Dès l’entrée en maison d’arrêt, les personnes présentent une vulnérabilité importante, tant sur le plan psychiatrique que social, en lien avec une population majoritairement jeune et en situation de précarité. Cette étude longitudinale montre que l’environnement carcéral contribue à maintenir un niveau élevé de détresse psychique. Au-delà de ces constats, les résultats mettent en évidence plusieurs leviers d’action.
Le 16 janvier, la Fédération régionale de recherche en santé mentale et psychiatrie (F2RSM) a présenté le volet quantitatif de l’étude Epsylon (pour« Épidémiologie psychiatrique longitudinale en prison »). Première étude française à suivre dans le temps l’évolution de la santé mentale en maison d’arrêt, cette recherche a été financée par la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP) et coordonnée par le Dr Thomas Fovet. Après la publication récente du volet qualitatif, centré sur l’expérience vécue de la détention, ce volet quantitatif apporte des données épidémiologiques robustes, issues du suivi de 951 personnes évaluées sur le plan de la santé mentale à l’entrée en détention, puis à 3 et 9 mois. Il permet également de caractériser la gravité des troubles et d’identifier les facteurs susceptibles d’influencer l’évolution de la santé mentale des personnes détenues en maison d’arrêt.
Des résultats clés
L’étude met en évidence :
– une vulnérabilité psychiatrique majeure dès l’entrée en détention, avec près de 7 personnes sur 10 présentant un trouble psychiatrique ou un trouble de l’usage de substances au cours de la vie ;
– un risque suicidaire particulièrement élevé à l’arrivée en prison, qui diminue ensuite mais reste important ;
– une apparente stabilité des troubles psychiatriques dans le temps, masquant en réalité des trajectoires individuelles très contrastées ;
– le rôle central de facteurs environnementaux, notamment l’exposition aux violences et le sentiment d’isolement ;
– des difficultés persistantes d’accès aux soins, aux activités et aux dispositifs d’accompagnement, ainsi que des vulnérabilités spécifiques chez les femmes incarcérées.
Un appui pour l’action publique
Le rapport formule plusieurs recommandations opérationnelles en matière de prévention, de repérage précoce des troubles, de continuité des soins, de lutte contre l’isolement et d’amélioration des conditions de détention. Ces résultats constituent un outil d’aide à la décision pour les acteurs sanitaires, pénitentiaires et judiciaires, et alimentent le débat public sur la santé mentale en milieu carcéral.
L’étude Epsylon combine un volet qualitatif et un volet quantitatif. Cette enquête s’inscrit dans la continuité de recherches récentes portées par la F2RSM Psy sur la santé mentale en prison parmi lesquelles l’enquête « Santé mentale en population carcérale sortante » ou l’étude « Réduction des risques et des dommages en milieu pénitentiaire ».
• Épidémiologie psychiatrique longitudinale en prison, Volet quantitatif, Kevin D’Ovidio, Clément Beunas, Marion Eck, Thomas Fovet, janvier 2026, En savoir plus sur le site de la FR2SM.









