La prescription infirmière est un acte clinique, pas une liste d’autorisations…

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Le projet d’arrêté, soumis à concertation par la DGOS « fixant la liste des produits de santé et examens complémentaires que les infirmiers diplômés d’État sont autorisés à prescrire », peut consolider… ou affaiblir la prescription infirmière. Dans ce contexte, le Conseil National Professionnel Infirmier (CNPI) rend un avis dans lequel il préconise d’introduire un article premier affirmant clairement que toute prescription infirmière repose sur : une évaluation clinique complète, une réévaluation adaptée, une traçabilité et une coordination dans le parcours de soins.

Dans un contexte de fortes tensions sur l’accès aux soins, la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) a engagé une concertation sur deux arrêtés structurants pour la profession infirmière : l’arrêté relatif aux actes et soins infirmiers et celui relatif à la prescription infirmière. À cette occasion, le nouveau bureau du  Conseil National Professionnel Infirmier CNPI a présenté ses propositions, analyses et lignes rouges, construites à partir des retours du terrain, des données de santé publique et des expériences internationales. L’objectif est clair : sécuriser les parcours de soins, reconnaître pleinement les compétences infirmières et garantir des textes opérationnels, lisibles et utiles aux patients comme aux soignants.

Inscrire la prescription dans un cadre clinique explicite

La loi du 27 juin 2025 sur la profession d’infirmier a reconnu la consultation infirmière, le diagnostic infirmier et le raisonnement clinique autonome. Pourtant, le projet d’arrêté soumis à concertation débute par une énumération de produits et d’examens autorisés, sans article de cadrage.

Le CNPI propose d’introduire un article premier affirmant clairement que toute prescription infirmière repose sur :
 -une évaluation clinique complète ;
 -une réévaluation adaptée ;
 -une traçabilité et une coordination dans le parcours de soins
.

Ce point est décisif. Sans fondement clinique explicite, la prescription peut être interprétée comme un simple droit à « cocher des cases ». Avec un cadrage, elle devient juridiquement sécurisée et pleinement cohérente avec la réforme.

Sortir d’une logique thématique restrictive

L’idée de restreindre certains examens (radiographie thoracique, bilan lipidique, glycémie, créatininémie) au seul cadre du sevrage tabagique est en décalage avec la réalité clinique.

Les maladies cardiovasculaires et métaboliques restent parmi les premières causes de mortalité. Les infirmières sont en première ligne pour repérer des facteurs de risque, anticiper des déséquilibres et orienter précocement.

Créer un chapitre « prévention cardio-vasculaire et repérage des risques métaboliques et respiratoires » permettrait d’ancrer la prescription dans une approche populationnelle de santé publique, et non dans un programme sectoriel étroit.

Adapter les traitements à risque vital : cohérence ou contradiction ?

L’arrêté autoriserait la prescription de vaccins, d’examens biologiques ou d’antalgiques… mais pas l’adaptation d’une insuline ou d’un AVK à partir de glycémies ou d’un INR objectivé. C’est une incohérence clinique majeure.

L’analyse infirmière quotidienne repose déjà sur ces données. Empêcher un ajustement simple, fondé sur des critères objectifs, crée des délais iatrogènes. La réforme de 2025 a reconnu l’autonomie décisionnelle. Il faut en tirer toutes les conséquences, avec traçabilité et orientation en cas de doute.

Sécuriser les parcours

Chaque proposition du CNPI poursuit le même objectif : fluidifier, sécuriser, responsabiliser.
 -Renouvellement à l’identique encadré pour éviter des ruptures liées à l’indisponibilité médicale.
 -Prescription d’activité physique adaptée en prévention.
 -Encadrement de médicaments d’usage courant pour sécuriser l’automédication.
 -Glucagon en prévention des hypoglycémies sévères.
 -Tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) et soins de premier recours pour réduire les délais.
 -Pose de dispositifs de rapprochement cutané pour éviter des passages inutiles aux urgences.

Le CNPI ne demande pas un élargissement sans limites. Il demande une cohérence normative avec la loi votée. La prescription infirmière est un outil au service de la continuité, de la prévention et de la sécurité des patients.

Réduire l’arrêté à une liste technique serait une occasion manquée. L’ambition de 2025 était claire : reconnaître la compétence clinique de la profession infirmière. L’arrêté doit maintenant la traduire dans les faits. La finalité reste la même : améliorer l’accès aux soins, prévenir les pertes de chance et renforcer l’efficience du système de santé.

Cet Avis a été transmise au ministère le 4 février. Des indications sur le calendrier de finalisation et de publication des arrêtés sont attendues dans les prochains jours.

L’avis du CNPI