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"Difficile pour des infirmiers de participer au développement des connaissances sans structures pour les supporter"

Entretien avec Jean Daniel Jacob, infirmier PhD, Directeur adjoint aux études de premier cycle, Professeur agrégé, Ecole des sciences infirmières, Faculté des sciences de la santé, Université d'Otawa. Il interviendra aux 6es Rencontres de la recherche en soins en psychiatrie les 23 et 24 janvier 2020 sur le thème "Soins infirmiers psychiatriques et mesure de contôle : interventions soignantes sur fond de violence"

Vous vous intéressez dans vos travaux aux vécus de la contrainte par les patients en psychiatrie. Pourquoi ce thème ?

Lors de mes études en soins infirmiers, et après mon diplôme, j’ai eu la chance de travailler dans divers services en santé mentale : urgence, soins aigus, suivit en communauté et psychiatrie légale. En parallèle, j’ai bénéficié d’un mentorat unique pendant lequel j’ai été initié à divers travaux critiques issus de la sociologie et de la philosophie, notamment ceux d’Erving Goffman et de Michel Foucault. Ces perspectives théoriques m’ont amené à questionner ma pratique et à analyser les multiples relations de pouvoir. Ma thèse s’est penchée notamment sur les relations infirmières-patients en psychiatrie légale, et plus précisément comment la peur module les interventions infirmières. Ce travail d’envergure m’a permis de développer une sensibilité théorique à la gestion des risques, et plus particulièrement à la question suivante : comment cette gestion se matérialise-t-elle sur le terrain ?  Bref, depuis quelques années, mes réflexions visent à comprendre comment s’articulent et se développent les soins psychiatriques, et tout particulièrement, leurs interfaces avec le droit. Cet axe de travail me porte également à explorer les structures de soins en santé mentale afin que soient mises en évidence et sous tension les problématiques relatives au contrôle social, à l’autonomie, et aux droits des personnes aux prises avec un problème de santé mentale.    

En France les sciences cliniques infirmières viennent tout juste de faire leur entrée au Conseil national des Universités (voir article "Les sciences infirmières à l'université"). Quel regard portez-vous sur nos freins et atouts pour le développement de la recherche ?

Les infirmières, tout comme les autres professionnels de santé, fondent leur pratique sur un corps de connaissance distinct. L’absence de filière académique en sciences infirmières en France est actuellement en soi un obstacle au développement de la discipline et de la profession, dans la mesure où ce cadre est essentiel à la production et au développement des connaissances infirmières. Nous connaissons tous les pressions croissantes de nos milieux de soins respectifs tant au niveau de la complexité des soins que de la gestion des ressources financières et humaines. Il est difficile de concevoir que des cliniciens puissent être en mesure de participer au développement des connaissances sans des structures pour les supporter. Je crois toutefois que l’approche privilégiée de rassemblement des acteurs de la recherche par le Groupe de Recherche en Soins Infirmiers (GRSI)  permet grâce à un solide réseau de définir la place des activités de recherche et leurs visées dans le cadre des soins infirmiers en France et ailleurs. Par l’entremise de conférences et collaborations, le GRSI est en position idéale pour entamer un travail de fond sans nécessairement être contraint par des structures institutionnelles préexistantes.


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