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Vieillissement et fragilité : des approches de santé publique

Dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), Santé publique France publie publie plusieurs articles sur les questions de veillissement et de fragilité, en lien avec les approches de santé publique. Une recherche montre notamment que les personnes âgées « fragiles » consomment davantage de médicaments. Un autre article traite du suivi des résidents en Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), un an après leur admission.

– Fragilité et hausse de la consommation de médicaments : un facteur d'aggravation de la fragilité (1) ?

En gériatrie, le concept de fragilité définit « la conséquence clinique du déclin d’une multitude de fonctions physiologiques au cours du vieillissement, dont le cumul expose la personne âgée à un risque accru de chute, d’hospitalisation, de déclin fonctionnel et de décès. Des études montrent que la fragilité augmente la probabilité de recourir aux soins ambulatoires et la dépense de santé correspondante. » À partir des données l’Enquête santé et protection sociale 2012 enrichies des dépenses de santé de l’Assurance maladie, des chercheurs de Santé publique France ont analysé la consommation de médicaments en valeur (dépense ambulatoire de pharmacie) et en volume (nombre de boîtes de médicaments délivrées sur l’année) en fonction du phénotype fragile (robuste, pré-fragile, fragile). L’analyse a été réalisée parmi 1 890 sujets âgés de 65 ans et plus ayant eu au moins un remboursement de médicaments en 2012, en tenant compte de leurs caractéristiques sociodémographiques et de santé.

Les résultats montrent qu'en moyenne, la dépense de pharmacie d’un sujet « fragile » est plus élevée de 287 euros par an que celle d’un sujet « robuste ». À nombre de molécules égal, les sujets « fragiles » se voient délivrer en moyenne 17 boîtes de médicaments supplémentaires par an.

Les sujets « fragiles » ont donc une dépense ambulatoire de pharmacie plus importante que les sujets non-fragiles et cette différence réside en partie dans l’augmentation du nombre de boîtes délivrées aux sujets « fragiles ». Une hypothèse pouvant expliquer ce résultat serait la perception, par les médecins, de la fragilité comme une forme de sévérité des pathologies connexes. Les chercheurs pointent que si les médicaments ont un effet thérapeutique et permettent de pallier les dysfonctionnements de l’organisme, ils sont aussi pourvoyeurs d’effets indésirables et de iatrogénie, en particulier en population âgée. De multiples facteurs expliquent l’augmentation du risque d’effets indésirables des médicaments en population âgée : modifications des capacités d’élimination, polymédication, prescriptions inappropriées, erreurs de prise en lien avec la complexité des ordonnances… Dans ce contexte, on peut s’interroger sur le rôle déterminant des médicaments dans le processus de fragilisation. Si elle ne permet pas de conclure sur cette question, cette étude montre que les sujets « fragiles » sont particulièrement exposés aux médicaments, alors même qu’ils sont, par définition et d’après les études épidémiologiques, plus vulnérables à la iatrogénie.

– Un an après leur admission, les résidents en EHPAD prennent davantage de psychotropes et d'antibiotiques (2).

L'objectif de cette étude est de caractériser, au travers de la consommation de soins, l’état de santé en 2013 des personnes l’année qui suit une admission en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), ainsi que leurs traitements médicamenteux et les diagnostics de leurs hospitalisations.

Parmi les 11 687 personnes repérées (de 65 ans et plus admises en Ehpad au 1er trimestre 2013), les maladies neurodégénératives (53%) et cardio-neuro-vasculaires (51%) étaient les pathologies les plus fréquentes. Le recours aux psychotropes (supérieur ou égal à 3 délivrances/an) augmentait après l’admission : antidépresseurs de 34% à 46%, anxiolytiques de 32% à 42%, hypnotiques/sédatifs de 17% à 24%, antipsychotiques de 10% à 21%, antibactériens systémiques (plus d'une 1 délivrance/an) de 45% à 61%. Le pourcentage de personnes hospitalisées au moins une fois passait de 75% dans les 12 mois précédant l’admission à 40% dans les 12 mois la suivant. Lors des hospitalisations après admission en EHPAD, les diagnostics principaux les plus fréquents concernaient les maladies de l’appareil circulatoire et les lésions traumatiques (15% pour chaque groupe), les maladies de l’appareil respiratoire (11%), de l’appareil digestif (8%) et les fractures du col du fémur (7%).

Les chercheurs pointent donc, relativement aux recommandations, une fréquence élevée et une augmentation des consommations de certaines classes de médicaments.

  • Vieillissement et fragilité : approches de santé publique. BEH, Santé publique France, n°16-17, juillet 2017. Articles ou bulletin à télécharger sur le site de Santé publique France.
    1– Fragilité et consommation de médicaments en population âgée. Marie Herr. et al., p. 311.
    2– Résidents admis en EHPAD au cours du premier trimestre 2013 : pathologies prises en charge, traitements et hospitalisations l'année suivante. Alice Atramont et coll., p. 317.

 


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