux infirmières. Le gouvernement britannique retient ces propositions qui auront un réel impact en faisant sensiblement baisser le taux de la mortalité hospitalière. Malgré leur retentissement, Nightingale s'isole pendant plus de quarante années dans son hôtel particulier londonien. Elle n'en poursuit pas moins sa mission sanitaire et humanitaire en donnant son avis par lettres interposées. 
 
 
Interprétation clinique dans le champ de l'étude
 
Les indices biographiques sont interprétés au regard du champ théorique référencé aux travaux de Beillerot et al., (1987; 1996; 2000) sur le rapport au savoir qui explore les caractéristiques de l'identité psychique et sociale du sujet à partir de ses relations entretenues avec le savoir. La formule d'un rapport au savoir perçu comme une disposition intime sous l'angle d'une grammaire sociale (Beillerot, 1987) synthétise la teneur de cette étude. L'acception d'un rapport entendu au titre d'une relation du sujet à l'objet, et d'un attachement est  retenue. Dans cette relation établie par le sujet, il est question de cerner les spécificités du sujet et de l'objet d'un point de vue psychanalytique en faisant appel aux perceptions freudienne (Freud,  1905; 1915; 1923) et kleinienne (Klein, 1934; 1946) de la relation d'objet, et de la constitution identificatoire du sujet. La construction identitaire du sujet s'inscrit également dans une dimension sociale qui  intègre les aspects de la socialisation familiale. Ces aspects psychosociaux sont éclairés des principes de plaisir et de réalité aussi bien illustrés dans l'approche psychanalytique freudienne (1920) que dans l'approche sociale du rapport au savoir (Charlot, 1999). Cette illustration montre non seulement l'accession du sujet à la satisfaction d'un plaisir en choisissant un objet savoir, mais aussi à une réalité productive à laquelle la collectivité, et le sujet lui même, lui reconnaissent une utilité sociale. 
 
La biographie de Nightingale révèle des traces d'une désidentification au rôle qui devait lui être attribué. En jouissant d'un accès aux savoirs savants réservés aux hommes, elle développe son goût  pour des savoirs complexes. Sa socialisation familiale, et notamment la participation du père à son érudition concourt à l'orientation de son rapport au savoir. Il s'agit d'une relation entretenue durant toute sa vie avec des savoirs théoriques d'un genre masculin qui auront un impact national et international sur l'organisation sanitaire. La construction sociale du sujet s'organise dans un environnement familial et contextuel singuliers. Elle est à l'origine conditionnée par des rapports sociaux de sexe, et par conséquent dans des rapports au savoir familialement et socialement contingentés. L'orientation donnée par son père à son éducation participe à déjouer l'invariance de ces rapports. Elle fonde l'identité singulière de ce personnage. Nightingale conserve du rôle joué par le père un imago dont on retrouvera la manifestation aussi bien dans ses orientations sexuelles que dans les formes et les modalités de son rapport au savoir. Freud (1923) définit la caractéristique identitaire du sujet qui se joue dans la part de l'influence directe du monde extérieur et de la conscience perceptive du sujet. Le moi s'organise ainsi dans l'identification primaire au père, au grand-père et finalement aux hommes en consacrant sa vie au savoir. L'aspect mystique de sa foi pourrait s'apparenter à une forme désexualisée d'amour pour son père. Freud (1910; 1929) développe à plusieurs reprises cette interprétation dans plusieurs de ses ouvrages où le dieu est l'image d'un père transfiguré.  
L'identification secondaire, intervenant théoriquement après le complexe d'Œdipe se montre dans le choix d'un objet libidinal. Les différents voyages qu'elle effectue, tout en la socialisant, participent à cette identification secondaire. D'autres personnalités, comme celle de Georges Sand, approchées au cours de ces pérégrinations renforcent  ce trait de faire comme un homme. L'homosexualité latente passe néanmoins par le processus de la socialisation. Elle est refoulée pour être conforme à la réalité sociale d'une société puritaine. Aucune relations féminines patentes ne lui sont en effet connues. Les relations conflictuelles entretenues avec la mère sont non seulement la marque de sa désidentification au modèle féminin, mais aussi la trace de la cristallisation de l'orientation prise dans son complexe d'Œdipe. La mère est perçue comme une rivale. Elle occupe la place convoitée d'être près du père. Toutes les suppliques de Nightingale, pour suivre sa vocation d'infirmière, sont d'ailleurs transmises à son père jouant le rôle de médiateur. Nightingale montre un autre indice de son identification au modèle masculin. Son goût pour l'écriture, alors que plus de 200 écrits officiels ont été recensés, constitue la trace d'un rapport socialisé au savoir. L'écriture s'est constituée au titre de la principale modalité pratique du rapport au savoir des hommes. Mosconi (1994) réaffirme cette caractéristique dans les sociétés à la tradition monopoliste religieuse où « les femmes sont le plus souvent exclues de tous les savoirs théoriques  [...] seuls les hommes sont les détenteurs patentés du savoir et du dire [...] » (p.57). Dans les sociétés pluralistes, Nightingale est de celles qui vont bousculer l'ordre établi, et ce clivage entre «  [...] capacité pour les hommes à créer et à inventer, capacité pour les femmes à transmettre. » (Mosconi, Ibid, p.59).   
 
Attewell (1991) insiste sur l'intérêt de Nightingale pour le savoir sous l'expression « elle était portée aux études » (p.173). Le fait d'être portée est suggestif d'une énergie pulsionnelle qui la guide vers l'atteinte d'un but. Cette énergie située entre l'animique et le somatique (Freud, 1915, p.161-185) inscrit les travaux de Nightingale dans un processus pulsionnel au cœur duquel se trouve la relation de tout sujet à l'objet. Le sujet se voit guidé dans la réminiscence d'une ancienne satisfaction procurée par l'atteinte d'un but recherché à partir d'un choix d'objet. Cette tendance observée chez Florence s'exprime par une pulsion d'autoconservation dirigée vers la régression et le rétablissement de quelque chose d'antérieur. Le choix de l'objet savoir fait référence au premier objet du sujet représenté par le sein maternel ou son substitut. La relation à l'objet est à l'origine une relation orale qui met en scène la bouche. Le rapport au savoir de Nightingale apparaît sous les traces d'un rapport à l'objet originel. Sa soif des savoirs traduit cette relation orale. Le sujet choisit un objet en raison de son aptitude à rendre possible la satisfaction. La notion de satisfaction est souvent présente dans la correspondance de F. Nightingale qui se présente sous « [...] une nature intellectuelle qui exige satisfaction [...] une nature passionnée qui exige satisfaction [...] » (1849). Cette référence au schéma pulsionnel permet de comprendre le caractère prolixe de la production de Nightingale. soutenue pendant toutes son existence par une énergie pulsionnelle itérative. Les hallucinations auditives sont aussi des traces de l'expérience de satisfaction. Il y a ainsi un double accès au plaisir et à la réalité (Freud,1920). Les savoirs s'opérationnalisent dans des réalisations concrètes. L'objet savoir rejoint la réalité en se plaçant dans une production écrite qui présente un aspect utilitaire pour
tous les pays qui s'en serviront comme modèle d'organisation.  
 
L'écriture dense repérée dans les ouvrages qu'elle a laissés est également caractéristique d'une relation à l'objet projetée. Cette dernière correspond pour Klein (1934; 1946) à la projection d'une partie du moi considérée comme mauvais objet. Le sujet se constitue entre incorporation et projection dans l'intégration des bons et des mauvais objets. L'écriture, au regard de cette théorie, représente symboliquement ce mauvais objet en référence au profil masculin de son rapport au savoir où l'écriture est une pratique dominante. L'interprétation donnée à la densité de ses écrits s'oriente dans une manifestation inconsciente que la main se charge de révéler par et dans l'écriture. 
Nightingale montre plus qu'un intérêt pour les savoirs savants. Elle est littéralement passionnée aussi bien pour les mathématiques, les statistiques que pour les langues étrangères. Elle désire tout du savoir. Elle l'assimile avec facilité et rapidité. Levine (1994) place les relations à  l'objet savoir dans une territorialisation qui se caractérise  « par des modalités toutes aussi différentes des mise en relation avec l'objet  savoir » (p.13).  L'intérêt porté à des savoirs complexes se place dans une territorialisation œdipienne. Dans cette dernière s'inscrit le goût pour les savoirs d'accès difficile. Cette relation s'apparente à la période du développement de l'enfant attiré par le secret de la procréation dont il est écarté. Elle fait référence aux questionnements du jeune enfant qui désire savoir ce qui se cache véritablement sous certaines apparences. Freud (1905) place ce désir de savoir dans la théorie du puînée; or Nightingale est la cadette. Ses interrogations existentielles s'interprêtent alors comme autant de pulsions où le désir de savoir n'obtient pas de réponses auprès de ses parents et de son entourage, peu enclins de par leur éducation à lui fournir des réponses. La facilité et la rapidité à produire s'apparente pour Levine (Ibid) à une tendance mégalomaniaque. Cette territorialisation renferme, dans une attitude similaire d'avalement des connaissances, la marque d'un sentiment de toute puissance. Il se repère dans leur ingurgitation facile et, par conséquent, dans leur assimilation rapide et continue. Cette caractéristique perdure puisqu'elle réalise en peu de temps des travaux sur des commandes qui lui sont adressées en provenance d'autres pays. Sa passion pour le savoir ne sera jamais démentie malgré son mauvais état de santé. Aulagnier (1967) rappelle que le terme de passion fait partie « du registre mystique, psychopathologique, du registre amoureux et de celui même du savoir » (p.77). Il s'agit d'un lien qui lie le savant à sa recherche. Ce lien qui unit Nightingale à son objet savoir correspond à  une exigence vitale. Beillerot (1987) décrit ce lien au titre d'un attachement; l'attachement possèdant plusieurs significations. La première est en lien avec la sexualité. « Le surinvestissement de l'objet savoir devient le médiateur d'un surinvestissement du moi par la libido; le moi est toujours prêt à absorber de la libido qui reflue à partir des objets. » (p.337). Beillerot (Ibid) voit une autre signification. Le sujet est attaché au savoir comme à un aliment; « apprendre c'est s'allaiter » (p.338). Cet attachement s'organise dans le temps. Il est la marque du premier objet sur lequel s'est cristallisé son choix d'objet. L'objet savoir se comporte comme un substitut de cet objet originel, et de cette relation orale. L'objet savoir fait référence à l'autre substitut de ce premier objet. Il s'agit du père sur lequel s'est fixé son choix d'objet libidinal d'être et de faire comme le père, et tous les hommes intellectuels de son époque.  
Nightingale a soif de savoir. Cette soif révèle son vouloir tout savoir. En même temps, il y a cet isolement pendant plus de quarante années de sa vie. Godin (1998) décrit cette inclinaison personnelle « par le fantasme du savoir total ». Il y voit deux structures possibles; « une structure schizoïde de la bibliothèque coupée du monde ou bien celle paranoïde de la maîtrise absolue de l'univers » (p.193). Nightingale présente ces deux aspects.  S'isoler est significatif du profil schizoïde de la personnalité de Florence d'être coupée du monde pour mieux tout savoir du savoir. L'épisode dépressif à 17 ans, et la tendance maniaco-dépressive qui la caractérise à l'âge adulte sont représentatifs des différentes positions décrites par Klein (1934; 1946). Elles renvoient aux relations  du sujet avec l'objet en correspondant au souvenir de la constitution première du sujet pendant laquelle ce dernier établit un clivage entre le bon et le mauvais objet en référence au sein puis au corps maternel tout entier. L'épisode correspond au ressenti d'un sentiment de culpabilité et de deuil. Le sujet perçoit la perte de l'objet total et en même temps il est angoissé d'être assimilé à un mauvais objet. Nightingale montre des traces de ces positions.  
 
L'analyse du cas de Florence Nightingale mêle des éléments  épistémiques, cognitifs, psychiques et sociaux liés à  l'histoire du sujet  qui sont réminiscents dans sa production de savoirs.
 

Auteur : Valérie Roman-Ramos
Cadre de santé infirmier
Doctorante en sciences de l'éducation 
Université de Montpellier - Aix -Marseille 1 
 
 
Bibliographie 
 
Anderson Alison A. (1996) : Florence Nightingale une vocation. Thelogical reniew anglicane. N°3. Volume 78. p.404-420.
Attewell A. (1991). Florence Nightingale. Revue trimestrielle d'éducation comparée. N°1. p.173-189. 
Aulagnier  P. Clavreul J. Valabrega J. Rosolato G. (1967). Le désir de perversion. Paris : Du Seuil.
Baly M. (1993). Florence Nightingale à travers ses écrits. Paris : Interéditions. 
Beillerot J. (1987). Savoir et rapport au savoir. Disposition intime et grammaire sociale. Thèse de Doctorat. Université Paris 10 : Nanterre. 
Beillerot  J. Blanchard-Laville C. Mosconi N. (1996). Pour une clinique du rapport au savoir. Paris : L'Harmattan.  
Beillerot J.  Blanchard-Laville C. Carré PH. Mosconi N. (2000). Formes et formations du rapport au savoir. Paris : L'Harmattan. 
Calabria M. (2008) : Florence Nightingale en Egypte et en Grèce. Revue Esprit et Vie. p.39-61.
Charlot B. (1999). Du rapport au savoir. Eléments pour une théorie. Paris : Anthropos. 
Coahley M.L. (1990) : La foi derrière la célèbre F. Nightingale. Revue L'Histoire chrétienne. N°9. p.37-40. 
Collière M.F. (1982). Promouvoir la vie. De la formation aux soins infirmiers. Paris: Interéditions. 
Dubar C. (1986). La formation professionnelle continue en France. 1970-1980. Une évaluation sociologique. Paris : La Découverte. 
Freud S. (1905). Trois essais sur la théorie sexuelle. 1987. Paris : Folio. 
Freud S. (1905). Cinq leçons de psychanalyse. 1954. Paris : Payot.  
Freud  S. (1915). Pulsions et destins de pulsions. 1988. Œuvres complètes. Paris : PUF. 
Freud S. (1920). Au delà du principe de plaisir. 1981. Essais de psychanalyse. Paris : Payot. 
Freud  S. (1923).  L'identification. Le moi et le ça. 1981. Essais de psychanalyse. Paris : Payot. p.167-262. 
Freud S. (1929). L'avenir d'une illusion. Paris :   .
Godin  A.  (1998). La totalité 1. De l'imaginaire au symbolique. Paris : Champ Vallon.
Klein M. (1934). Contribution à la psychogénèse des états maniaco-dépressifs. 1968. Essais de psychanalyse. Paris : Payot. p.311-340. 
Klein, M. (1946). Notes sur quelques mécanismes schizoïdes. 1966. Développement de la psychanalyse. Paris : P.U.F. p.274-300. 
Lipsey S. (1993) : L'enseignement des mathématiques dans la vie de F. Nightingale. Lettre d'information de l'association des femmes en mathématiques. 
Levine J. (1994). L'entrée par la psychologie et la psychanalyse: affectivité et transfert. Le transfert des connaissances en formation initiale et en formation continue. Lyon2 : Actes du colloque. p.47-52.
Mosconi N. (1994). Femmes et savoir. La société, l'école et la division sexuelle des savoirs. Paris : L'Harmattan. 
Nightingale F. (1860) : Notes on Nursing. New York : Cosimo. 
Sinoué G. (2008) : La Dame à la lampe. Une vie de Florence Nightingale. Paris : Calmann-Levy. 
Wisner K.L. (2005) : A cas of glimmering gloom. University of Pittsburgh. 13 pages. 


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