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Améliorer les savoirs infirmiers

Quels sont les savoirs des infirmiers en psychiatrie ? Une recherche en sciences de l’éducation montre qu'ils maîtrisent plutôt bien les données sur les symptômes, les maladies, les traitements psychotropes… mais butent sur tout ce qui concerne les savoirs liés à l’histoire et la culture de la psychiatrie, l’environnement du patient, autant de critères d’un modèle de la santé propice à une approche holistique du soin. Ces données font apparaître des pistes pour améliorer la transmission des savoirs infirmiers. Benjamin Villeneuve, cadre de santé, présente les résultats de sa recherche.

Cadre de santé dans une unité de soins sans consentement, je constate quotidiennement les difficultés des infirmiers sur le terrain. Malgré leur investissement, l’extraordinaire complexité des troubles psychiques et leurs conséquences les confrontent à des sentiments d’impuissance et d’incompréhension.

Cet amer constat est à imputer, en grande partie, aux carences qualitatives et quantitatives de l’enseignement de la psychiatrie en Instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi). Sur le plan purement quantitatif, rappelons que depuis 1992 (la fin du diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique), le nombre d’heures consacrées à cet enseignement théorique enregistre une perte de près de 900 heures. C’est pourquoi, dans le cadre de mon mémoire en Master 2 (1), mes recherches se sont focalisées sur l’identification, le questionnement, la valorisation des connaissances et l’utilisation de celles-ci, par les infirmiers en psychiatrie. Un questionnaire théorisé et référencé, distribué à 102 infirmiers de tous secteurs de psychiatrie, a constitué l’outil d’enquête.

En ce qui concerne les connaissances, le taux de conformité des réponses obtenues reste correct (62 %), mais laisse apparaître une marge de progression non négligeable. L’analyse fine des résultats montre cependant une disparité importante entre les connaissances dites biocuratives (76 %, soit + 14 points) et celles liées à l’accompagnement du patient dans sa globalité (49 %, soit - 13 points). En effet, les infirmiers maîtrisent plutôt bien les données sur les symptômes, les maladies, les traitements psychotropes… mais butent sur tout ce qui concerne les savoirs liés à l’histoire et la culture de la psychiatrie, l’environnement du patient, autant de critères d’un modèle de la santé propice à une approche holistique du soin. Les répondants évoquent par ailleurs le sentiment d’une formation initiale insuffisante (93 %), source de grandes difficultés, avec comme seul support à leur pratique, la formation professionnelle. Ce dernier point offre une perspective intéressante avec la construction de contenus pédagogiques axés sur la phénoménologie pour rééquilibrer les savoirs et permettre aux infirmiers en psychiatrie de se réapproprier leur identité.

L’Identification, le questionnement et la valorisation des connaissances et des savoir-faire des infirmiers en psychiatrie. Résultats d'enquête. B. Villeneuve, Mémoire de master 2, disponible en pdf. Contact : villeneuve660@gmail.com


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