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Suicide et travail : quels liens ? Comment prévenir ?

Pour son 4e rapport, l'Observatoire du suicide apporte des éclairages académiques, statistiques et juridiques sur les suicides liés au travail et au chômage. Il éclaire les liens avec la situation professionnelle et la santé mentale et propose des pistes pour améliorer le recueil des données et la prévention. Synthèse de V. Carrasco, M. Carrière, D. Desprat et V. Ulrich (Dress).

Si la thématique du suicide est amplement étudiée, les connaissances sur le suicide lié au travail et l’étude des professions les plus touchées par ce phénomène restent parcellaires, alors même que la préservation de la santé mentale au travail est devenue une priorité pour les pouvoirs publics et les acteurs du domaine. Des travaux complémentaires sont donc indispensables pour comprendre si et com-ment le travail est susceptible d’augmenter le risque suicidaire. Il est également important de combler le manque d’études sur les liens entre le suicide, la perte d’un emploi et la situation de chômage.

Face à une actualité relatant régulièrement des suicides de personnes sur leur lieu de travail ou de chômeurs, faire progresser les savoirs est primordial. Dans le présent rapport, l’Observatoire national du suicide (ONS) se penche sur ces questions pour réfléchir à des pistes d’études et aux progrès possibles des données disponibles. Les limites des systèmes d’information sont en effet manifestes lorsqu’il s’agit d’appréhender et de mesurer la nature et l’ampleur des liens entre la situation professionnelle des personnes et le risque suicidaire. Ces limites sont notamment liées à l’absence de données sur le lieu de survenue des suicides et à la difficulté d’imputer les gestes suicidaires au travail ou au chômage.

Dans ce contexte, l’Observatoire rappelle que le suicide est par nature multifactoriel et ne trouve pas son explication dans une cause unique. Le rôle joué par les conditions de travail ou un épisode de chômage dans le suicide d’une personne est difficile à isoler. Toutefois, il est désormais bien documenté que des facteurs liés à l’organisation du travail ou certaines pratiques de management peuvent engendrer des conditions de travail stressantes et créer des risques psychosociaux. Malgré ce résultat clairement établi par les travaux de recherche en sciences sociales, la complexité du processus suicidaire ne permet pas pour autant d’établir un lien de causalité direct entre le travail et le suicide. Un petit nombre d’études recense les décès par suicide enregistrés dans des pro-fessions spécifiques et calcule un ratio entre ce nombre et les décès par suicide dans la population générale. L’Observatoire souligne que ce calcul de surrisque de mortalité par suicide est fragile. Toutefois, la mise en évidence d’une surmortalité par suicide, dans une profession ou une entreprise donnée, doit alerter sur l’exis-ence potentielle de risques psychosociaux importants pouvant conduire au suicide et appeler à la mise en œuvre d’une prévention dédiée.

De la même manière, il reste difficile de valider un lien de causalité direct entre le chômage et le suicide, tant les mécanismes pouvant conduire un chômeur à se suicider sont méconnus. L’Observatoire rappelle enfin que la vulnérabilité individuelle ne peut pas être invo-quée comme unique déterminant des suicides de professionnels ou de chômeurs. Si le travail et le chômage sont rarement le motif unique, ils peuvent être en cause dans le processus conduisant une personne à tenter de mettre fin à ses jours, en raison de la place importante de l’emploi et du travail dans la vie et l’identité des personnes.

Prenant en compte ces connaissances avec leurs limites, l’Observatoire préconise de poursuivre l’amélioration du recueil des données, administratives et statistiques, sur les pensées suicidaires, les tentatives de suicide et les suicides. Comme le premier rapport de 2014 l’avait recommandé, il importe de renforcer la participation des services de médecine légale en tant qu’acteur de la surveillance des suicides, afin d’enrichir les remontées d’information sur les causes de décès. Le perfectionne-ment du codage des tentatives de suicide dans les bases d’information hospitalière s’avère également une priorité. Concernant plus spécifiquement le lien avec le travail et le chômage, l’Observatoire considère que doivent être développés des travaux visant à démêler les interactions complexes entre les risques psychosociaux, les troubles de la santé mentale et les risques suicidaires. De même, les contextes dans lesquels les problèmes de santé mentale et les difficultés associées au vécu du chômage interagissent avec les risques suicidaires gagneraient à être davantage décrits. Pour ce faire, des données d’enquêtes longitudinales retraçant des trajectoires de santé et des parcours pro-fessionnels méritent d’être mobilisées. L’appariement de sources administratives regroupant des données de santé et des données sociodémographiques, comme l’EDP-Santé (échantillon démographique permanent), et la mise en place d’un système de recueils d’informations sur les suicides liés au travail, comme celui initié par Santé publique France avec les instituts de médecine légale, doivent être soutenus et pleinement exploités. 

Suicide : quels liens avec le travail et le chômage ? Penser la prévention et les systèmes d’information, Observatoire national du suicide - 4e rapport / juin 2020

 


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