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12 jours : Depardon installe sa caméra en salle d'audience du JLD

12 jours, tel est le délai dans lequel les patients hospitalisés sans leur consentement en psychiatrie doivent être présentés à un juge des libertés et de la détention (JLD), afin qu'il veille à la conformité de la procédure (1). Le photographe et cinéaste Raymond Depardon, qui s'est intéressé au sujet de la psychiatrie à plusieurs reprises (2), a planté sa caméra au CH Le Vinatier près de Lyon, pour filmer la mise en application de cette loi. En longs plans fixes, il donne à voir le déroulement de ces audiences et montre comment l'arrivée de ce juge dans l'institution psychiatrique rend publique une parole autrefois réservée aux seuls psychiatres. Un film sobre et impressionnant, à voir en salles à partir du 29 novembre.

L’hospitalisation sous contrainte est toujours une épreuve, pour ceux qui la subissent, ceux qui l’initient, et ceux qui l’exercent. R. Depardon a filmé 72 audiences et en présente 10 dans ce long-métrage, patients souffrant de schizophrènie, suicidaires, jeunes, vieux, hommes, femmes… Pour l'auteur, « ce sont avant tout des personnes qui souffrent, leurs paroles sont précieuses, pas seulement décalées ni insensées, elles sont simples et fortes et engagent leur avenir. »

Au CH Le Vinatier, ces audiences ont lieu deux fois par semaine dans une salle dédiée, pour des patients provenant des différents services d’hospitalisation et d’une unité pour les malades difficiles (UMD). Elles sont partagées par quatre JLD qui président tour à tour, deux hommes et deux femmes avec des approches sensiblement différentes.

« Les psychiatres proposent de maintenir l'hospitalisation. Qu'est-ce que vous en pensez ? Comment ça se passe pour vous depuis votre entrée ? », interroge le magistrat, qui précise sa mission. Pour permettre au malade de parler librement des conditions d’hospitalisation, le psychiatre en charge du patient n’est pas présent à l’audience, mais un infirmier y assiste souvent. Le patient répond, évoque son histoire et ses troubles, à sa manière. Un peu à distance de la crise qui l'a amené à l'hôpital, il-elle est souvent très lucide sur sa maladie, même si les phrases sont maladroites, parfois confuses, envahies par les « voix »… Puis le magistrat donne la parole à l'avocat, qui, dans tous les cas abordés ici, n'a pas de défaut de procédure à signaler : les certificats sont là, tout est en ordre. Il porte parfois la parole de son client : « Il va mieux… » ; « Elle voudrait dire que le harcélement est réel, ce n'est pas de la persécution, comme les psychiatres le disent… ». Parfois, le soignant prend la parole : « On se connait depuis longtemps, mais là, je pense qu'il (elle) n'est pas prête à sortir… ». Puis le JLD synthétise rapidement les éléments qu'il a, prononce le maintien la mesure, l'explique au patient. « Vous pouvez faire appel… » La plupart acceptent la sentence, remercient, paraissent soulagés d'avoir au moins été entendus…

Dans la salle d’audience, trois caméras : une pour le patient, une pour le magistrat et une pour un plan général. Ces axes de prise de vue permettent de donner une équidistance entre le patient et le magistrat, pour ne pas imposer un point de vue dominant et laisser le spectateur libre de se faire sa propre opinion. Entre les fragments des audiences, des plans de l’hôpital à l’intérieur des services et à l’extérieur où les malades circulent librement entre les pavillons. Des images de brouillard matinaux, de patients qui déambulent…

De ce dispositif très simple sort des images fortes et une impression de grande transparence. Pour son auteur, «12 jours tente de donner un point de vue universel et nouveau sur le problème complexe de la santé mentale. Nous sommes sortis grandis de ce film qui donne la parole à ceux qui sont momentanément enfermés dans leur esprit et en ont perdu l’usage. Ces personnes vulnérables témoignent de leur histoire intime mais aussi à leur façon de l’histoire politique, sociale et morale de la France. »

De la jeune fille qui s'est mutilée mais qui cherche à expliquer (« Je ne suis pas suicidaire, je me suis juste mutilée pour ne plus penser à ma souffrance après le viol… ») au jeune souffrant de schizophrénie qui « n'a rien à faire à l'hôpital, parce que je dois me construire, quand même j'ai l'âge de travailler, c'est sûr, j'aurais pas dû donner tous ces coups de poing… », en passant par cette salariée d'Orange poussée à bout par son management, tous ces face-à-face, émouvants, sincères, plongent le spectateur dans une réflexion humaniste sur la maladie mentale et l'hôpital psychiatrique, la vulnérabilité et la fragilité liées à la maladie, et la façon dont la société, bien ou mal, cherche à soigner, protéger et se protéger…

  • 12 jours. Un film de Raymond Depardon, produit par Claudine Nougaret. 1 h 27, en salles le 29 novembre 2017. Présenté Hors copétition au festival de Cannes 2017.

1– Depuis la Loi n° 2013-869 du 27 septembre 2013 modifiant certaines dispositions issues de la loi n° 2011-803 du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge.

2– R. Depardon a réalisé notamment San Clemente, Urgences (sur la psychiatrie), et Faits divers, Délits flagrants et 10e chambre (sur la justice)


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