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Education : cultiver l'empathie avec le jeu des trois figures

Imaginé par le psychologue Serge Tisseron, le Jeu des Trois Figures vise à favoriser l'acquisition de l'empathie chez tous les enfants, tout au long de leur scolarité, avec des protocoles adaptés à chaque tranche d’âge, et sans stigmatiser aucun enfant. Il permet de créer, dès la maternelle, un espace de construction narrative partagée à partir des expériences d’images faites par les enfants chez eux ; et prévenir la violence sous toutes ses formes en développant la capacité d’empathie grâce au jeu théâtral et le travail sur les émotions, les siennes et celles qui sont éprouvées par autrui.

L’empathie, qui est l’expérience de « se mettre à la place de l’autre sans cesser d’être soi », fait partie de toute relation humaine. Elle est un concept nomade au carrefour des sciences et de la philosophie, du romantisme allemand à la phénoménologie existentielle.  Elle a plusieurs niveaux qui impliquent à la fois la relation aux autres et à soi-même.

Le premier niveau de l’empathie (appelé empathie affective) est la capacité d’identifier les émotions d’autrui. Le second niveau (appelé empathie cognitive) est la capacité de comprendre intellectuellement le point de vue d’autrui. Parallèlement, l’auto empathie permet d’identifier ses propres émotions et son propre point de vue. Enfin, le troisième niveau de l’empathie réside dans la capacité d’adopter intentionnellement le point de vue d’autrui (Hoffman, 2008 ; Decety, 2014). Il implique de passer d’un référentiel centré sur soi-même (auto centré) à un référentiel centré sur l’autre (allo centré), et il constitue la clé de la construction du sens moral. La capacité de changer émotionnellement de point de vue permet en effet l’accès à une communication sociale réussie définie comme un processus d’adaptation réciproque qui écarte le risque de la violence et de l’emprise sur l’autre. Associée au sens de la réciprocité – ne pas faire à l’autre ce que nous n’aimerions pas qu’on nous fasse –, cette capacité donne accès aux valeurs morales et au sens de la justice. Inversement, les enfants qui n’ont pas développée la capacité d’adopter intentionnellement le point de vue d’autrui courent le risque de s’enfermer dans des postures rigides et intolérantes.

Or l’adoption intentionnelle du point de vue d’autrui nécessite un effort conscient important et un entraînement régulier. C’est pourquoi elle doit être  encouragée et valorisée par l’environnement pour s’installer durablement dans la personnalité. Ce que vise les jei des trois figures (J3F)

De quoi s'agit-il ?

Le J3F est une activité théâtrale. Son intitulé fait allusion aux trois personnages présents dans la plupart des histoires regardées et racontées par les enfants : l’agresseur, la victime et le tiers, qui peut être témoin, sauveteur ou redresseur de torts. En classe, le J3F a lieu une fois par semaine. Il dure 45 minutes et se déroule idéalement par demi classe pour que le nombre d’enfants soit moins important.

Il est facile à mettre en place en moyenne et grande section du fait de l’aptitude des enfants à construire une histoire et à mémoriser des dialogues. Depuis 2012, il a été utilisé avec succès en CLIS et ULIS. À la suite d’expérimentations menées depuis 2013, le protocole initial destiné aux enfants des maternelles a été légèrement modifié de façon à être adapté aux enfants de fin d’élémentaire, de collèges et de lycées.

La formation des enseignants au J3F se déroule dans le cadre des plans de formation de l’éducation nationale. Elle se fait idéalement sur trois journées réparties dans l’année, (en général octobre, février et juin) auxquelles s’ajoute une journée l’année suivante pour vérifier que le protocole est appliqué correctement par les enseignants formés.

Les formateurs des enseignants sont des psychologues de l’éducation nationale dûment formés dans le cadre de l’EN ou des psychologues cliniciens également formés. Pour pouvoir se réclamer du statut de formateurs, les uns et les autres doivent pouvoir produire un diplôme officiel qui leur a été délivré une fois leur formation validée. De nombreux psychologues EN et psychologues cliniciens des Ecoles des Parents et Educateurs (EPE) sont désormais formés et susceptibles d’animer des formations à la demande des académies partout en France.

Quels sont les objectifs poursuivis ?

Le J3F remplit cinq des six objectifs que les programmes français fixent à l’ecole maternelle : s’approprier le langage, apprendre les règles de la socialisation et du bien vivre ensemble, agir et s’exprimer avec son corps, mettre en œuvre l’imagination, et valoriser la référence à l’écrit. Sa pratique montre en outre qu’il facilite l’apprentissage de la langue française chez les élèves non francophones.

Il remplit en outre quatre autres fonctions importantes à cet âge: il constitue une forme de prééducation aux images en permettant aux enfants de prendre plus de recul par rapport à celles qu’ils voient, notamment à la télévision ; il apprend le « faire semblant » et incite les enfants à « imiter pour de faux » dans leurs jeux plutôt que « pour de vrai » ; il lutte contre les stéréotypes de genre ; enfin, il invite les enfants à s’imaginer dans chacune des postures d’une situation agressive et leur apprend à ne jamais se laisser constituer en victime sans protester, auprès de l’agresseur d’abord, et auprès d’un référent institutionnel ensuite. Ce dernier résultat a été confirmé par une évaluation menée en 2007 et 2008 [1].

Le protocole initial destiné aux maternelles a été modifié pour les CM1, CM2 et collèges. Aux objectifs initiaux s’ajoute le soin apporté à la construction du changement de perspective émotionnelle pour lequel une période particulièrement propice semble exister entre neuf et douze ans (Wilson, Cantor, 1985). L’objectif prioritaire à cet âge est d’éviter que l’enfant s’enferme dans une posture rigide qui puisse le conduire à un engagement sectaire.

Téléchargez le guide pratique du J3F

L’ensemble des fondements théoriques du J3F, ainsi que les protocoles spécifiques adaptés aux élèves de maternelle, de classes élémentaires et de collèges, sont disponibles dans un guide pratique (qui remplace l’ancien guide paru en 2010 aux Editions Fabert). Ce guide ne prétend se substituer à la formation « en présentiel » qui est indispensable pour pratiquer le J3F, mais seulement la faciliter et la compléter. Il est disponible en version numérique téléchargeable gratuitement sur les sites yakapa.be et sergetisseron.com.

1– Tisseron S. (2010). Prévention de la violence par le « Jeu des Trois Figures », Devenir, Volume 22, Numéro 1, 2010, 73-93.

Bibliographie réduite :
– Decety J., Cowell, M. (2014). The complex relation between morality and empathy, Cognitive Sciences, July 2014, Vol. 18, No. 7.
– Hoffman, M. (2008). Empathie et développement moral, les émotions morales et la justice, Grenoble, PUG.
– Tisseron S. (2010). L’Empathie, au cœur du jeu social, Paris: Albin Michel.
– Wilson, B.I., Cantor, I. (1985). Journal of Experimental Child Psychology, 39, 284-299.


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