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Un GEM de geeks ?

Pour garder le contact entre membres du Groupe d'entraide mutuelle (GEM), il n’ait pas forcément besoin de créer de nouveaux dispositifs, il suffit de perfectionner ce qui existait déjà. Au GEM Passe-Muraille de Gap, un « groupe privé » sur Facebook permet de continuer à prendre soin les uns des autres… 

Au GEM Passe-Muraille de Gap, les repas partagés constituent quasiment une institution. L’été, dans le jardin de nos locaux, nous nous retrouvons souvent rassemblés à plus de vingt convives. Chacun ramène quelque chose, on rajoute une grosse pincée d’imagination, et ça bruisse, ça papote, ça pluche, ça mitonne dans la cuisine. L’un nettoie les tables, l’autre la dresse. Un défilé de fourmis laborieuses transporte verres, assiettes, carafes, couteaux et fourchettes vers la table promise. On y mange autant qu’on y discute. De sujets futiles ou sérieux, c’est selon l’humeur du moment. Les silencieux n’en perdent pas une miette. Le temps file ainsi. Riche de silence, de propos définitifs, de phrases commencées jamais terminées, de peut-être et de sûrement. 

L'hiver, les repas sont moins courus. Ce 31 janvier, nous étions neuf. Les membres du Conseil d’Administration et Colette, l’animatrice. Pierre avait préparé ses fameuses spaghettis à la bolognaise, Julie un gâteau végan, et Cyril une pizza. Bientôt rejoints par les amateurs de café. La conversation languissait. José, notre spécialiste de l’informatique, faisait le bilan des avancées de la commission informatique qu’il avait constitué avec Thierry et Mohamed. Leur but était de permettre aux Gémiens de se familiariser avec Internet et ses subtilités ou à défaut de les aider à accomplir leurs démarches. José trouvait que ça n’avançait pas très vite que les résistances au changement étaient nombreuses. Il suffit parfois de peu de choses pour qu’une idée généreuse ne devienne un zest tyrannique. Je le tempérais donc mollement. 

« On est quand même quelques-uns à avoir notre page Facebook, intervint Florent.
– Pas tant que ça, répliqua José.
– Voyons, dis-je.
– Gérard, Claire, Thierry, Stéphane, Pascale-Marie, toi José, Armelle, Mohamed, Nadine, Annick, Isabelle, Pierre…, commença à énumérer Colette.
– Nous sommes plus de quinze, ponctuais-je.
– Sur 40 adhérents, c’est pas mal », souligna Pierre.

J’étais plutôt d’accord avec lui.  

Il est classique de relever que la fracture numérique affecte particulièrement les personnes qui souffrent de troubles psychiques. Le constat est probablement juste. Le GEM de Gap semble même faire figure d’exception. J’en discutais récemment avec Stéphane Jaffrin, un des plus fins connaisseurs des GEMs en France, qui abondait dans ce sens. On peut bien sûr y voir l’effet du travail de la commission informatique. Toujours est-il que la moitié de nos adhérents a une page Facebook et se sert d’un ordinateur ou d’un smartphone. 

Une page privée pour les  gémiens connectés

Quand nous avons dû fermer le GEM au moment du confinement, ce repas me revint en mémoire. José y avait réfléchi de son côté aussi. Entre temps, il avait remis en route le site du GEM qui était en sommeil depuis le décès de l’ancienne présidente et créé une page Facebook ouverte au public, « Gémiens de Gap ». 

« On pourrait créer un groupe privé pour les Gémiens qui ont Facebook.
– José, je pensais à un truc comme ça,  mais quelle serait la différence avec la page déjà existante ?
– Ben, la page Facebook est une page personnelle, accessible à tout un chacun, le groupe privé serait uniquement réservé aux Gémiens. Un espace pour eux. Pour échanger entre eux. Il n’y a que toi et moi qui pouvons mettre des post sur la page personnelle. A l’inverse, chacun pourrait contribuer directement au groupe privé. On pourrait y proposer des jeux, donner les recommandations utiles aux Gémiens …
– Pierre pourrait y présenter ses recettes de cuisine ?
– Oui, entre autres. 
– Directement sans passer par toi ou moi ?
– Directement.
– Faisons l’essai. »

Marabout, bout de ficelle

C’est ainsi que fut créé le Groupe fermé Facebook Passe-Muraille Gap. Les compétences de José firent merveille. Le groupe comprend actuellement 18 membres, dix d’entre eux y interviennent régulièrement. On y trouve les coordonnées des plateformes d’écoute et de soutien psychologique en ligne, la  liste des opticiens disponibles pour la réparation et le changement des lunettes, des informations qui ne concernent que les adhérents, les statuts et le règlement intérieur du GEM, les copies des numéros du journal du GEM, les attestations de déplacement dérogatoire avec des conseils pour les remplir. C’est la partie sérieuse de la page. L’espace « papotage » permet d’avoir des nouvelles des uns et des autres et notamment de ceux qui n’ont pas Internet : « Nous sommes en contact de temps en temps avec Jacques, Isabelle, Hélène, Florent, Alexandre, Delphine, Christophe et Dominique. Nous nous occupons aussi de nos deux chatons : Orso et Biscotte ». On y annonce les visio-conférences et en faisons un compte-rendu : « La qualité technique de la conversation était en dents de scie, son parfois saccadé. Par contre, les images sont restées correctes. (…) Nous avons pris des nouvelles des uns et des autres. Globalement ça va mais parfois certains gémiens ressentent le poids du confinement. » Pour lutter contre ce sentiment, différents jeux sont proposés, avec des fortunes diverses : charades, paysages à identifier à partir de morceaux d’image, abécédaire, marabout…

Le GEM n’est pas un lieu de soins mais on y prend soin les uns des autres. Les uns des autres et du collectif. Nous  n’y sommes pas centrés sur la maladie. En ce sens, la clinique n’y a pas sa place. Chacun est invité comme José, Pierre, Christophe, Julie et Florent à mettre ses compétences au service du groupe. Le groupe Facebook privé est à l’image du Gem lui-même : un espace vivant qui favorise les interactions entre ses membres. Il n’est pas une panacée mais un moyen de plus de se rassembler et de mettre nos ressources en commun. Il a sa place avec les appels téléphoniques réguliers, l’atelier poésie, le deal avec radio Pinpon et tous les dispositifs qui s’inventent au fur à mesure. Il n’est pas une création ex nihilo mais s’inscrit dans un déjà-là.  

Dominique Friard


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