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Psychanalyse des héros de bande dessinée

Les grands héros de bande dessinée ont, eux aussi, un inconscient, une histoire, des motivations profondes… C'est le thème du Divan de la BD. La psychanalyse des héros de BD. Pastiches, un album de Jean-Pierre Dirick aux éditions Joker. Pascal Hachet, psychologue, nous confie ses impressions.

Il y a exactement trente ans que les « psys » s’intéressent à la bande dessinée et à ses personnages. L’étude pionnière (un article de Serge Tisseron paru dans la revue Confrontation et consacré au « fantôme » du capitaine Haddock) remonte en effet à 1982. Notons que la plus récente de ces investigations se focalise de nouveau sur l’univers hergéien : Tintin sur le divan, un livre publié en 2011 par Gérard Guasch. De tels essais de psychanalyse appliquée sont en général bien accueillis, tant par les collègues – dont ces réflexions soignent sans doute « l’esprit de sérieux » ! – que par le grand public – ainsi convié à approfondir ce qu’il pense et ressent lorsqu’il lit –, et c’est heureux. Lacan a eu raison de prôner une « psychanalyse amusante », même s’il ne pensait sans doute pas à la BD en écrivant cela.

Le scénariste et dessinateur Jean-Pierre Dirick franchit une étape supplémentaire. En effet, c’est sous la forme d’un album de bandes dessinées qu’il se livre à la psychanalyse de dix héros de BD, et non des moindres : Corto Maltese, Blake & Mortimer, Joe Dalton, Le Chat, Blueberry, Boule et Bill et quelques autres. Par ailleurs, l’auteur pastiche le nom de ces personnages, peut-être pour éviter certaines foudres éditoriales mais surtout pour l’humour : ainsi, le grand Schtroumph devient « le grand Sclumpf », tandis que Lagaffe (Gaston, bien sûr) est rebaptisé « Labaffe ». Les titres des épisodes sont à l’avenant, par exemple « Philip Mortamer ou la frustration de l’espadon ». Le tout est d’excellente facture et franchement hilarant.
L’album débute en fanfare, avec une séance de thérapie de couple pour Raymonde et Robert Baluchon, copies conformes, on l’aura compris, des Bidochons. On en redemanderait ! 
   

L’épisode « Rahran ou la sublimation du gadget » a tout naturellement retenu l’attention de votre serviteur, auteur d’une Psychanalyse de Rahan publiée en 2000. Tel Tarzan, le pastiche du fameux « fils des âges farouches » y fait irruption chez un psychanalyste bedonnant et affable au moyen d’une liane. Il se juche et s’assied sur une bibliothèque au lieu de s’allonger sur le divan… Il tourne le dos au « psy », pourtant prévenant, et lâche en bougonnant qu’il souffre de se sentir seul, car « trop pur ». Le praticien de l’âme tente de l’apaiser en lui parlant de sa compagne récente (les fans du « fils des âges farouches » devineront qu’il s’agit de Naouna), mais Rahran se met en colère : il explique qu’il est « coincé » auprès de son amie. La jeune femme a caché son célèbre coutelas d’ivoire afin qu’il ne la quitte pas pour s’en aller vers d’autres aventures… pourtant non érotiques : chacun sait que le personnage de Lécureux et Chéret n’est guère porté sur la bagatelle ! Rahran confie ensuite un autre tourment, plus intime et gênant pour lui, que je ne dévoilerai pas ici… Je précise au passage que les hypothèses de Dirick au sujet de la vie psychique du « fils de Crao » diffèrent beaucoup des miennes, mais sans s’y opposer. Vive la diversité interprétative !
  

Seule ombre au tableau : si l’auteur a effectué ses pastiches « à partir de véritables analyses de ces héros de papier réalisées par d’éminents médecins psychanalystes et psychologues », il ne cite cependant pas les sources bibliographiques correspondantes. Cette omission ne nuit pas à la qualité globale de son travail, mais c’est un peu dommage.


< Profils des étudiants infirmiers
Pierre Albasser à Carquefou >
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