Arrêter un usage d’antidépresseurs est souvent complexe, en lien avec des syndromes de sevrage fréquents. Dans ce contexte, un essai clinique multicentrique vise à évaluer une méthode innovante d’arrêt des antidépresseurs, via un outil permettant une réduction graduelle et contrôlée des doses, les tapering strips. Un communiqué (ci-dessous) présente les grandes lignes de cette recherche.
Le projet de recherche TapDep vise à tester en France une méthode de réduction des antidépresseurs déjà expérimentée aux Pays-Bas. Les bénéfices attendus de l’essai pour les patients sont, via la réduction des antidépresseurs, une moindre exposition à leurs effets indésirables et une amélioration de la qualité de vie, et ce sans aggravation de la symptomatologie clinique. Il s’agit du premier essai clinique multicentrique en double aveugle et randomisé visant à évaluer cette méthode innovante.
Ce projet est porté par les Hôpitaux Paris Est Val de Marne, avec le soutien du CHI de Créteil et du GCS pour la recherche et la formation en santé mentale du Centre collaborateur de l’OMS de Lille (voir ci-dessous), suite à l’obtention d’un financement au titre du Programme Hospitalier de Recherche Clinique (PHRC). Initiée par des hôpitaux spécialisés, cette recherche sera déployée au niveau national, les sites investigateurs étant situés dans les établissements membres du groupement du CCOMS (GCS).
Contexte et problématique
En France, la dépression touche 2,5 millions de personnes chaque année. En raison des débats grandissants sur la balance bénéfice/risque de la prise d’antidépresseurs au long cours, le soutien à la réduction des médicaments gagne du terrain, sous l’impulsion d’une forte demande des patients qui subissent des effets indésirables et ont des difficultés à se sevrer des antidépresseurs.
Le syndrome de sevrage touche environ un tiers des patients qui tentent d’arrêter leur traitement antidépresseur. Parmi eux, la moitié présente des symptômes de sevrage sévères. La durée d’utilisation des psychotropes est corrélée au risque et à la sévérité du sevrage. En effet, les antidépresseurs, lorsqu’ils sont utilisés à long terme, induisent des adaptations durables, augmentant le risque de syndrome de sevrage s’ils sont arrêtés brusquement. Le syndrome de sevrage est souvent confondu avec une rechute de la symptomatologie dépressive, ce qui alimente la prescription persistante.
À ce jour, l’arrêt des antidépresseurs ne peut pas être réalisé de manière progressive en raison des conditionnements disponibles, exposant les patients à un risque élevé de rechute. Les tapering strips (ou bandelettes de sevrage) proposent une nouvelle modalité de sevrage permettant une réduction graduelle et contrôlée des doses appelée « réduction hyperbolique ». Chaque tapering strip se compose de sachets quotidiens, conditionnés en rouleau de 28 jours. Chaque sachet contient une dose légèrement inférieure à la précédente de façon à suivre une décroissance hyperbolique de la posologie. Cette réduction progressive minimise le risque de syndrome de sevrage qui peut survenir lors de modifications posologiques abruptes.
Déjà disponibles aux Pays-Bas, les tapering strips ont fait l’objet d’études observationnelles qui indiquent que leur utilisation permettrait l’arrêt de l’antidépresseur sans rechute dans 71% des cas, contre 50 % en utilisant des méthodes conventionnelles.
Quelques chiffres :
- 36 mois d’inclusion
- 6 mois de participation par patient
- Fin de la recherche : à partir de la mi-2029
- 21 secteurs de psychiatrie et 13 hôpitaux impliqués
- Objectif d’inclusion : 1032 patients.
Les acteurs de la recherche
– Les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne
Les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne ont un statut d’établissement public hospitalier départemental. Ils sont issus du regroupement des Hôpitaux de Saint-Maurice et du Centre Hospitalier Les Murets au 1er janvier 2024. Ils comptent 4 filières principales : psychiatrie, obstétrique, rééducation et dialyse. Les 12 pôles de psychiatrie assurent la couverture géopopulationnelle de près d’un million d’habitants, allant de Paris Centre au Val-de-Marne.
https://hpevm.fr
– GCS pour la recherche et la formation en santé mentale
Le Groupement de coopération sanitaire pour la recherche et la formation en santé mentale, porté par le Centre collaborateur de l’OMS de Lille a pour objet la recherche, la formation et la mise en œuvre d’actions visant le développement de dispositifs de santé mentale intégrés dans la cité, incluant la prévention et l’insertion des personnes confrontées à un trouble de santé mentale. Les 30 établissements membres du GCS représentent 191 secteurs de psychiatrie ; Une population couverte de 11 millions d’habitants ; 32 000 professionnels ; Une file active (personnes ayant bénéficié d’au moins un acte dans l’année) de près de 30 000 personnes.
www.recherche-sante-mentale.fr
– Le Centre hospitalier intercommunal de Créteil (CHIC)
Établissement support du groupement hospitalier de territoire (GHT) des Hôpitaux Confluence, le Centre hospitalier intercommunal de Créteil (CHIC) assure des missions de recours et de proximité, tout en proposant des prises en charge d’excellence et innovantes, notamment au sein de ses neuf disciplines hospitalo-universitaires (ORL, ophtalmologie, obstétrique-gynécologie, néonatologie, pédiatrie, pédopsychiatrie, pneumologie, pathologies professionnelles.), et ce en étroite collaboration avec la Faculté de santé de l’Université Paris-Est Créteil.
En matière de recherche et d’innovation, le CHI de Créteil regroupe également sept centres dédiés aux patients atteints de maladies rares de l’enfant ou de l’adulte et un Département data recherche innovation information médicale (DRIIM) pour le GHT, qui vise à mieux structurer les activités de recherche, d’information médicale et d’innovation, tout en mutualisant les ressources disponibles et en favorisant les collaborations entre les équipes.
Dans le cadre du projet de recherche TapDep, le CHIC a notamment apporté son expertise en matière de rédaction de protocole, de méthodologie de recherche, et de définition réglementaire.
www.chicreteil.fr
• Communiqué du GCS pour la recherche et la formation en santé mentale – Contact : Alain Dannet, Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé, alain.dannet@ghtpsy-npdc.fr









