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Les RRSpsy, le rendez-vous de la recherche en soins psy

Les 6es Rencontres de la recherche en soins en psychiatrie (RRSpsy) se sont déroulés les 23 et 24 janvier 2020. Une manifestation qui a atteint sa vitesse de croisière et contribue à faire découvrir les visages multiples de la recherche en soins. Dominique Friard, infirmier et superviseur, y a assisté avec un grand intérêt.

En psychiatrie, le soin peut s’appuyer sur une recherche vivante qui explore, et dépoussière parfois, ses différents coins et recoins. Les 6es Rencontres de la recherche en soin en psychiatrie (RRSpsy) l’ont amplement démontré. Organisées les 23 et 24 janvier 2020 à Ecully, près de Lyon, par le Centre hospitalier de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or et le GRSI (Groupe de recherche en soins infirmiers), elles ont rassemblé plus de 200 participants, souvent des fidèles, venus de toute la France et des pays francophones. Affirmons-le : en France aujourd’hui, ces journées constituent ce qui se rapproche le plus d’une faculté des sciences infirmières, hélas encore inexistante. Les intervenants, infirmiers chercheurs en travail, transmettent à leurs pairs un savoir issu de la discipline. Il serait plus juste (et moins corporatiste) de parler de sciences du soin. Nicolas Petit, orthophoniste au CH Le Vinatier (69), a ainsi présenté un poster décrivant le projet TIPI, un test informatisé destiné à évaluer les cognitions de patients avec Troubles du spectre autistique. Yannick Ung, ergothérapeute, chercheur associé au Laboratoire Cermes 3, Université Paris-Descartes, a pour sa part précisé les apports pratiques de l’ergothérapie auprès des personnes présentant des Troubles obsessionnels compulsifs, à partir d’une étude visant à identifier les stratégies  d’adaptation utilisées pour faire face aux situations de déséquilibre occupationnel.

Mettre l’accent sur la recherche

Je pourrais reprendre le programme et présenter les différentes interventions. Ce serait un peu long et fastidieux. Je buterais sur les titres des intervenants et des structures qui abritent leur recherche. Je pourrais aussi les présenter à l’oreille, en ne m’intéressant qu’aux voix des intervenants, qu’à leur accent. L’accent du sud-ouest de Philippe Delmas, docteur en sciences infirmières, qui déplore que des infirmières sous tutelle ne parviennent pas à penser leur profession d’une manière autonome (lire aussi Pratiques avancées infirmières : les occasions ratées de la profession). L’accent canadien de Jean Daniel Jacob et Amélie Perron, tous deux professeurs agrégés à l’Ecole des sciences infirmières de l’université d’Ottawa. Jean Daniel présenta un remarquable travail sur les interventions soignantes sur fond de violence. L’accent alsacien de Maryline Abt, jeune docteure ès sciences infirmières de la Faculté de Lausanne, qui présenta sa thèse consacrée aux patients hospitalisés sous contrainte (voir aussi notre article ici). L’accent pyrénéen de Benjamin Villeneuve qui explore la contribution des savoirs historiques dans la construction d’une identité professionnelle. L’accent vaudois de Gilles Bangerter et Krzystof Skuza de la Haute Ecole de Santé de Vaud, à Lausanne, dont la recherche donne des lettres de noblesse « scientifique » à l’enveloppement thérapeutique (pack) (lire aussi Mesurer les effets du packing). L’accent « neutre » des autres intervenants qui contribuent aussi à la musicalité des rencontres. La diversité des thèmes et des méthodes de recherche se perçoit d’abord à l’oreille, parfois mieux qu’à la lecture des PowerPoint.  

Le temps logique et la recherche

Le temps de la recherche n’est pas celui de l’action. Au temps de voir succède le temps pour comprendre. Le temps pour agir ne survient qu’au terme d’un long processus même si voir et comprendre ne sont pas sans effet. De nombreux travaux dont les prémisses avaient été présentées lors de précédentes éditions l’ont illustré. La recherche prend alors la forme d’un feuilleton palpitant dont on attend avec impatience l’épisode suivant. Il en va ainsi de la recherche suisse sur les enveloppements humides menés à la Haute Ecole de Santé du canton de Vaud. Initiée en 2012, elle montre aujourd’hui que l’enveloppement thérapeutique a un effet apaisant sur les patients anxieux/agités qui s’objective par plusieurs corrélats physiologiques. Elle démontre également que le sujet « désafférenté » se reconnecte avec son expérience sensorielle.

Le chercheur doit faire preuve de ténacité et bénéficier d’un dispositif institutionnel qui lui garantisse un temps suffisant pour mener sa recherche à terme. Il doit donc être stratège…

Très riche et stimulante, cette manifestation, qui contribue grandement à faire découvrir les visages multiples de la recherche en soins, s'impose comme un rendez-vous incoutournable.

 


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