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Retour sur la journée : « Du rôle autonome infirmier aux pratiques avancées en psychiatrie »

Dominique Friard, infirmier, revient sur la journée du CHS de Sevrey consacrée aux IPA et à leur bagage clinique. Elle a permis de définir leur rôle, leur fonction et la place qu’ils peuvent occuper au milieu des autres acteurs du soin en psychiatrie.

En rentrant chez moi, ce 29 novembre 2019, je pensais à cette phrase de Confucius : « Au lieu de se plaindre de l’obscurité, mieux vaut allumer la lumière ». C’est ce qu’avaient fait Sylvie Boudot, Coordinatrice Générale des soins, et Stéphane Moriconi, Infirmier Spécialiste Clinique, tous deux au CHS de Sevrey, près de Chalons-Sur-Saône (71). Les journées de formation consacrées aux Infirmiers de Pratiques Avancées (IPA) tendent à se multiplier. Certains se réjouissent un peu benoîtement, d’autres critiquent presque par principe. Peu élargissent le propos. Dans l’idée de Sylvie et de Stéphane, il y a un mouvement qui part du rôle autonome infirmier et du raisonnement qui lui sert d’appui pour aller questionner les pratiques avancées en ce qu’elles pourraient ou devraient avoir de clinique, notamment en psychiatrie.

Convergence des raisonnements cliniques

La table ronde organisée en début d’après-midi illustrait parfaitement cette volonté de se nicher au cœur de ce qui nous constitue en tant que soignant tout en s’ouvrant aux autres professionnels du soin et à leur manière de penser leurs interventions. Monique Ostermeyer, infirmière spécialiste clinique, Séverine Ragot, ergothérapeute, Nicole Guidot, psychiatre, et Claudine Fuya, psychologue clinicienne y échangèrent sur la convergence des raisonnements cliniques. La proximité des modes de pensée entre les unes et les autres y apparut de manière flagrante. Toutes partaient de l’observation (participante de fait pour chacune) pour aller vers une certaine forme d’analyse sémiologique qui impliquait à la fois un certain nombre de feed back et des hypothèses cliniques. Un certain nombre de différences apparurent. L’ergothérapeute insista sur la nécessité de penser une relation médiatisée par l’objet : « je dois penser ce qui se passe entre moi et l’objet, entre l’objet et le patient et entre le patient et moi ». La psychiatre subvertit elle-même le raisonnement clinique classique en pointant que son rôle n’était pas simplement de réduire voire d’éradiquer les symptômes mais de faire place en elle à ce qui lui échappe, à ce qui fait la singularité de chaque rencontre. La psychologue souligna que la seule réalité qui la mobilise est la réalité psychique, qu’elle œuvre à l’autonomie de la personnalité plus qu’à celle réelle, concrète de la personne. Elle met en travail ce qui se passe dans la relation soignant-soigné autant pour ce qui la concerne elle que pour ce qui mobilise l’équipe soignante. Les échanges qui ponctuèrent des présentations brèves furent particulièrement riches vu que d’une certaine façon ce qui se donnait à voir dans cette table ronde c’était une équipe en train de penser sa pratique.   

Existe-t-il  un consensus autour des I.P.A ?

Quelle place occupent les I.P.A dans les sciences infirmières ? Comment peuvent-ils s’articuler avec cette discipline naissante en France ? Quelle part d’autonomie leur reviendra-t-elle ? Leur identité professionnelle sera-t-elle entièrement soluble dans l’identité infirmière ? Quelle sera leur plus-value ? Comment ces I.P.A. interagiront-ils avec les autres acteurs du soin dans la psychiatrie du 21ème siècle ? Ces I.P.A. posent question et aucune ne leur fut épargnée. Dan Lecoq, maître de conférences et chercheur à l’Université Libre de Bruxelles, apporta un certain nombre de réponses en observant que de multiples définitions des I.P.A. existent dans la littérature, ce  qui entretient un certain flou. En se référant à une étude effectuée pour le SIDIIEF par D. Morin, il posa un certain nombre de principes qui tendent à faire consensus au sein de la Francophonie. On peut retenir qu’existent deux types d’infirmières : les cliniciennes de pratiques avancées (pour l’instant non reconnues en France) qui pourraient faire consensus parce qu’infirmières et cliniciennes et les infirmières praticiennes (les I.P.A. telles qu’elles sont définies dans les textes français) davantage inscrites dans un registre bio-médical.

Un voyage conceptuel

Il est permis de penser que la pratique et le raisonnement clinique des zipéha seront ce que chaque professionnel en fera, comment chacun incarnera cette fonction et s’y engagera.  Le philosophe et infirmier P. Svandra ne nous affirma guère autre chose en nous présentant trois personnages conceptuels destinés à caractériser l’engagement soignant : l’ancêtre des ISP J.B Pussin (ou l’anonymat de l’agir sans trace), Guerrasime, le  valet héros de la mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï (le devoir d’être présent) et le docteur Rieux, héros de la peste de Camus (la révolte contre la mort). Il existe bien d’autres façons de s’engager. Claudine Fuya conclut cette journée à sa façon en nous invitant à penser la rencontre soignante et ce qu’elle véhicule comme matière à penser et à vivre comme une expérience émotionnelle.


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