Les seniors reçoivent trop souvent des prescriptions inappropriées de benzodiazépines

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Malgré une tendance à la baisse, les prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines restent élevées chez les seniors, en particulier chez les personnes atteintes de pathologies psychiques ou neurovégétatives, selon une nouvelle étude de l’Irdes. Pour cette population, développer des alternatives non médicamenteuses est une approche prometteuse mais qui rencontre des freins.

Pour les personnes âgées, l’usage prolongé des benzodiazépines, couramment prescrites en tant qu’hypnotiques ou anxiolytiques, est associé à une augmentation des effets indésirables, tels que les troubles de la mémoire et les chutes. Basée sur les données du Système national des données de santé (SNDS), cette nouvelle étude, publiée dans Questions d’économie de la santé, considèrent les prescriptions en ville des personnes âgées, remboursées par l’Assurance maladie entre 2012 et 2022. Les auteurs explorent les variations en fonction du profil de la personne âgée (sexe, âge, maladies chroniques), du médecin prescripteur et du territoire, afin de caractériser celles qui sont associées à des prescriptions potentiellement inappropriées.

A l’occasion de la parution de cette étude, l’Irdes propose une interview des auteurs sur son site. Extraits.

Concernant le niveau de prescription de benzodiazépines chez les séniors, comment se situe la France par rapport aux autres pays de l’OCDE ?

Pour comparer des consommations de médicaments entre pays, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise l’indicateur de la consommation en dose par jour « Defined Daily Dose » (DDD). En France, la consommation de benzodiazépines chez les personnes âgées de 65 ans et plus a diminué au cours des dernières années : elle est passée de 138 DDD/jour pour 1000 habitants en 2012 à 101 DDD/jour en 2022. Cette baisse est comparable à celle constatée dans les autres pays européens sur la même période et pour les mêmes tranches d’âge. (…)

• Dans quels contextes observe-t-on davantage de prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines ?

Les personnes atteintes de troubles psychiques ou de maladies neurodégénératives ont les taux de prescriptions potentiellement inappropriées les plus élevés (entre 30 % et 53 %). Autre distinction : les prescriptions dans ces populations baissent très peu entre 2015 et 2022, et ont même tendance à augmenter chez les personnes atteintes de déficience mentale. (…)
En outre, d’importants écarts de pratique ont été observés selon les profils des médecins généralistes. Les prescriptions potentiellement inappropriées s’observent davantage chez les médecins hommes plus âgés. Nous avons également mis en évidence une concentration de bassins de vie avec des taux standardisés plus élevés dans certains territoires comme la Bretagne, le Nord de la France, le Limousin, la Champagne-Ardenne, la Gironde ou le littoral du sud de la France. Ces variations sont associées à des différences de niveaux socio-économiques des populations, mais également à des différences d’accessibilité à l’offre médicale, notamment aux médecins généralistes. Plus l’offre est importante, plus le niveau de prescription est élevé.

• Quelles seraient les pistes à suivre pour améliorer les bonnes pratiques en matière de prescription ?

D’une part, continuer à sensibiliser les médecins, mais également le grand public, sur les risques liés à la prescription de ces médicaments ; d’autre part, encourager à suivre les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) pour traiter les troubles de l’anxiété et du sommeil. Il s’agit notamment de privilégier les approches non médicamenteuses et, en cas de prescription, de planifier d’emblée la stratégie de déprescription, afin que le traitement ne dépasse pas trois mois.
S’agissant des personnes atteintes de maladies neurodégénératives ou de troubles psychiques, trois sociétés savantes ont récemment souligné les obstacles à la mise en œuvre d’interventions non médicamenteuses telles que la musicothérapie, l’activité physique adaptée ou encore la formation et l’éducation thérapeutique. Parmi les freins identifiés figurent le manque de personnel, mais aussi la question du niveau de preuve de leur efficacité. (…)

3 questions à… Anne Penneau, Sylvain Pichetti et Marc Perronnin, à l’occasion de la parution du Questions d’économie de la santé n° 304, lire l’intégralité en ligne.

Les prescriptions potentiellement inappropriées de benzodiazépines chez les séniors restent élevées, Anne Penneau, Sylvain Pichetti, Marc Perronnin (Irdes), Questions d’économie de la santé, n°304, janvier 2026, en téléchargement sur le site de l’Irdes.

Image : Pexels-Alexavier Rylee Cimafranca