« Un leg à la discipline » : avec cette thèse en soins infirmiers, Benjamin Villeneuve (ci-dessus aux RSP), infirmier, formateur et à présent Docteur en soins infirmiers, souhaite inciter ses pairs à se lancer dans la recherche. Il faut « briser les plafonds de verre ! », précise-t-il sur Linkedin. Son travail porte sur l’émergence de l’empowerment psychologique chez les infirmiers de secteur psychiatrique.
Infirmier expérimenté, formateur au Grieps, chercheur associé dans deux laboratoires de recherche en Suisse et au Canada, président de l’Association pour le développement de la recherche en soin en psychiatrie (ADRPsy), membre du comité scientifique des Rencontres soignantes en psychiatrie, Benjamin Villeneuve a soutenu le 16 janvier à l’Université d’Ottawa sa thèse en soins infirmiers intitulée « Empowerment psychologique chez les infirmières et infirmiers de secteur psychiatrique français (1969-2000) – Une histoire par le bas », aboutissement d’un important travail de recherche historique. Sa thèse a été « nominée » par le Jury, recommandation exceptionnelle qui salue la richesse et la rigueur du travail de recherche. Benjamin Villeneuve rejoint ainsi le cercle restreint des Docteurs français en sciences infirmières.
Résumé de l’auteur
Inscrite dans un contexte historiographique où la profession infirmière en psychiatrie demeure largement occultée, cette recherche vise à restituer les trajectoires singulières d’ISP en s’ancrant dans l’exemple institutionnel de l’hôpital Sainte-Marie de Clermont-Ferrand. Mobilisant une approche interdisciplinaire articulant l’histoire sociale, la sociologie et la psychologie communautaire au sein des sciences infirmières, elle s’inscrit dans une perspective d’history from below, attentive aux formes d’expression subalternes du pouvoir d’agir.
L’enquête repose sur une analyse croisée de récits de vie, d’archives institutionnelles, de documents personnels et de matériaux professionnels issus du terrain. Le cadre théorique de l’empowerment psychologique, tel que formulé par Marc Zimmerman, est mobilisé de manière critique pour analyser les dynamiques d’autonomisation professionnelle élaborées par les ISP dans un contexte institutionnel en mutation profonde au coeur de la politique de sectorisation psychiatrique française.
Les résultats mettent en évidence la diversité, la complexité et la portée historique des stratégies infirmières visant à conquérir une reconnaissance professionnelle, à expérimenter des pratiques cliniques alternatives et à structurer des formes collectives d’organisation autonome. Ces dynamiques, historiquement situées, permettent de nuancer les représentations dominantes d’une profession cantonnée à un rôle d’exécutante, soumise aux logiques médicales et gestionnaires. Par ailleurs, l’étude souligne que la disparition du diplôme spécifique des ISP en 1992 constitue un moment charnière, perçu à la fois comme une perte symbolique d’autonomie et comme une opportunité de recomposition identitaire collective. En interrogeant la fécondité du cadre de l’empowerment psychologique dans le champ spécifique de la psychiatrie infirmière française, cette thèse propose une lecture située, critique et historiquement ancrée du pouvoir d’agir infirmier. Elle contribue à la consolidation d’une histoire infirmière francophone, tout en éclairant les tensions contemporaines liées à la redéfinition du rôle infirmier en psychiatrie.
Photo : Benjamin Villeneuve communique aux Rencontres soignantes en psychiatrie le 14 octobre 2025. Cette intervention fait l’objet d’un article dans le numéro 304 de santé mentale, à paraître fin février 2026. © Santé mentale









