Une étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) met en évidence l’importante prévalence des troubles psychiatriques chez les usagers de crack, en particulier les femmes pour qui elle est qualifiée « d’alarmante ». Le second résultat, majeur, est le très faible recours aux soins psychiatriques de ces consommateurs.
L’usage de crack est associé à une dégradation importante de la situation sociale et de la santé mentale des usagers. Malgré une lumière médiatique importante, très peu d’études ont exploré la prévalence des troubles psychiatriques dans la population des usagers de crack de Paris depuis de nombreuses années. C’est ce que propose cette étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). Les chercheurs mettent en évidence cette prévalence à partir de données recueillies à Paris dans le cadre de l’étude ANRS-Icone (1). Il émettent également des recommandations au regard du profil des personnes rencontrées, sur les adaptations éventuelles du dispositif de soin pour atteindre au mieux cette population.
Matériel et méthodes – Des usagers de substances psychoactives ont été recrutés par la méthode d’échantillonnage par les répondants. Ils devaient avoir plus de 18 ans et un test urinaire confirmant l’usage de stupéfiant. Seules les données de ceux déclarant un usage de crack au cours des 30 derniers jours ont été analysées. La prévalence des troubles psychiatriques a été estimée en deux étapes : un premier repérage par un questionnaire de dépistage simplifié des troubles psychiatriques réalisé par des pairs formés ; puis une orientation vers un intervenant sanitaire pour passation d’un questionnaire diagnostique psychiatrique standardisé (Mini 5.0) suivi d’une évaluation par un psychiatre lorsqu’un trouble était diagnostiqué.
Résultats – Parmi les 1 202 usagers participants, 485 étaient usagers de crack au cours des 30 derniers jours
et avaient bénéficié du circuit de dépistage.
Le principal enseignement de cette étude est l’importante prévalence des troubles psychiatriques dans cette population d’usagers de crack, en particulier chez les femmes. Le second résultat, majeur, est leur très faible recours aux soins psychiatriques à faible niveau d’exigence offerts sur site, gratuits et la plupart du temps immédiatement accessibles, ainsi que leur très faible acceptation d’un référencement dans une structure de soins en santé mentale. Alors que 38% présentent au moins un trouble psychiatrique (62% chez les femmes) et que seuls 11% déclarent un suivi actuel pour un trouble psychiatrique, 2% seulement acceptent un suivi sur site malgré l’importance des moyens mis à disposition, et moins de 1% un référencement dans une structure spécialisée en santé mentale.
Conclusion – Bien que probablement sous-estimées, les prévalences retrouvées sont élevées, et alarmantes
chez les femmes. Des ajustements du dispositif de soin sont sans doute nécessaires.
1- Le projet de recherche Icone, pour « Intervention communautaire en vue d’éliminer le VHC parmi les personnes qui utilisent des drogues. Étude d’implémentation dans les villes de Paris, Marseille, Lyon et Fort de France » a été déployé par l’ANRS Maladies infectieuses émergentes, anciennement Agence nationale de recherches sur le Sida (agence autonome de l’Inserm).
• Prévalence des troubles psychiatriques chez les hommes et femmes faisant usage de crack à Paris (Étude ANRS-Icone 2) : nécessité d’une adaptation de l’offre de soins, Laurent Michel et al., Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 6 janvier 2026, n°1, en téléchargement sur le site de Santé publique France.









