Cocaïne : un impact sanitaire et social préoccupant

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Avec cette expertise collective ciblée, l’Inserm dresse un état des lieux actualisé et contextualisé des usages de cocaïne en France, en forte augmentation, et de leurs conséquences. Chez les usagers, l’étude souligne un effet avéré des troubles psychiatriques sur les risques d’addictions au produit. Du point de vue de la santé publique, les experts recommandent de « passer d’une approche purement répressive à une stratégie globale ».

Dans un contexte global de hausse de la consommation, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) et le ministère de la Santé ont sollicité l’Inserm afin de conduire une expertise sur la cocaïne. L’enquête se fonde sur l’analyse de la littérature scientifique internationale (plus de 2 600 références examinées) par un groupe pluridisciplinaire d’experts dans divers domaines (épidémiologie, sociologie, économie, addictologie…). L’objectif des travaux était « d’identifier dans un délai raccourci les stratégies et les actions les plus efficaces, ou les plus prometteuses, en matière de prévention, de réduction des risques et des dommages, de prise en charge et d’accompagnement social« .

Qui consomme et comment ?

L’Inserm fait le constat général d’une augmentation de la consommation de cocaïne en forte hausse, en France et dans le monde. « Si le cannabis reste la substance la plus consommée dans le monde, la cocaïne effectue une percée avec une estimation à 22 millions de personnes qui consomment en 2021, ce qui s’explique notamment par la baisse des prix et l’augmentation de la pureté de la cocaïne ». Cette augmentation est particulièrement notable « en Europe » et la France « occupe la sixième place en Europe avec l’Espagne en matière d’usage dans la population des 15-34 ans ». 

« En France, la consommation de cocaïne a fortement augmenté en population générale, passant de 1,8 % en 2000 à 9,4 % en 2023 pour l’expérimentation au moins une fois au cours de la vie. Les 25-34 ans sont les plus touchés, avec 5,4 % d’usagers récents. La polyconsommation est fréquente, avec 61 % des usagers consommant également de l’alcool ou des opioïdes et les motivations de consommation multiples : recherche de performance, gestion du stress, ou usage récréatif, notamment en milieu festif où 42 % des festivaliers consomment de la cocaïne ». Chez les jeunes, l’expérimentation de la cocaïne a diminué ces dernières années, passant de 2,8 % en 2017 à 1,4 % en 2022 à 17 ans selon l’enquête nationale Escapad, mais elle reste inégalement répartie selon le statut scolaire, avec 4,4 % des jeunes non scolarisés qui ont déjà expérimenté la cocaïne, contre seulement 0,9 % en lycée général. Les garçons restent plus concernés que les filles, bien que l’écart se réduise », note encore l’Inserm.

Les demandes de prise en soins pour des problèmes liés à la cocaïne « ont doublé entre 2015 et 2019 avec des délais d’attente de 3 à 6 mois. En 2021, 11 % des patients suivis dans les Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) consommaient de la cocaïne, souvent en polyconsommation. La durée moyenne entre la première consommation et la première consultation est actuellement de 13 ans pour les usagers présentant des troubles de l’usage »

Facteurs de risques : un effet avéré des troubles psychiatriques 

S’agissant de la susceptibilité génétique d’un individu à développer des troubles de l’usage de la cocaïne, les données existantes « sont peu robustes car elles concernent des échantillons trop faibles de personnes et des travaux de recherche fondamentale sur la transmission intergénérationnelle sont nécessaires. L’étude met en revanche en avant la corrélation entre la présence chez la personne consommatrice de troubles psychiatriques (stress post-traumatique, trouble de l’humeur, trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité/TDAH…) et « l’augmentation du risque de troubles de l’usage ». Le constat de différences entre les femmes et les hommes vis-à-vis des troubles de l’usage « a été associé à la fois à des causes physiologiques en lien avec le sexe biologique et à des déterminants sociaux liés au genre. De manière générale, les experts précisent que l’usage de substances psychoactives et les troubles de l’usage de ces substances sont d’origine multifactorielle, avec un modèle communément admis d’une relation tripartite entre une substance, un individu et un environnement ».

Pistes thérapeutiques

Après un rappel des risques avérés pour le consommateur, l’Inserm propose des pistes thérapeutiques et de prises en charge. Il n’existe pas encore de médicament dédié avec autorisation de mise sur le marché pour la dépendance à la cocaïne, mais certaines pistes sont prometteuses, note l’étude. Des recherches explorent le potentiel de la NAC (N-acetyl-cystéine) « qui a montré un potentiel intéressant pour réduire l’intensité du craving dans plusieurs essais cliniques » mais nécessite « des études complémentaires ». Quant au « topiramate », il a montré « une efficacité sur le nombre maximal de jours sans consommation de cocaïne et sur la diminution de l’intensité du craving, mais présente une balance bénéfice-risque peu favorable »

« Plusieurs pistes thérapeutiques sont également en cours d’étude contre les troubles de l’usage et/ou pour réduire ou arrêter la consommation comme la kétamine, le méthylphénidate (spécifiquement pour les personnes TDAH qui sont plus susceptibles de développer des troubles de l’usage), les psychédéliques (en particulier la psilocybine), ou le bupropion (un anti-dépresseur) qui font partie des pistes médicamenteuses explorées. En complément des traitements médicamenteux, les approches psychothérapeutiques, telles que les thérapies cognitivo-comportementales et les entretiens motivationnels, restent essentielles »

L’efficacité de l’incitation motivationnelle – qui vise à « récompenser » une modification de comportement pour la renforcer – a déjà été montrée dans des études au Brésil et aux États-Unis, avec un effet positif corrélé à la valeur de la « récompense » (ou « renforçateur »). En France, elle a été étudiée à travers l’expérience Tapaj (Travail alternatif payé à la journée) qui a montré à la fois une efficacité significative dans l’amélioration de l’accès aux soins de personnes qui utilisent des drogues vivant en situation de précarité et une diminution de 30 % de la délinquance. De telles approches peuvent être couplées aux programmes de type « chez soi d’abord » (Housing First) qui, en proposant des hébergements adaptés aux personnes en situation de sans-abrisme et qui consomment de la cocaïne, permettraient de réduire les hospitalisations de moitié. 

L’Inserm présente pour finir une série de recommandations pour les pouvoirs publics. L’expertise préconise notamment de passer d’une approche purement répressive à une stratégie globale reposant sur quatre leviers :

  • Réduction des risques (RdRD) : Déployer davantage de « Haltes Soins Addictions » (HSA) pour sécuriser les consommations et orienter vers les soins.
  • Prévention ciblée : Développer des programmes par les pairs et des services numériques pour atteindre les populations insérées.
  • Politique pénale repensée : Recentrer la répression sur les trafiquants de haut niveau plutôt que sur les usagers.
  • Insertion : Renforcer les programmes de logement et d’accès au travail.

Plus d’infos sur le site de l’Inserm

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