LYON
Journées d'études organisé par le Groupe Praqsi du Groupe francophone d'Etudes et de Formations en Ethique de la Relation de Service et de soin (GEFFERS Association) et de l'Institut de Formation des Cadres de Santé du Territoire Lyonnais (IFCS)
L’engouement observé depuis plusieurs années pour la recherche infirmière ainsi que pour les formations universitaires nous interroge quant à l’impact de ces recherches et formations sur la qualité même de la pratique
quotidienne des soins infirmiers. Si les travaux menés par des chercheurs permanents ou occasionnels méritent d’être soulignés lorsqu’ils contribuent à augmenter les savoirs utiles à la pratique et à la compréhension d’un certain nombre de phénomènes, ne négligeons pas que les résultats ainsi produits par « les recherches qui se font » permettent d’éclairer des situations en général, ce qui ne saurait se confondre avec les exigences requises pour une pratique du singulier. Or, la pratique quotidienne des soins infirmiers est une pratique du singulier. Une pratique qui s’adresse à chaque fois à un être singulier qui vit comme il le peut ce qu’il a à vivre. Et une telle pratique, lorsqu’elle est animée par la préoccupation éthique de permettre à cet être-là de percevoir la considération qu’on lui porte pour l’humanité qui est la sienne, lorsqu’elle lui permet de ressentir la volonté qu’on exprime, quel que soit son état, de le faire exister en tant que sujet et ainsi de se montrer soucieux de ne pas blesser sa dignité à l’occasion des soins infirmiers de toute nature qu’il requiert, est une pratique qui fait appel à la capacité des soignants de se mettre en recherche. Se mettre en recherche en vue d’essayer de trouver ce qui convient le mieux à la situation de cet homme ou de cette femme ainsi que de ceux qui leur sont proches en vue de les aider à atténuer le poids de ce qu’ensemble ils ont à porter.
Rappelons-nous ainsi qu’une pratique des soins infirmiers qui s’inscrit dans une perspective soignante, c’est-à-dire une pratique qui est pensée, créée et ajustée pour être porteuse de sens et respectueuse des personnes, est une pratique qui est bien entendu éclairée par les savoirs et nourrie par les résultats de recherches mais qui ne saurait se réduire ni à ces savoirs, ni à ces résultats. C’est ainsi que les guides
de bonnes pratiques ne sauraient se substituer à la recherche d’une pratique bonne pour une personne donnée.
Ne nous méprenons pas ! Ce dont il est question ici ne relève pas de la question récurrente du transfert des résultats de recherche dans la pratique des soins infirmiers mais plus fondamentalement de
la conception même d’une telle pratique, de l’esprit qui l’anime et donc de son organisation autant que des formations qui permettent d’y accéder et de l’alimenter. En effet, une « clinique infirmière » fondée sur le singulier requiert que les soignants fassent preuve d’appétence pour penser et créer ; qu’ils s’octroient l’autorisation de raisonner ensemble afin de nourrir la pensée collective à propos du singulier et qu’ils cherchent ensemble ce qui convient le mieux à une situation donnée, c’est-à-dire, au fond, ce qui est le plus pertinent pour les personnes concernées par les actes et les soins qui sont envisagés. Penser et créer à partir du si
ngulier n’équivaut pas à appliquer des savoirs ou des données probantes qui, pour pertinents qu’ils soient, concernent des situations autres ou générales.
Appliquer n’est pas penser ! L’enjeu du professionnalisme et donc celui de la reconnaissance professionnelle ne réside ainsi pas tant dans les résultats des recherches qui se font que dans la pertinence
humaine -et donc singulière -de l’aide apportée aux personnes qui requièrent des soins infirmiers. Des femmes et des hommes qui nécessitent que des infirmières et des infirmiers, des aides-soignantes et des aides-soignants se mettent en recherche pour apporter une aide perçue comme pertinente car ressentie comme aidante. C’est pour cette raison que « faire de la recherche » n’équivaut pas à « se mettre en recherche ». C’est pour cette raison, également, que l’organisation de la pratique quotidienne des soins infirmiers autant que les formations qui les concernent, se doivent de notre point de vue, prioritairement et principalement, se préoccuper de la capacité des professionnels de se mettre en recherche car c’est de cette capacité que dépend l’éthique de la relation de soin, c’est-à-dire, au fond, la qualité réelle et subtile de ce qui est mis en œuvre pour aider les personnes à vivre ce qu’elles ont à vivre dans la situation qui est la leur. C’est parce que la recherche est un moyen au service de la finalité humaine des soins infirmiers, que la recherche
infirmière ne saurait se confondre avec la pratique clinique ni occuper une place prépondérante par rapport à celle-ci.
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