L’expérimentation des haltes soins addictions prolongée de deux ans

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L’Assemblée nationale a définitivement adopté, ce 16 décembre 2025, le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) intégrant un article qui prolonge l’expérimentation des haltes soins addictions (HSA), ou « salles de shoot », jusqu’au 31 décembre 2027.

Les haltes soins addictions, communément appelées « salles de shoot », dispositif expérimenté depuis 2016 pour réduire les nuisances liées à la consommation de stupéfiants dans l’espace public, a été évalué par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l’Inspection générale de l’administration (IGA). Leur rapport conjoint, finalisé en octobre 2024, devait éclairer le gouvernement sur l’opportunité de maintenir, d’adapter ou d’arrêter ce dispositif. Les deux instances ont ainsi observé les effets des deux salles existantes, l’une à Paris, l’autre à Strasbourg (voir notre encadré plus bas), qui accompagnent des usagers de drogues « en forte désaffiliation sociale, majoritairement sans domicile fixe ». Alors que l’expérimentation devait prendre fin au 31 décembre 2025, le gouvernement l’a prolongée in extremis par un amendement, pour une durée de deux ans.

« Réponses locales à un besoin local »

Le document expose les bénéfices « sur le plan sanitaire » de ces lieux, qu’il recommande de pérenniser, en les inscrivant dans le droit commun pour « prévoir, en droit, la possibilité » d’en ouvrir de nouveaux, « dont l’opportunité devra être appréciée au cas par cas ». Pour les consommateurs de drogues injectables, ces haltes soins addictions « réduisent les risques et dommages sanitaires » (risques infectieux, surdoses et affections somatiques), constatent les deux inspections. Pour l’ensemble de la société, ces lieux dédiés contribuent aussi à « améliorer la santé publique (dix fois moins de seringues abandonnées dans l’espace public) et assurent le rôle de vigies des habitudes et nouvelles tendances de consommation de drogues (comme la montée en puissance du fentanyl observée grâce à la HSA de Strasbourg) », notent-elles. Les haltes soins addictions expérimentées permettent aussi, estiment l’Igas et l’Iga, d’« améliorer la tranquillité publique dans les lieux de consommation dans l’espace public, en diminuant les consommations de rue ».

« Réponses locales à un besoin local », l’ouverture des HSA doit par ailleurs réunir plusieurs conditions pour assurer une intégration réussie dans l’espace public : « capacité d’accueil adaptée, implantation au plus près des lieux de consommation dans l’espace public, proximité avec un hôpital, insertion dans un chaînage médico-social et un continuum allant de la prévention aux soins, information des riverains, portage assumé et univoque de la politique de réduction des soins ».

Une décision « fragile et insuffisante » pour les professionnels du soin

« Cette décision évite la fermeture programmée, dès la fin de l’année, des deux HSA actuellement en activité à Paris et Strasbourg », a réagi la Fédération addiction, réseau d’addictologie qui regroupe des structures et des professionnels du soin, de l’éducation, de la prévention, de l’accompagnement et de la réduction des risques. « Cette prolongation était indispensable tant pour les personnes accompagnées que pour les quartiers concernés : sans elle, des centaines de consommations quotidiennes, jusqu’ici encadrées, auraient été renvoyées dans l’espace public dès le 1er janvier, avec des conséquences graves en matière de santé publique et de tranquillité urbaine ». La Fédération addiction dénonce malgré tout une « décision fragile et insuffisante. L’expérimentation est une nouvelle fois prolongée sans perspective claire de pérennisation. Pourtant toutes les évaluations disponibles convergent en faveur de l’inscription de ce dispositif dans le droit commun et les débats au Parlement ont montré qu’il était possible de trouver une majorité pour voter cette mesure ».

Deux HSA en France, à Paris et à Strasbourg
Depuis 2016, seules deux HSA ont été ouvertes, à Paris et à Strasbourg ; elles accueillent 1 600 personnes, soit moins de 1 % des 342 000 usagers problématiques de drogues estimés en France en 2023. Ces deux HSA présentent des caractéristiques différentes. Malgré une file active assez similaire en 2023 (autour de 800 usagers dans chaque salle), il y a huit fois plus de consommations à Paris (194 par jour vs 25 à Strasbourg), les usagers inscrits à Strasbourg fréquentant globalement moins souvent la salle. La salle de Strasbourg se situe dans l’enceinte des hôpitaux universitaires et propose par ailleurs 20 places d’hébergement depuis 2021 (expérimentation au titre de l’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale de 2018), alors que la salle de Paris est installée à l’extérieur de l’hôpital Lariboisière, dans le dense bâti urbain du quartier de la gare du Nord ; elle est ouverte uniquement aux injecteurs depuis 2020, contrairement à celle de Strasbourg qui accueille aussi les inhalateurs.

Pour en savoir plus :

Les haltes soins addictions (HSA) – un dispositif expérimenté depuis 2016 pour réduire les nuisances liées à la consommation de stupéfiants dans l’espace public. Retrouvez le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’Inspection générale de l’administration (IGA).

Retrouvez ici l’amendement qui vise à prolonger l’expérimentation des Haltes Soins Addictions jusqu’au 31
décembre 2027.