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Schizophrénie, schizo, skizo : la maladie, l’insulte, l’étrangeté...

Dans le prolongement de sa campagne d’influence #UneAutreRéalité et à l’occasion des Journées de la schizophrénie, la Fondation Pierre Deniker pour la recherche et la prévention en santé mentale a commandé à Linkfluence une étude sur l’utilisation du terme schizophrénie sur le web social. 106 000 publications ont été recensées et analysées entre juillet 2017 et décembre 2018. Globalement, on observe que l’usage du terme schizophrénie est péjoratif, voir détourné de son acception médicale dans les espaces politique et culturel. Les internautes contribuent ainsi à la méconnaissance de la maladie, voire à sa stigmatisation en attribuant des connotations ou des sens éloignés des réalités du trouble. 

Trois espaces de discussion ont été identifiés :
• Dans l’espace santé-société, soit 50% des publications, le terme est surtout utilisé par les patients et les experts dans son acception médicale. Ces publications sont principalement sur les forums et en circuit fermé et touchent peu le grand public.
• Dans l’espace politique, qui recouvre 26% des publications, le terme est employé à 90% comme une insulte pour disqualifier non seulement le discours mais aussi l’adversaire en tant que personne.
• Dans l’espace culturel, soit 13,2 % des publications, des initiatives sont prises pour informer sur la maladie, l’évoquer avec une tonalité positive, souvent créatrice, et déconstruire les préjugés. Leur influence est cependant minoritaire.

Globalement, l’usage du terme schizophrénie est péjoratif, voir détourné de son acception médicale dans les espaces politique et culturel. Les internautes contribuent à la méconnaissance de la maladie, voire à sa stigmatisation en attribuant des connotations ou des sens éloignés des réalités du trouble.
Sur Twitter, les publications personnelles et originales représentent près des 2/3 des publications. Les 18-24 ans s’emparent du terme avec des orthographes et des acceptions totalement décalées, humoristiques ou insultantes. La polysémie et la confusion sémantique généralisée confirment la pertinence du débat sur un changement de terme pour qualifier la maladie, comme cela a été fait au Japon.
Le Pr Raphaël Gaillard, psychiatre, président de la Fondation Pierre Deniker, chef de pôle GHU Paris - Sainte Anne souligne : « Les réseaux sociaux, dès que l’on sort du champ expert, celui des patients et des soignants, confirment la grande confusion sémantique qui règne autour de la schizophrénie. Le terme est utilisé bien souvent, particulièrement dans le champ du politique, pour stigmatiser voire insulter. Que dit-on d’une personne traitée de schizophrène sur le web social ? Qu’elle n’est pas digne d’être écoutée. Forts de cette étude, nous allons donc sensibiliser les politiques et les journalistes à la souffrance engendrée par cet usage inapproprié chez les 1% de Français souffrant de la maladie et chez leurs proches ».

Des usages polysémiques et hétérogènes du terme "schizophrénie"
Les usages autres que médicaux du terme sont polysémiques (dualité, paradoxe, contradiction, incohérence, dangerosité, folie) et très hétérogènes selon l’âge, le milieu social et culturel. Les jeunes sont particulièrement actifs sur Twitter, qu’ils utilisent comme espace de conversation entre amis, usant fréquemment des hashtags « skizo » et « schizo ». Le terme est alors totalement déconnecté des réalités de la maladie et de l’utilisation usuelle du mot. Tous âges confondus, 1035 tweets sur la période sont construits sous la forme d’insulte («espèce de», «putain de»), ou utilisant le registre familier ou d’autres injures.
Les stigmates transparaissent dans ces insultes mais pas seulement. L’insulte existe aussi par elle-même, totalement déconnectée de la maladie. On observe une utilisation plus fréquente dans ces cas de l’abréviation «schizo» ou sa version argotique «skizo».

Perscpectives
La Fondation Pierre Deniker va s’adresser à l’ensemble des parlementaires, au gouvernement et aux partis politiques pour les alerter sur l’usage stigmatisant et infamant du terme et ses retentissements sur des malades et des proches déjà en souffrance comme le montre ce tweet : « Ce serait cool si on arrêtait de dénigrer/banaliser les maladies mentales. Voir des gens utiliser sa maladie comme une insulte ou une blague, c’est douloureux ». Elle va enfin mettre ces résultats à la disposition de tous : associations de patients et de proches, corps médical, institutions, médias. Cette objectivation de la confusion sémantique autour de la schizophrénie constitue un élément que la fondation apporte au débat sur la pertinence d’une nouvelle dénomination de la maladie. « La langue évolue, le grand public s’est emparé du terme et lui donne une signification erronée par rapport à la réalité de la maladie. Il semble difficile de revenir en arrière. Nous mettons à la disposition de toutes les parties prenantes cette étude qui confirme la grande confusion qui règne. Des associations ont lancé le chantier d’un changement de nom, nous appelons de notre côté l’attention de tous sur l’importance de trouver un accord à l’échelle de la francophonie. » conclut le Pr Raphaël Gaillard.

Méthodologie de l’étude : cette étude a été conçue et réalisée par Linkfluence en collaboration avec Astrid Chevance (psychiatre, doctorante en Santé Publique, conseillère scientifique auprès de la Fondation Pierre Deniker). La totalité des pages publiques du web francophone (France, Amérique du Nord, Belgique, Suisse etc) a été explorée par le logiciel Radarly qui a retrouvé 106 000 publications pour la période juillet 2017 - décembre 2018. Les contenus publics des plateformes éditoriales (sites, médias, blogs, forums, commentaires) et les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, G+) ont été investigués. La France représente les trois quarts des posts géolocalisés. Outre une analyse quantitative préliminaire par traitement automatique du langage, une analyse qualitative a été menée (lecture de milliers de verbatim) afin prendre finement en compte les effets de contexte.

 

 


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