Selon les enfants, le pouvoir masculin est-il plus légitime que le pouvoir féminin ?

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Une étude du CNRS montre que les enfants ne favorisent pas le pouvoir masculin sur le pouvoir féminin. Les plus jeunes ont eu tendance à privilégier le personnage en position de pouvoir, qu’il soit féminin ou masculin, tandis que les enfants entre 7 et 8 ans ont globalement favorisé les personnages subordonnés. Cette étude a également montré que les enfants tendaient à favoriser les personnages de leur propre genre.

À seulement 4 ans, les enfants comprennent déjà que les figures masculines détiennent plus souvent le pouvoir que les figures féminines dans les interactions mixtes (1). Néanmoins, se contentent-ils de constater cette inégalité, ou bien la considèrent-ils comme une norme légitime ? 

Pour répondre à cette interrogation, une équipe de recherche du CNRS, de l’Université de Lorraine et de l’Université Grenoble Alpes (2) a exposé individuellement des enfants de 3 à 8 ans (3) à des interactions dans lesquelles un personnage tantôt masculin, tantôt féminin, se trouve en position de pouvoir sur un autre personnage (4). Pour chaque saynète, les enfants disposaient d’un nombre impair d’autocollants qu’ils devaient répartir entre les deux personnages. En choisissant le personnage à avantager, les enfants mettaient en évidence leur attitude face à cette inégalité. Donner plus d’autocollants au personnage ayant le pouvoir revenait à reconnaître la légitimité de sa position, tandis que favoriser le personnage subordonné traduisait une volonté de rétablir une forme de justice dans la relation. 

Proposée à 653 enfants, cette expérience n’a pas révélé de favoritisme à l’égard des personnages masculins en position de pouvoir. En revanche, les résultats suggèrent une influence de l’âge sur les choix. Les plus jeunes ont eu tendance à privilégier le personnage en position de pouvoir, qu’il soit féminin ou masculin, tandis que les enfants entre 7 et 8 ans ont globalement favorisé les personnages subordonnés. Cette étude a également montré que les enfants tendaient à favoriser les personnages de leur propre genre. Ce comportement s’est avéré particulièrement marqué chez les filles, qui ont privilégié plus fortement un personnage féminin que ne l’ont fait les garçons pour un personnage masculin.

Les résultats de cette étude, parue dans Child Development, suggèrent que les enfants âgés de 3 à 8 ans ne cautionnent pas plus le pouvoir quand il est masculin. Néanmoins, des études complémentaires restent nécessaires pour vérifier si une légitimation du pouvoir masculin pourrait apparaître dans d’autres situations, dans d’autres cultures, ou si de tels biais se développent à un âge plus avancé.

Notes :

  1. Selon l’étude suivante menée en France, au Liban et en Norvège : How Preschoolers Associate Power with Gender in Male-Female Interactions : A Cross-Cultural Investigation. Charafeddine, R., Zambrina, I., M., Triniol, B., Mercier, H., Kaufmann, L., Clément, F., Reboul, A., Pons, F., & Van der Henst, J-B. Sex Roles, 83, 453-473, (2020). DOI : 10.1007/s11199-019-01116-x
  2. Du Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CNRS/Inserm/Université Claude Bernard Lyon 1), du Laboratoire inter-université de psychologie (Université Grenoble Alpes/Université Savoie Mont Blanc), du Laboratoire de psychologie et neurocognition (CNRS/Université Grenoble Alpes/Université Savoie Mont Blanc) et du Laboratoire lorrain de psychologie et neurosciences de la dynamique des comportements (Université de Lorraine).
    Cette étude a été financée par l’ANR dans le cadre du projet CHILD-GAP : https://anr.fr/Projet-ANR-21-CE28-0014
  3. Echantillon mixte homogène d’enfants d’origines sociales variées et scolarisés dans différentes écoles publiques de la région de Lyon.
  4. En imposant les jeux qu’il préfère à l’autre.
     

Bibliographie

Three- to eight-year-old children do not favor male power when allocating resources. Helmlinger, A. E., Foncelle, A., Galusca, C-I., Maire, H., Van der Henst, J-B., Charafeddine, R. Child Development, 7 janvier 2026.
https://doi.org/10.1093/chidev/aacaf005

Communiqué de presse, CNRS, 7 janvier 2026

Photo : Pixabay