Le Centre Hospitalier Alpes-Isère (CHAI) travaille à la mise en place d’une consultation infirmière ambulatoire en accès direct pour des patients présentant des troubles psychiques d’intensité faible à modérée. Alors qu’en CMP, la durée d’attente de prise en charge excède souvent un mois, ce dispositif devrait permettre de répondre à la demande de soins et de fluidifier le parcours des patients.
Pour améliorer l’accès de la population aux soins psychiatriques, une consultation infirmière en accès direct sera proposée dans les Centre médico psychologiques (CMP) dans le sud du département de l’Isère dès le mois de septembre 2026, avec l’ambition de s’étendre progressivement à l’ensemble du département. (1) « Le constat est connu, l’accès aux soins psychiatriques de premier recours reste largement insuffisant », a rappelé Clément Dondé, psychiatre et chef de pôle au CH Alpes-Isère lors d’une présentation du dispositif à la presse, le 9 février. « La personne va donc contacter le CMP, ou son médecin traitant. Elle devra remplir un formulaire, préciser ses antécédents, ses besoins… Sa demande sera traitée dans la semaine par l’équipe du CMP puis, l’infirmier(e) proposera une consultation dans les deux semaines ». Ces consultations infirmières seront toutefois réservées au patients adultes qui présentent des troubles psychiques d’intensité faible à modérée (insomnie sévères, anxiété, stress, deuils, épisodes dépressifs simples…), « des situations sérieuses et parfois très invalidantes, mais qui ne relèvent pas d’emblée de pathologies lourdes comme une schizophrénie résistante ou un trouble bipolaire instable », a précisé Clément Dondé.
100 heures de formation
Le dispositif repose ainsi sur un protocole de coopération entre infirmiers volontaires et psychiatres référents. En pratique, les infirmiers seront formés pendant six mois durant une centaine d’heures (réparties en 70h théoriques et 30h pratiques). L’accent sera mis sur l’autonomie de l’infirmier, qui bénéficiera de compétences solides en matière de sémiologie, pharmacologie, techniques de relaxation, hygiène de vie… , mais aussi prescription de médicaments « symptomatiques » (prescrits pour une à deux semaines seulement, anxiolytiques, mélatonine…), évaluation de la plainte (passation d’échelles)… Lors de la phase de formation, l’infirmier sera observé durant des consultations par un psychiatre, pour apprendre en conditions réelles. « À l’heure actuelle, on a déjà enregistré la demande de formation d’une dizaine d’infirmiers qui souhaiteraient développer cette activité dans 7 CMP », a souligné Franck Favier, cadre supérieur de santé au CHAI, précisant que l’équipe « réfléchit à une mise à jour annuelle des compétences, pour assurer un renforcement des acquis et un suivi étroit de ces infirmiers sur protocole ».
L’enjeu est en effet de garantir un haut niveau de compétences cliniques aux infirmiers sur protocole. « Ces consultations ne constituent pas une réponse dégradée », ont ainsi martelé les intervenants, lors du point presse consacré à ce dispositif. L’objectif est bien d’apporter « aux personnes à faible besoin une réponse infirmière sur protocole de la même qualité que celle délivrée par un psychiatre », a affirmé Clément Dondé.
De premières consultations en septembre 2026
Cette expérimentation s’inscrit dans une dynamique nationale portée par le réseau Copsy (2), réseau coordonné de protocoles de coopération en psychiatrie. « C’est une première nationale pour l’accès direct en ambulatoire à un infirmier en psychiatrie avec possibilité de prescription encadrée », souligne Brian Levoivenel, directeur du réseau, qui a collaboré avec les équipes du CHAI pour la mise en place du protocole de coopération. Une fois celui-ci validé, la population pourra bénéficier de ce dispositif dans les CMP du département dès septembre prochain. Les sessions de formation, qui débuteront au printemps, seront limitées à une quinzaine d’infirmiers. L’équipe réfléchit, dans un deuxième temps, à proposer le dispositif dans d’autres lieux de soin (prisons ou encore équipes mobiles CALIPSO – Centre Ambulatoire de Liaison, Intervention Précoce, Suivi et Orientation).
1- Ce dispositif est permis par le décret du 24 décembre 2025, qui autorise désormais un accès direct à la consultation infirmière sans prescription médicale préalable.
2- Le réseau COPSY est un dispositif national développé sous l’égide de l’ADESM et piloté par Brian Levoivenel, cadre supérieur de santé au Vinatier. Il ambitionne de favoriser l’émergence et le déploiement des protocoles de coopération en psychiatrie dans une optique à la fois réglementaire, cohérente, coordonnée et systématisée.











