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Psychiatrie et Radicalisation : le rapport de la Fédération Française de Psychiatrie

La Fédération Française de Psychiatrie (FFP) met en ligne le rapport de son groupe de travail "Psychiatrie et radicalisation"

Bien qu’ils aient fait l’objet d’un nombre conséquent de travaux de toute nature, les phénomènes de radicalisation restent encore insuffisamment connus ; les facteurs qui les influencent s’inscrivent dans des champs très différents (sociologique, politique, religieux, psychiatrique…). Un point commun à ces différents champs : il n’est pas rare qu’ils évoquent plus ou moins explicitement un lien étroit entre clinique psychiatrique et radicalisation alors même que ce lien est contesté par les cliniciens chez lesquels la radicalisation est tout au plus un épiphénomène. C’est cet écart qui a incité la Fédération française de Psychiatrie à proposer au Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation (CIPDR) de créer un groupe de travail pour savoir quelle est la réalité? de cette clinique si elle existe et envisager quels seraient les modèles qui permettraient de mieux comprendre cette dimension du phénomène et les conséquences que l’on pourrait en tirer pour lui apporter des réponses adéquates.
Sur la base de ces savoirs, l’objectif fixé était de pouvoir aboutir à l’élaboration d’un programme de formation à destination des professionnels de la santé mentale et des autres professionnels engagés dans le suivi des jeunes radicalisés.

Conclusions
La « radicalisation » est un phénomène complexe et multifactoriel qui nécessite d’être mieux défini et délimité pour en favoriser une étude plus opérationnelle. Ce phénomène est de plus très changeant, comme le soulignent plusieurs auteurs qui font référence à la théorie de la « niche écologique » de Ian Hacking : « Conditions qui permettent à une épidémie sociale et psychologique d’éclore et de se développer dans un espace culturel et historique donné, puis de s’éteindre » (Hacking, 2002a).
Cependant, on peut observer des convergences si l’on rassemble ce que dit la littérature sur la radicalisation telle qu’elle a été publiée en France entre 2014 et 2019. Cette convergence concerne la diversité du phénomène, des populations concernées et des ressorts sous-tendant la radicalisation. Tout en confirmant ce constat, le présent travail a permis de faire quelques avancées complémentaires :
- Distinguer des sous-catégories au sein des catégories génériques que sont radicalisation et troubles mentaux
: en suggérant une typologie suffisamment précise pour éviter des décisions à l’emporte-pièce mais suffisamment schématique pour être opérationnelle dans l’évaluation des populations concernées. C’est une condition préalable pour étudier de façon pertinente les relations entre ces deux dimensions.
-  Prendre en compte les limites des apports des différentiations catégorielles internes à chacune de ces notions. Malgré les repères structurels qu’ils procurent en permettant d’éviter des malentendus aggravés par l’hétérogénéité des disciplines impliquées, ces différentiations catégorielles ne disent rien des processus psychologiques à l’oeuvre chez les radicalisés. En se préoccupant davantage de ces processus, notamment dans les points de transition du processus de radicalisation, l’approche psychologique des trajectoires des radicalisés est susceptible de donner un éclairage complémentaire au phénomène.
On peut certes constater en le regrettant qu’il est manifestement encore trop hasardeux de tenter de lier ces deux apports qui nous paraissent significatifs ; mais beaucoup de ceux que nous avons auditionnés souhaitent que l’on puisse y prétendre en poursuivant un travail réunissant les conditions d’une véritable pluridisciplinarité.

Recommandations
a) Mise en place d’une formation

Les données qui servent à l’établissement de ce rapport peuvent servir de base pour l’organisation d’une formation destinée aux personnels de santé mentale qui l’estimeraient nécessaires mais aussi, et peut être surtout, à destination de tous ceux qui sont amenés à se poser la question des rapports entre radicalisation et psychiatrie sans bien connaitre la psychiatrie.
 

b) Soutien à la recherche
À côté des recherches qui se poursuivent dans chacune des disciplines concernées, il parait recommandable de préconiser un soutien spécifique sur les rapports entre la Radicalisation et la Psychiatrie notamment dans des perspectives nosographiques, cognitives et psychopathologiques, en milieu ouvert comme en prison. Cet effort de recherche devra être soutenu matériellement. Mais il devra également
pouvoir s’appuyer sur des orientations claires en termes d’appels à candidatures et de cahiers des charges : à cet égard, sera en particulier nécessaire d’exiger des travaux candidats qu’ils ne s’en tiennent pas à une définition générique des dimensions qu’ils étudieront, mais s’attacheront au contraire à donner une définition opérationnelle précise aux composantes qu’ils mettront en relation.

c) Études de cas
Dans le cadre de la recherche ou de façon plus pratique, il serait utile de mettre en place un groupe de travail réunissant les conditions de confidentialité pour réaliser des analyses les plus exhaustives possible des parcours de cas des radicalisés les plus graves, sur la base des documents réunis tout au long de leur évolution (avant et après leur radicalisation dans ses différentes phases). L’objectif serait de réunir autant que possible un ensemble de données permettant d’étudier sur dossier les points d’inflexion dans ces parcours et notamment la transition vers la radicalisation et éventuellement le processus conduisant au passage à l’acte.

d) Veille documentaire
Il serait surement utile qu’elle puisse se poursuivre sous une forme ou une autre en articulation avec le CIPDR ou le Ministère de la Santé, sauf si la mobilisation dans le cadre de la recherche académique permet de remplir cette fonction.

Psychiatrie et Radicalisation - Rapport du Groupe de Travail de la Fédération Française de Psychiatrie, Pr. Michel Botbol, Nicolas Campelo, Dr Catherine Lacour Gonay, Dr Danièle Roche-Rabreau, Dr Roger Teboul, Dr Jean Chambry, Dr Michel David - Janvier 2020


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