Plus de 16 % des enfants de 6 à 11 ans sont des victimes probables de harcèlement scolaire, près de 18 % ont des comportements agressifs, et un peu plus de 6% d’entre eux cumulent victimation et agressivité. Ces résultats proviennent d’une nouvelle étude de Santé publique France à partir de l’Enquête nationale sur le bien-être des enfants (Enabee).
Santé publique France présente de nouveaux résultats d’Enabee, première enquête épidémiologique nationale sur le bien-être et la santé mentale des enfants scolarisés en maternelle ou en élémentaire en France hexagonale. L’objectif de cette publication, portant sur les enfants scolarisés en élémentaire uniquement, est de décrire les facteurs de vulnérabilité des enfants impliqués dans différentes situations de type harcèlement. En croisant les points de vue des parents et des enseignants, les résultats de l’étude montrent que plus de 16 % des enfants scolarisés en élémentaire sont victimes probables de harcèlement, près de 18 % ont des comportements agressifs, et un peu plus de 6% des enfants cumulent le fait d’être victimes probables de harcèlement et d’avoir des comportements agressifs. Les enfants impliqués présentent des indicateurs dégradés de santé mentale (domaine émotionnel, oppositionnel ou inattention/hyperactivité). Ces résultats confirment qu’il faut, dès l’enfance, en complément d’un repérage précoce et efficace des situations de harcèlement, renforcer la prévention notamment via le développement des compétences psychosociales des enfants, qui sont des leviers à mobiliser afin d’apprendre à réagir dans différentes interactions sociales.
Des situations de type harcèlement confirmées chez les enfants de 6 à 11 ans
Le harcèlement est l’un des principaux facteurs susceptibles d’impacter la santé mentale des enfants, avec des conséquences sur leur vie à court terme (anxiété, isolement, troubles du comportement) et moyen terme (dépression, pensées suicidaires, décrochage scolaire) ; c’est pourquoi mieux comprendre ce phénomène et agir contre le harcèlement sont de véritables enjeux de santé publique.
Il est important de préciser que les résultats présentés ne concernent pas des situations de harcèlement
sexuel ou de harcèlement d’un enfant par un adulte ; il s’agit uniquement de situations probables de
harcèlement entre élèves survenues en milieu scolaire ou en dehors de l’école.
Basée sur un échantillon représentatif de près de 8 200 enfants scolarisés du CP au CM2 en France
hexagonale, en combinant les points de vue des parents et des enseignants, l’étude révèle que :
– 16,4 % des enfants sont victimes probables de harcèlement ;
– 17,9 % des enfants ont des comportements agressifs ;
– 6,1% des enfants sont à la fois victimes probables de harcèlement et ont des comportements agressifs.
Les filles sont plus souvent identifiées comme des victimes probables de harcèlement et présentent moins souvent des comportements agressifs que les garçons.
Une santé mentale dégradée
L’étude montre également que les enfants victimes probables de harcèlement, et ceux ayant des
comportements agressifs, ont plus fréquemment au moins un trouble probable de santé mentale, de type
émotionnel, oppositionnel ou inattention/hyperactivité, impactant leur vie quotidienne, comparés aux
autres enfants.
Ce constat est d’autant plus marqué pour les enfants cumulant victimation et agressivité (6,1 %),
40,9 % d’entre-eux présentant au moins un trouble de santé mentale, comparés à 6,8% pour les
enfants non impliqués.
Parmi ces enfants cumulant victimation et agressivité :
– 27,3 % d’entre eux présentent un trouble probable oppositionnel
– 18,4 % d’entre eux présentent un trouble probable d’inattention/hyperactivité
– 10,2 % d’entre eux présentent un trouble probable émotionnel
Pour les victimes, l’agressivité peut en effet être un mécanisme de protection contre leur propre détresse
émotionnelle, soulignant l’importance d’une prise en charge.
Enfants impliqués dans des situations de type harcèlement : quelles vulnérabilités individuelles et familiales ?
Autre constat : les enfants avec des troubles des apprentissages, ceux bénéficiant d’au moins un dispositif
d’accompagnement à la scolarité, nés prématurément, en situation de surpoids ou d’obésité, ainsi que ceux avec de moindres compétences prosociales sont plus fréquemment victimes probables de harcèlement ou ont des comportements agressifs. Un antécédent d’agression ou de violence subie dans le passé (par une personne de plus de 15 ans) est davantage associé à des comportements agressifs chez les enfants.
Par ailleurs, comparés aux enfants non impliqués dans des situations de type harcèlement, les enfants qui sont victimes probables de harcèlement ou présentant des comportements agressifs sont plus souvent issus de familles monoparentales, avec un parent répondant ayant un niveau de diplôme inférieur ou équivalent au baccalauréat, et déclarant une situation financière perçue comme difficile. Les caractéristiques psychosociales du parent répondant (présence probable de dépression ou d’anxiété et faible soutien social perçu) sont également associées à l’implication de l’enfant dans des situations de harcèlement.
Enfin, les résultats ne suggèrent pas d’association avec la fréquentation de la cantine ou de l’accueil périscolaire. A noter également que l’usage des réseaux sociaux tend à être plus fréquent chez les enfants avec des comportements agressifs comparés aux autres.
Il convient cependant de rappeler que ces associations ne doivent pas être interprétées comme des
relations causales et déterministes, mais plutôt comme l’expression de vulnérabilités dont l’effet dépend
fortement du contexte dans lequel évolue l’enfant.
Prévenir le harcèlement entre pairs : quels leviers d’actions auprès des enfants ?
Ces résultats confirment qu’il est nécessaire d’intervenir dès le plus jeune âge et plaident pour l’importance
de la prévention et d’un repérage précoce efficace des situations de harcèlement, qui constituent un levier
d’action essentiel pour améliorer la santé mentale des enfants dès l’âge de 6 ans.
• Caractéristiques des enfants de 6 à 11 ans victimes probables de harcèlement et présentant des comportements agressifs : Résultats de l’étude Enabee 2022 en France hexagonale. Sentenac Mariane et al, Etudes et enquêtes, janvier 2026, A consulter sur le site de Santé publique France
Photo : Pexels – Arthur Krijgsman









