ODIS-C

Actualités

Ciné-débat "Les étoiles brillent aussi la nuit"

Le 7 mars à 17 heures a lieu un ciné-débat autour du film d'Anne De Giafferri, Les étoiles brillent aussi la nuit, au cinéma Paul Grimault (Aubergenville). Après la projection du court-métrage, la réalisatrice et Olivia Barasino, psychiatre au CH de Plaisir répondront au question et animeront le débat.

Etre dans la fiction et jouer avec la réalité
Les Étoiles brillent aussi la nuit est une fiction sur la maladie mentale tournée dans le réel service de psychiatrie d'un hôpital public. Les personnages sont des psychiatres, des infirmiers, des aides-soignants, du personnel administratif et des patients. À partir d'une curieuse partie de baby-foot entre infirmiers, le film pose la question de la normalité de chacun, et de notre regard porté sur l'autre. Pas de jugement trop hâtif, car tout un chacun peut soudain surprendre son entourage par une attitude étrange. Non ?

Le tournage de ce film s'est déroulé au Centre hospitalier de Bastia. C’est un choix à la fois politique et artistique. J'ai souhaité tourner dans un espace public qui se trouve vraiment au cœur de la prise en charge de la folie aujourd’hui. C’est un service d’hospitalisation libre où toutes les pathologies sont présentes. Le bâtiment du pôle psychiatrie Falconaja date des années 70. L’intérieur délabré correspond à l’image que l’on se fait du service public en général et de la psychiatrie en particulier. La confiance et le soutien des directions administrative et médicale, tout comme le personnel, m'ont permis de réaliser ce film avec sérénité, et avec le sentiment d’être dans le regard le plus juste.

Le monde intérieur et singulier de la psychose
Les Étoiles brillent aussi la nuit nous plonge dans un huis clos où la fiction joue avec la réalité des lieux et des protagonistes qui l'habitent. L’enjeu du film est de restituer cinématographiquement le monde complexe de la psychose — dont la spécificité pour les malades est d’être tantôt dans la perception de la normalité tantôt dans la pathologie — et le monde des soignants, avec une exigence de justesse et de cohérence. Sans pathos, ni hystérie, ni fascination.

Les personnages nous entraînent dans un récit où la folie nous éclaire sur nous-mêmes et nous apporte la distance nécessaire pour regarder la différence. L'hôpital psychiatrique a la particularité d’être un lieu de soin fermé ainsi qu’une institution source de tabous et de représentations sociales fortes.
Tous les acteurs interprètent un personnage différent de leur personnalité, donc ils jouent vraiment. Romane Bohringer interprète une patiente, Julie Varda. Les patients quant à eux jouent des infirmiers, un psychiatre ou des malades. Enfin, un médecin psychiatre du service joue son propre rôle.

Une aventure humaine
Dans le processus d’écriture scénaristique et de préparation au tournage, nous avons mis en place des ateliers de parole, d’improvisation, de chant et de mise en situation qui ont eu lieu au sein du service avec les malades et les soignants accompagnés par une équipe de thérapeutes (art-thérapeute, musicothérapeute et l’infirmière référente au projet) et par des artistes intervenants (Gaële Pflüger, circassienne, Rita Scaglia, photographe et Saveria Tomasi, comédienne).

Ces ateliers ont permis d’écrire le scénario au plus près du réel. Ils ont été un préambule nécessaire à la prise en compte, par anticipation, du jeu « réaliste » des patients et des soignants et ont permis aussi de faire de ce film une aventure humaine. Ce sont des moments intenses et importants pendant lesquels les patients se sont positionnés autrement, non plus en tant que malades mais comme des personnes engagées dans un projet cinématographique. Ces futurs « acteurs » ont pu construire leur personnage et leur action dramatique, ainsi participer au tournage dans les meilleures conditions possibles.

Un film sur l'(a)normalité ?
J’ai toujours éprouvé le désir d’aller vers l’expérience de sujets sensibles et difficiles, où il faut par l’exigence rendre possible ce qui est de l’ordre de l’indicible. Pouvons-nous dépasser notre peur envers la psychiatrie, aller plus loin et l’accepter ? Face à cette histoire qui nous plonge en nous-même, le film pose un regard sur les tabous, les gênes. L’hôpital psychiatrique devient un espace scénique et métaphorique. Grâce à la fiction et au réel infiniment riche, je crois que ce film apporte le recul essentiel et nécessaire pour traiter un tel sujet.

Je ne suis pas déficiente mentale, mais déficiente sans aucun doute ! Je souhaite à travers ce film défendre une vision "anormale" du monde qui nous inspire et qui questionne nos habitudes, nos préjugés et nos incompréhensions face à un autre point de vue. Je suis en outre convaincue de la nécessité de parler de la psychiatrie aujourd’hui à travers une œuvre de fiction, dans laquelle la force de l’imaginaire parvient à dépasser le réel.

Cette aventure humaine et cinématographique, avec la participation d’acteurs professionnels, celle des malades et des soignants, dans l’espace de soin psychiatrique lui-même, fut une expérience aussi ambitieuse qu’enthousiasmante.

Anne De Giafferri


< Les sénateurs adoptent la réforme de la Prestation comprensatoire du handicap
3e Edition du Prix vidéo Arts Convergences >
Ciné-débat

Rechercher une actualité

Partager cette page