Expo : « Tenter l’art pour soigner »

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Le musée de Institut du monde arabe présente jusqu’au 28 juin 2026, l’exposition « Tenter l’art pour soigner – À l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville durant les années 1960 ». Un ensemble inédit de dessins et de céramiques réalisés à la fin des années 1960 par les pensionnaires de l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, en Algérie. À travers cette exposition, le musée dévoile une expérience artistique et humaine exceptionnelle, née au coeur d’un contexte historique et social marqué par la décolonisation.

Ces oeuvres sensibles et puissantes, issues d’ateliers de social-thérapie, témoignent de la place essentielle accordée à l’art dans le processus de soin et de réinsertion. Elles révèlent aussi un pan méconnu de l’histoire de la psychiatrie moderne, porté par l’héritage de Frantz Fanon et par une approche humaniste du soi

Blida-Joinville, un lieu emblématique
Fondé en 1933, l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville est marqué par la présence de Frantz Fanon, médecin-chef de 1953 à 1956. Figure majeure de l’anticolonialisme et penseur de la décolonisation, Fanon révolutionne l’approche psychiatrique en rompant avec les méthodes coloniales pour privilégier une prise en charge ancrée dans le contexte social et culturel des patients. Il développe avec l’équipe médicale des activités collectives (manuelles, sportives et artistiques) favorisant l’expression individuelle et la réinsertion.


L’art comme outil thérapeutique
À la fin des années 1960, les successeurs de Fanon poursuivent cette démarche humaniste et développent des ateliers de dessin. Les peintures à la gouache issues de ces séances témoignent de la force expressive des patients et de la dimension profondément humaine de leur regard sur le monde. L’exposition explore la portée de ces oeuvres et les replace dans le contexte historique des pratiques psychiatriques post-indépendance.

Une exposition qui questionne et transmet
En 2022, le musée de l’Institut du monde arabe reçoit une donation constituée d’archives, de céramiques peintes et de nombreuses planches dessinées à la gouache, issues des ateliers de social-thérapie menés à l’hôpital de Blida-Joinville. Cet ensemble constitue un témoignage rare d’une expérience pionnière, à la croisée de la psychiatrie, de l’histoire sociale et de la création artistique. En interrogeant à la fois le contenu artistique des oeuvres et leur contexte de création, l’exposition met en lumière la puissance de l’art comme vecteur de soin et d’émancipation. Elle invite à redécouvrir une histoire méconnue où la création devient un moyen de réinventer le rapport au soin et à la société.