La Fondation des « gueules cassées » a remis son prix 2025 au projet Psygen, une étude clinique innovante menée au sein du Service de santé des armées. Lancée en 2021, cette recherche explore les bénéfices de la pharmacogénétique dans la prescription d’antidépresseurs chez les militaires souffrant de troubles psychiques comme la dépression, l’anxiété ou le trouble de stress post-traumatique. Communiqué.
À l’issue de la remise de son Prix 2025, la Fondation des « gueules cassées » distingue le Docteur Emeric Saguin et son équipe de l’Hôpital national d’instruction des armées (HNIA) Bégin pour le projet Psygen, une étude clinique innovante menée au sein du Service de santé des armées. Adossée aux progrès de la pharmacogénétique, cette approche vise à identifier le plus rapidement possible le traitement médicamenteux le mieux adapté à chaque patient, afin de réduire les échecs thérapeutiques et les effets indésirables. Une telle approche permet d’orienter plus tôt vers des options mieux tolérées et plus efficaces, et de raccourcir ainsi des parcours de soins souvent longs et éprouvants.
Prescrire les antidépresseurs : un défi majeur en psychiatrie militaire
Les antidépresseurs figurent parmi les traitements les plus prescrits en psychiatrie. Dans les armées, ils occupent une place centrale dans la prise en charge de nombreuses pathologies psychiques, notamment le trouble de stress post-traumatique, pour lequel ils constituent la seule classe thérapeutique disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) en France.
Pourtant, leur efficacité reste limitée : à titre d’exemple dans la dépression, environ 37 % des patients répondent favorablement après une première ligne de traitement, et près de 67 % après trois essais successifs de molécules. En pratique, la prescription repose encore largement sur une approche empirique, par ajustements itératifs, chaque essai nécessitant plusieurs semaines avant d’en mesurer les effets.
Cette temporalité longue expose les patients à des effets secondaires fréquents – fatigue, prise de poids, troubles digestifs ou sexuels – qui peuvent altérer leur qualité de vie et décourager la poursuite du traitement. Dans un contexte militaire, où les parcours de soins doivent concilier exigences médicales, contraintes professionnelles et accompagnement humain, mieux prescrire plus tôt constitue donc un enjeu essentiel.
La pharmacogénétique comme levier d’une psychiatrie plus personnalisée
C’est face à cette limite structurelle de la prescription « par essais et erreurs » que le projet Psygen a été conçu. Son principe repose sur un constat simple : une part importante de la réponse aux antidépresseurs dépend de facteurs génétiques, aujourd’hui insuffisamment intégrés à la décision thérapeutique. La pharmacogénétique (voir encadré) consiste à analyser certains marqueurs génétiques afin de mieux anticiper la tolérance d’un médicament.
« Les psychiatres des 3 hôpitaux militaires impliqués se sont appropriés les outils développés au cours de Psygen. L’intégration de données génétiques dans une discipline fondamentalement clinique et relationnelle marque un véritable changement de paradigme : non pas une substitution au jugement clinique, mais un enrichissement de celui-ci, au service d’une prise en charge plus ajustée aux patients. »
Emeric Saguin, Psychiatre à l’HNIA Bégin et porteur du projet.
Dans le cadre de Psygen, une prise de sang, réalisée au moment de l’instauration du traitement, permet d’identifier des variations génétiques connues pour influencer la réponse aux antidépresseurs. Ces analyses sont réalisées au sein du laboratoire de pharmacogénétique créé à l’occasion au sein de l’HNIA Bégin, puis traduites en préconisations d’aide à la prescription.
Menée dans trois hôpitaux militaires auprès d’une centaine de militaires, l’étude Psygen a été conçue pour évaluer l’apport de la pharmacogénétique à la prescription des antidépresseurs. Les premières analyses, portant sur la tolérance des traitements à huit semaines, montrent une diminution du retentissement global des effets indésirables, c’est-à-dire de l’impact qu’ils génèrent pour les patients dans leur quotidien. L’efficacité clinique des antidépresseurs est également évaluée dans le cadre du même essai, à partir d’un suivi longitudinal des patients sur une durée d’un an. Les résultats définitifs de l’étude, intégrant l’ensemble des critères cliniques et paracliniques, seront analysés à partir de mars 2026.

La pharmacogénétique, levier de soins personnalisés
La pharmacogénétique est une discipline qui étudie l’influence de certaines variations génétiques sur la réponse aux médicaments. Elle vise à expliquer pourquoi, à traitement identique, des patients peuvent présenter des niveaux très différents de tolérance ou d’efficacité.
Dans le cas des antidépresseurs, cette variabilité repose en grande partie sur la métabolisation du médicament, c’est à dire la manière dont l’organisme le transforme et l’élimine. Ce processus est assuré par des enzymes du foie appelées cytochromes, notamment CYP2D6 et CYP2C19, impliquées dans le métabolisme de nombreuses molécules utilisées en psychiatrie.
Ces enzymes ne fonctionnent pas de la même façon chez tous les individus. Selon le profil génétique, un antidépresseur peut être éliminé trop rapidement — avec un risque d’inefficacité — ou, au contraire, s’accumuler dans l’organisme et favoriser la survenue d’effets indésirables. Ces différences contribuent à l’échec de certaines prescriptions initiales et à l’errance thérapeutique.
C’est sur ce mécanisme précis que s’appuie Psygen : identifier, dès le début du traitement, les profils de métabolisation afin d’anticiper la tolérance d’un antidépresseur, sans préjuger de l’évolution psychique du patient ni se substituer à l’évaluation clinique du psychiatre.
• Communique de la Fondation des « gueules cassées », 22 janvier 2026. Voir le dossier de presse détaillé en pdf
Photo : AdobeStock









