9br cgos aout 2019

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Quel est le coût pour l’entreprise d’un suicide reconnu en accident du travail ?

A lire sur le site Miroir Social cette réflexion sur le coût d'un suicide reconnu en accident du travail
 
Le travail reste pour la très grande majorité des actifs un puissant facteur de protection de leur santé. Les personnes qui perdent leur emploi, qui sont en précarité ou au chômage depuis plusieurs mois, voire des années, sont exposées à un risque suicidaire au moins trois fois plus élevé que celles qui demeurent en activité.

Un suicide constitue l’acte volontaire de s’enlever la vie. Une tentative de suicide désigne l’acte d’une personne qui essaie de s’enlever la vie.
Les prochains travaux de l’Observatoire National du Suicide à paraitre en fin d’année 2019 seront consacrés à la relation entre suicide et travail. Cette analyse permettra de répondre à de nombreuses questions au sujet des crises suicidaires avec imputation professionnelle. Il y a en effet à ce jour une grande complexité et une variété des approches et des données dans laquelle il est difficile de se retrouver.  Au rang de ces questions, celle relative au nombre annuel de suicides que l’on peut imputer au travail. Le suicide étant pluri-factoriel, ce fait social n’a jamais fait l’objet d’une étude rigoureuse et spécifique d’ampleur nationale à partir du prisme de l’activité professionnelle.
L’on sait que le nombre de suicides oscille en France autour de 10 000 victimes chaque année pour plus 220 000 tentatives de suicides qui donnent lieu à un passage aux urgences. Chaque jour entre vingt et trente personnes disparaissent en raison d’un suicide. En France le suicide est une cause de décès plus importante que les accidents de la route. Notre pays avec un taux élevé de décès à la suite d’une crise suicidaire, proche de 15 pour cent mille habitants, accuse un retard sur les autres nations européennes. Ces dernières sont beaucoup moins exposées à ce fléau. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classait la France 47 ème sur 170 pays en 2012.
Les connaissances sur le suicide en rapport avec l’activité professionnelle sont encore limitées sur le plan statistique. Seule une étude en 2002 menée par les médecins du travail en Normandie a montré que le travail peut conduire des dizaines de personnes à passer à l’acte. A ce jour il n’existe pas d’étude quantitative incontestable. Les conclusions de l’Observatoire sont donc fort attendues par les préventeurs, ce d’autant que d’autres problématiques devraient être embrassées par cette livraison. Celles par exemple portant sur les conséquences d’un plan social ou encore  du chômage de longue durée autant de causalités méconnues de passage à l’acte suicidaire.  
Il convient de rappeler que l’Observatoire National des Suicides a été créée pour 5 ans, en 2013, par le Ministre de la Santé de l’époque Mme Touraine. Il a été reconduit l’an passé par le ministère de la Santé. Cette création n’a pas été sans difficultés tant les élites dirigeantes demeurent dans l’évitement de ce problème majeur de santé publique depuis des décennies. A l’origine de cette initiative, le professeur de médecine légale et psychiatre Michel Debout qui, dès 1992, avait avancé ce moyen pour prévenir les suicides.
En 2011 après la tragédie des crises suicidaires « en grappes » survenues dans les grandes entreprises françaises, le cabinet Technologia qui avait été mobilisé fortement sur ces crises humaines et sociales avait proposé au Ministre de la santé et du travail Xavier Bertrand de mettre en œuvre cet observatoire. Technologia avait constaté le manque cruel de données et de statistiques pour traiter ces grandes crises humaines et sociales. Mal conseillé le ministre de la Santé et du Travail avait refusé cette création. Technologia avec bon nombre d’experts, de soignants et d’intellectuels au premier rang desquels Michel Debout, avait été contraint de lancer « l’appel dit des 44 » qui reprenait cette exigence d’un outil de connaissance afin de mieux prévenir les passages à l’acte suicidaire. Des milliers de signataires s’étaient alors levés de manière responsable pour exiger cette création afin de mieux connaitre ce fait social majeur comme l’avait écrit dès 1897 Emile Durkheim dans son œuvre « le suicide ». Désormais tout le monde souligne l’importance des travaux de cet Observatoire qui favorise la mise à niveau de la connaissance en vue de la prévention.
Le travail protège donc. En revanche, les spécialistes savent que dans certaines situations  telles que l’hyper stress, le stress post traumatique, l’incertitude sur l’emploi, l’épuisement professionnel, le harcèlement ou les violences morales et/ou sexuelles, l’éloignement familial professionnel prolongé …Dans ces cas, le travail perd son caractère protecteur et peut précipiter la personne qui souffre trop dans un acte suicidaire.
Le suicide peut alors sous certaines conditions être reconnu en tant qu’accident du travail.

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Jean-Claude Delgenes est économiste de formation. Ancien chargé de mission au ministère de l'Industrie, il a fondé en 1989 Technologia, un cabinet spécialisé dans la prévention des risques professionnels et notamment, depuis quelques années, des risques psychosociaux.


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